Aller au contenu principal

Les Fermes Dephy font évoluer les pratiques

En Provence, de nouvelles pratiques culturales sont menées dans le cadre des Fermes Dephy pour favoriser une production plus durable.

Depuis six ans, dix exploitations de Provence, engagées dans un groupe Ferme Dephy, mettent en place des techniques pour rendre leur système de culture sous abri froid plus durable et réduire l’utilisation des produits phytosanitaires. Deux cultivent du melon comme culture principale d’été. Un producteur, en conventionnel, cultive Arapaho, variété très productive et adaptée au marché mais très sensible au puceron, sur 1,5 ha d’abris plastiques. Il doit donc se prémunir des pucerons, mais aussi des acariens et de l’oïdium. Ses pratiques ont progressivement été modifiées depuis 2012 et son entrée dans le réseau Dephy. Contre les pucerons, il choisit désormais des spécialités compatibles avec les auxiliaires (syrphes, coccinelles) qui entrent dans les tunnels en mai et l’aident à lutter contre les pucerons. Les anti-oïdium de synthèse ont été progressivement supprimés au profit du soufre mouillable à faible dose (3 kg/ha) répété durant la campagne. Et parce qu’il a constaté un effet secondaire du soufre sur les acariens, il ne traite plus contre ce ravageur. Pour « faire travailler » le sol et apporter de la matière organique, du compost du commerce est apporté et du sorgho est semé après le melon. « Avec ces pratiques, ce producteur a réduit son IFT de synthèse de 57 % entre 2010 à 2016, avec un rendement plutôt en augmentation, indique Laurent Camoin, de la chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône, qui accompagne le groupe depuis 2011. En 2015, son IFT global a été de 7,5 avec un IFT de synthèse de 4 et un IFT biocontrôle de 3,5. Cette année, son IFT global a encore diminué à 5,4, avec un IFT de synthèse de 3 et un IFT biocontrôle de 2,4 grâce à la suppression d’un traitement antipuceron, d’un passage de soufre et des doses plus faibles en soufre » (voir schéma).

Des auxiliaires contre les ravageurs

L’autre producteur, en bio, exploite 1,2 ha d’abris froids. Après avoir cultivé Arapaho, il teste depuis deux-trois ans des variétés Vat comme Godiva, Pendragon ou Artemis. « Le but est de cultiver des variétés performantes, résistantes notamment aux pucerons qui causent beaucoup de dégâts en bio et assez résistantes à l’oïdium », souligne le conseiller. Le maraîcher teste aussi l’apport de différents auxiliaires (voir encadré). En agriculture biologique, la lutte contre les ravageurs passe par des lâchers d’auxiliaires. Le parasitoïde Aphidius colemani est utilisé à raison de 1/m2 en préventif et de façon répétée. « Il y a des réussites et parfois des échecs, notamment sur certaines formes d’Aphis gossypii et quand la température dans l’abri dépasse 35°C, ce qui tue les parasitoïdes », mentionne Laurent Camoin. Le producteur lâche aussi secondairement des larves de coccinelles, prédateur du puceron, à raison de 1/ m2. Et il bénéficie de l’effet secondaire sur les pucerons et acariens de produit à base de terpènes d’orange utilisés contre l’oïdium. Contre les acariens, Amblyseius californicus, acarien prédateur des acariens tétranyques, est également utilisé avec parfois un apport complémentaire en curatif de Phytoseiulus persimilis, aussi prédateur des araignées rouges. « Ces lâchers d’auxiliaires sont relativement efficaces contre les pucerons et acariens, constate Laurent Camoin. Leur coût en 2014 s’est élevé à 0,37 euro/m2, ce qui peut être acceptable en bio. Les variétés résistantes aux pucerons permettent toutefois de baisser fortement ce coût. En 2016, les auxiliaires n’ont ainsi coûté que 0,094 euro/m2. Leur qualité est en revanche déterminante et doit être vérifiée à l’arrivée ». Le producteur inocule aussi ses sols avec du Prestop, préparation à base d’un champignon qui se développe dans le sol et limite ainsi les pathogènes responsables des maladies de sol. L’apport de 30 t/ha de compost de fumier fertilise le sol et favorise la vie microbienne. En 2017, il sera remplacé par 15 t/ha de fumier composté et 15 t/ha de compost de déchets verts, ceux-ci ayant un effet sur la structure du sol et l’apport en phosphore, potassium et magnésium et pouvant stimuler d’autres micro-organismes que le fumier. « Avec ces pratiques, ce producteur obtient un rendement de 2,5 à 3 kg/m2, ce qui est très correct en bio », précise .

« En changeant de pratiques, un producteur a réduit son IFT de 57 % en cinq ans »

LAURENT CAMOIN, Chambre d’agriculture 13

CATHY ECKERT, ingénieur Ctifl-CAN DEPHY

L’importance du levier variétal

« Par rapport à d’autres productions, le melon a en général un IFT peu élevé, le levier variétal est beaucoup plus utilisé que dans d’autres espèces car les semenciers se sont mobilisés très tôt, d’abord pour la vitrescence puis pour les maladies et ravageurs. La prise en compte de la faune auxiliaire pour la protection contre les ravageurs est également assez ancienne. Enfin, le melon est généralement paillé, ce qui limite l’enherbement et donc l’usage d’herbicides, et le biocontrôle, la solarisation, le cuivre... sont déjà bien utilisés ».

Rédaction Réussir

Les plus lus

<em class="placeholder">Un champ de chou-fleur en Bretagne.</em>
Crise sur les légumes d’hiver : « Il faut que toute la filière fasse de la pédagogie sur le vrai prix des légumes »

La météo très douce, qui a accéléré les cycles de production tout en limitant la consommation, entraîne une crise sans…

<em class="placeholder">Vue extérieure du bâtiment de la casserie de l&#039;entreprise Escoute,  à Penne d’Agenais (Lot-et-Garonne)</em>
Amandes dans le Lot-et-Garonne : la casserie d’Escoute au service de la relocalisation de la production

Le projet de relocalisation de la culture de l’amande dans le Sud-Ouest, porté par l’entreprise Escoute, vient de franchir une…

<em class="placeholder">Cédric Sanchez, arboriculteur à l&#039;Ile-Sur-Têt dans les Pyrénées-Orientales.</em>
Clémentines en Pyrénées-Orientales : intégrer le risque de gel et de froid

La clémentine s’impose comme l’une des voies de diversification dans les vergers des Pyrénées-Orientales. Les références…

Maraîchage en région nantaise : l’automne trop doux génère une crise

Comme d’autres régions, le maraîchage nantais connaît une forte crise liée à l’automne trop doux qui a entraîné l’accélération…

<em class="placeholder">Anthony Garcin, maraîcher à Guimps en Charente. </em>
Maraîchage en Charente : « Je blanchis mes serres multichapelles une fois par an »

Anthony Garcin, maraîcher à Guimps en Charente, a témoigné de sa stratégie pour limiter les hausses de température sous abri…

<em class="placeholder">Régis Aubenas, producteur de nectarines et abricots dans la Drôme, président de l&#039;association Fruits Plus et élu à la chambre d&#039;agriculture de la Drôme. </em>
Arboriculture dans la Drôme : la reprise des expérimentations de la Sefra s’organise
La liquidation de la station expérimentale fruits Rhône-Alpes (Sefra), en juillet 2025, était « inévitable » selon…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 96€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site filière Fruits & Légumes
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière fruits & légumes
Consultez les revues Réussir Fruits & Légumes et FLD au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière fruits & légumes