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Pomme de terre
L’humble tubercule sur le devant de la scène

L’année dédiée à la pomme de terre vient de s’achever. Suscitant l’intérêt de nombreux pays, elle a donné lieu à un grand nombre de manifestations. Sans mentir, l’Année internationale de la pomme de terre a été un véritable succès.

La FAO et l’ONU avaient déclaré 2008 comme l’Année internationale de la pomme de terre. Célébré dans le monde entier, cet événement a suscité un grand intérêt au sein de la filière et même au-delà. Colloques scientifiques, expositions, concours gastronomiques, congrès et festivals ont rythmé 2008. Tous les aspects (génétique, biotechnologie, biodiversité, environnement, production, économie…) furent abordés : en somme, mettre en avant le rôle de la pomme de terre en tant qu’“aliment du futur”. Elle représente en effet une solution durable pour la résolution des problèmes liés à la pauvreté, à la faim ou encore à l’environnement. Plus d’un an après l’inauguration de ce vaste projet au siège des Nations unies à New-York le 18 octobre 2007, le bilan s’annonce plus que satisfaisant.

Originaire des Andes, la Solanum tuberosum est aujourd’hui cultivée sur tous les continents et dans plus de cent pays, avec l’Asie et l’Europe comme principales régions productrices. L’exploitation de cet “humble tubercule” atteignait, en 2007, le record de 325 Mt, chiffre encourageant puisqu’en tant que principale denrée non céréalière, cette culture joue un rôle déterminant dans le système alimentaire mondial. Sa consommation dans les zones développées augmente de façon considérable et, dans les pays en développement, elle est fortement recommandée pour se rapprocher de la sécurité alimentaire. « La pomme de terre est en première ligne dans la lutte contre la faim et la pauvreté dans le monde,a annoncé Jacques Diouf, directeur général de la FAO. L’Année internationale de la pomme de terre visait à rehausser l’image de cette importante culture vivrière et denrée de base en mettant l’accent sur les qualités biologiques et nutritionnelles, et encourageant ainsi sa production, sa transformation, sa consommation, sa vente et son commerce. »

Vers la sécurité alimentaire

La pomme de terre représente une réelle alternative aux problèmes liés à la malnutrition dans les pays en développement. Si elle atteint aujourd’hui le quatrième rang des principales cultures vivrières (après le maïs, le blé et le riz), c’est grâce à sa forte teneur en substances nutritives, et notamment en amidon. Sa culture apporte à ces pays un accès durable à une alimentation nutritive et sûre. Le sujet de la sécurité alimentaire a d’ailleurs interpellé un grand nombre de pays dont la Chine qui s’est appliquée, avec le 9 e Congrès chinois de la pomme de terre en avril à Pékin, à mettre en évidence l’importance vitale de cette culture. De même au Brésil, en avril, le président indépendant du Conseil de la FAO, Mohammed Saeid Noori-Naeini, a reconnu « l’importance de la pomme de terre pour l’humanité ». Des campagnes de promotion ont été observées partout dans le monde et notamment au Bangladesh en mai ou au Rwanda en octobre. L’Université d’Etat de la Californie a aussi participé à sa célébration en organisant le 7 octobre un symposium international intitulé “Vivre avec la pomme de terre”.

Un moyen de réduire la pauvreté

La mondialisation et l’urbanisation ont mis en péril un grand nombre de petits exploitants suite à l’arrivée d’acteurs internationaux. Encore protégée de la spéculation, la pomme de terre peut participer à la sécurité financière des agriculteurs en milieux défavorisés. « On s’intéresse beaucoup à elle. C’est une culture vivrière qui peut pallier la montée en flèche des cours des produits alimentaires observée aujourd’hui […]. Si on valorise cette production, en améliorant le stockage et le traitement, non seulement on parvient à couvrir les besoins alimentaires mais on dispose d’une culture commerciale rentable qui peut contribuer au développement économique et constituer un moyen de subsistance », note NeBambi Lutaladio, spécialiste des racines et tubercules (FAO), et chargé de la coordination de la célébration de l’Année internationale de la pomme de terre. A cette occasion, un certain nombre de pays se sont interrogés sur ces enjeux économiques. L’Equateur, par exemple, a organisé avec la FAO et le CIP un séminaire sur la mise en place de stratégies permettant aux petits paysans de s’intégrer à la filière pomme de terre. Cuzco au Pérou fut le théâtre de l’un des principaux événements avec la conférence “Connaissance scientifiques su la pomme de terre au service des pauvres”, durant laquelle ont été discutées différentes stratégies pour augmenter « la productivité, la rentabilité et la durabilité des systèmes fondés sur la pomme de terre, en particulier dans les pays en développement », précise la FAO.

La durabilité des systèmes de production

Certes l’augmentation de la production est une victoire pour la filière, il ne faut toutefois pas oublier qu’à cela sont toujours liés de plus sombres aspects. Les méthodes de production toujours trop intensives ne font que participer à l’érosion des sols, réduisant leurs ressources et leur fertilité, sans compter les déséquilibres écologiques, l’apparition de parasites et de maladies. Pour discuter de ces enjeux, plusieurs conférences et expositions technologiques ont eu lieu en février au Canada en abordant les thèmes du mildiou, des biofongicides ou du changement climatique. En Syrie, un atelier national sur la pomme de terre était organisé à l’Université de Damas afin d’améliorer la production du pays en semences vierges de virus ou encore pour consolider la lutte contre le puceron. En mars, l’Egypte et le Sri Lanka se sont mobilisés avec la Conférence régionale de la FAO au Caire et le symposium “Pomme de terre : opportunités et défi pour le nouveau millénaire” à la station de recherche agricole de Sita Eliya. Un grand nombre de manifestations similaires sont à évoquer, comme la Conférence internationale qui s’est tenue aux Pays-Bas en avril pour débattre de la recherche sur la pomme de terre, la 3 e Conférence internationale sur le mildiou en avril en Chine, les cours sur les semences de pommes de terre organisés par l’Université de recherche de Wageningen en juin aux Pays-Bas, le 3 e Congrès sur la pomme de terre en Equateur pour débattre des impacts environnementaux de la production du tubercule. Le Royaume-Uni a, lui aussi, participé en organisant en août une conférence sur l’amélioration de la production. En octobre, c’est l’Espagne qui abordait ce sujet avec le 3 e Congrès hispano-américain sur la recherche et le développement de la pomme de terre.

L’importance de la biodiversité

Importée en Europe suite à la conquête du Pérou menée par les Conquistadors espagnols au XVIe siècle, la pomme de terre a, depuis, séduit tous les continents. La richesse variétale de ce tubercule témoigne de ce riche passé. Les variétés Andines sont d’ailleurs savamment conservées au “Parc de la pomme de terre” dans les Andes péruviennes, où près de 12 000 ha sont consacrés au maintien de son patrimoine variétal. Notons cependant que la donne a changé au fil des siècles. Pour vaincre tous les problèmes liés à sa culture – comme les ravageurs, les maladies, les faibles rendements ou encore le changement climatique –, l’apport de nouvelles variétés adaptées aux systèmes de culture actuels ont été nécessaires. Ainsi, le 25 juin au Pérou, lors de la Journée nationale des paysans, trente-cinq agriculteurs ont reçu le “Prix de la biodiversité”. En juillet, la Roumanie accueillait le congrès de l’Association européenne pour la recherche sur la pomme de terre (EAPR), axé su les améliorations génétiques et les innovations en génomique. La France (lire encadré) avec PotatoEurope 2008 et l’Argentine avec le 23 e Annuel qui s’est déroulé en novembre ont également abordé le sujet de l’innovation génétique.

Si, à son lancement, l’Année internationale a suscité l’étonnement de certains, cet événement a su mettre en avant les atouts que présente la culture de la pomme de terre et l’aide qu’elle-ci apporte pour atteindre certains des objectifs du millénaire pour le développement établis par l’ONU. Les nombreuses festivités célébrant la pomme de terre au cours de l’année n’ont fait que parfaire son bon déroulement.

L’Année internationale de la pomme de terre ne sera donc pas passée inaperçue, et pour lui garantir une place dans toutes les mémoires, la FAO vient tout juste de publier dix fiches récapitulant les aspects techniques, les enjeux et les défis de cette culture au futur prometteur. Et si la crise économique actuelle menace la progression de la pomme de terre dans les pays en développement, la FAO n’envisage pas de mettre fin à la lutte dans laquelle elle s’est engagée pour la promouvoir. Pour preuve, en mars 2009, la Nouvelle-Zélande accueillera le Congrès international de la pomme de terre “Nourrir notre futur”.

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