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Vaucluse
Les Halles d’Avignon : la vie dans la ville

Bâties sur l’emplacement des bâtiments primaires inaugurés en 1899, les Halles d’Avignon, situées dans l’hypercentre, ont su préserver leur âme “marchande” et rester au cœur de la vie dans la ville.

La première halle inaugurée en septembre 1899 n’a pas échappé à l’effet “pavillon Baltard”. Construite en fer, elle ne sera démolie qu’en 1972 pour être remplacée par un bâtiment plus moderne. Répondant à une double nécessité : tenter de contrer l’installation des grandes surfaces en périphérie et s’inscrire dans une nouvelle politique de circulation et de stationnement pour maintenir la fonction commerciale du centre-ville.
La construction de nouvelles halles à l’emplacement de l’ancienne, niveau zéro d’un parc de stationnement de six étages, démarre en 1972 avec la démolition de l’ancienne. Les nouvelles halles, dans leur configuration actuelle, ont ouvert le 2 avril 1974. Il y a peu, elles se sont ornées d’un mur végétal extérieur, qui a surpris plus d’un Avignonnais… A vocation de camouflage du béton, elle est devenue une attraction touristique, car de nombreuses visites se terminent aux Halles, à la fois pour son mur et sa vitrine des produits régionaux. Joël Bonny est président de l’association des commerçants des Halles : « Nous sommes actuellement quarante commerçants, représentant l’ensemble des métiers de bouche. Nous sommes cinq à travailler les fruits et légumes : trois généralistes, un spécialiste en oignons, pommes de terre, agrumes et un bio. Les stands ont une surface moyenne de 25 à 30 m2, 50 m2 pour les plus grands, pour une surface totale au sol de 2 800 m2. Leur implantation est fidèle à la configuration originelle mais a été peaufinée au fil du temps. L’idée directrice ayant été de préserver les caractères traditionnels de présentation et de services, de garder le côté “artisanal”. Leur implantation est soumise à une règle propre à nos Halles : les stands des poissonniers et des bouchers doivent obligatoirement être adossés à un mur. Avec cette particularité que nous n’avons pas de murs commerciaux, les Halles relevant du domaine public. Nous n’avons donc pas de baux de location, mais des contrats commerciaux, qui sont renouvelables tous les ans par reconduction tacite avec l’organisme de gestion, RMG, en délégation de service public. »

L’association a un rôle important à jouer dans les décisions
« L’association a un avis consultatif, qui est généralement suivi par RMG, indique Joël Bonny. C’est elle qui, par exemple, étudie les demandes d’emplacement aux Halles. Nous sommes très attentifs aux dossiers qui nous sont proposés. Si le candidat nous offre une activité nouvelle, son dossier a toutes les chances d’être retenu. En revanche nous sommes plus réticents quand il s’agit de demande d’implantation sur des activités déjà existantes. Là, le candidat doit apporter la preuve de la viabilité et de la pertinence de son projet. Je considère personnellement qu’il est de notre rôle de ne pas retenir des dossiers présentant des failles afin d’éviter que le candidat se lance dans des investissements improductifs et des projets voués à l’échec. Donc après examen du dossier, voire rencontre avec le candidat, et pour autant que des stands soient libres, nous transmettons notre avis à RMG, pour un “conseil” qui est généralement retenu. Dans le cas où aucun emplacement n’est libre, nous gardons le dossier en instance et contactons ultérieurement le prétendant, dès qu’un emplacement se libère. Nous avons eu par exemple deux demandes cet hiver et deux au printemps/été. Le turnover est relativement important, à savoir un ou deux changements par an. Les candidats arrivent généralement avec des savoir-faire particuliers de magasins ou de marchés forains. Nous avons vu des commerçants arriver pleins d’enthousiasme, mais essoufflés rapidement par le rythme de travail : de 6h à 13h30, six jours par semaine, c’est épuisant et certains s’essoufflent vite. Par ailleurs, l’association émet également des avis sur le changement d’activité des commerçants, généralement pris en compte par RMG. »
S’installer aux Halles n’est pas forcément plus onéreux que de louer un local commercial traditionnel. « Nous sommes sur le domaine public et le prix de l’immobilier a été moins spéculatif que l’immobilier commercial, poursuit-il. En revanche, ce sont les charges qui ont plombé le coût total de location d’un stand. » Néanmoins, la vie commerçante n’est pas facile au centre-ville. « La ville d’Avignon mène une légitime politique de réduction de la circulation et du stationnement en centre-ville. Néanmoins elle est très pénalisante pour nous. Nous craignons ces limitations – piétonisation du centre-ville, classement de certaines rues au patrimoine architectural les rendant inaccessible en voiture, etc. – qui nous privent d’une partie de notre clientèle traditionnelle. »
Le Vaucluse étant l’un des départements le mieux loti en grandes surfaces de toute sorte, cette concurrence de périphérie est également mal vécue au centre-ville. « C’est très pénalisant. Nous n’avons pas ce pouvoir de lobbying qui permet, par exemple, d’influer sur les infrastructures routières. Nous ne jouons pas dans la même cour. »

Une solution, l’offre de qualité
« Nous ne pouvons pas nous permettre, pour les fruits et légumes et autres secteurs de l’alimentaire, de proposer du bas de gamme, confirme Joël Bonny. Nous devons travailler sur un bon rapport qualité/prix en essayant de le tirer vers le haut. Nous avons une clientèle de centre-ville exigeante et fidèle, à la recherche du bon produit que nous ne pouvons décevoir. »
Un marché forain par jour à Avignon intra- et extra-muros, une grande distribution très présente qui encercle la ville, l’émergence de magasins spécialisés et d’autant de supérettes, se conjuguent pour priver l’hypercentre de sa clientèle notamment en fruits et légumes. Les circuits courts accentuent la concurrence. « J’estime que la compilation de tous ces éléments est à l’origine d’une perte de 10 à 15 % de notre clientèle extérieure, ajoute-t-il. Les clients sont découragés par les problèmes de circulation et une offre extérieure de plus en plus importante sur les circuits de vente directe. Je comprends que les producteurs soient étranglés par la grande distribution. Mais en vendant au détail, ils font du tort au commerce de détail traditionnel. Je comprendrais mieux qu’ils vendent à proximité des grandes surfaces plutôt que de venir éliminer leurs derniers défenseurs. C’est nous narguer que de vouloir venir organiser place Pie, devant les Halles, un marché forain en association avec des producteurs le lundi, notre jour de fermeture hebdomadaire. »
Aux Halles d’Avignon, il y a le commerce mais aussi toutes les dimensions humaines et les animations qui vont autour : « Au-delà des commerces, les Halles, il y a un lieu d’échanges, explique Mohamed Latrèche, responsable d’exploitation des Halles. Par exemple, la majorité des circuits touristiques se terminent ici, vitrine de la gastronomie régionale. »
Avignon Tourisme travaille en partenariat avec les Halles : « Nous essayons de créer des événements ponctuels en rapport à la vie locale qu’elle soit culturelle, gastronomique ou sportive, souligne Stéphanie Barquet, d’Avignon Tourisme. C’est le cas de la Semaine du Goût, du Festival de la truffe, de la Fête de la gastronomie, du Concours photo, etc. Mais nous avons aussi des animations régulières comme les cours à la Petite Cuisine des Halles qui réunit les grands chefs de la région, l’accueil des scolaires, les expositions sur l’espace culturel. Dans tous les cas, ces animations vont dans un seul sens : la valorisation des produits des commerçants des Halles et la valorisation de leur savoir-faire. »

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