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Litchi
Le fruit des jours de fête

En vingt ans, le litchi s’est imposé sur les marchés européens. Les quantités importées par l’UE ont été multipliées par cinq.

Les 30 000 t de litchis écoulées sur le marché européen résultent d’une histoire mouvementée et toujours incertaine. Originaire du Sud de la Chine, le litchi s’est peu à peu répandu dans les zones favorables à sa culture au gré des grandes migrations. Il est particulièrement présent en Asie. La Chine demeure le premier producteur mondial, avec près de 1,5 million de tonnes par an. L’Inde occupe la deuxième place avec 425 000 t. Ces deux pays produisant plus de 85 % des litchis d’Asie. Le Vietnam, la Thaïlande, Taïwan, etc., interviennent pour des quantités nettement inférieures. Le second foyer de production se situe dans la zone de l’Océan Indien, où l’on estime la production à près de 100 000 t. Le leader de cette zone est sans conteste Madagascar, qui produirait autour de 80 000 t de fruits. L’Ile de La Réunion, l’Afrique du Sud et l’Ile Maurice complètent la production de cette zone géographique, mais à des niveaux moins élevés. D’autres pays (Australie, Mexique, Israël) produisent aussi des litchis pour des quantités plus modestes. Enfin, l’Espagne a implanté une production de litchis dans le Sud du pays, dans les zones de culture de l’avocat et de la mangue. Cette production certes restreinte permet l’exportation de quelques dizaines de tonnes sur le marché européen.
Comme de nombreux fruits tropicaux, il n’existe pas, pour le litchi, de corrélation entre les pays à forte production et leur participation aux expéditions vers le marché européen. Ainsi la Chine, premier producteur mondial, et plus généralement l’Asie n’interviennent que modestement dans l’approvisionnement européen. La Thaïlande constituerait l’exception asiatique, avec une ouverture plus prononcée vers les marchés de l’UE. Ce sont les pays de l’Océan Indien qui assurent la quasi-totalité de ce flux commercial, alors que leurs productions, pour ne pas être négligeables, n’en sont pas moins limitées. Cette région de production est devenue depuis une vingtaine d’années le fournisseur privilégié de l’UE, avec des volumes dépassant les 80 % de l’approvisionnement annuel total du marché. Ce développement s’est effectué en raison de la disponibilité des fruits en fin d’année. Le litchi de l’Océan Indien est devenu le fruit “exotique” des fêtes de Noël et du jour de l’An. Sa mise en marché, à des prix attractifs pour le consommateur du fait de son accès au transport maritime moins coûteux, constitue aussi l’une des principales raisons de son succès à cette période de l’année.

L’Afrique du Sud étend ses exportations jusqu’en mars
Le calendrier d’approvisionnement du marché européen s’articule donc autour de la campagne de l’Océan Indien, point d’orgue de l’importation annuelle. Les premiers fruits expédiés par avion amorcent la saison fin octobre-début novembre, mais la pleine campagne commence réellement durant la première quinzaine de décembre, avec l’arrivée des premiers litchis expédiés par voie maritime qui couvrent la période des fêtes de fin d’année. La campagne se poursuit jusqu’à la première quinzaine de février, jouant sur les délais d’acheminement et la conservation des fruits, alors que la récolte est déjà terminée. Seule l’Afrique du Sud parvient, selon les années, à étendre ses exportations jusqu’en mars en raison d’une production généralement plus tardive. La seconde moitié du mois de mars voit les apports de litchis se réduire fortement, avec un creux d’approvisionnement marqué jusqu’au début de la campagne thaïlandaise qui intervient généralement en première quinzaine d’avril pour les premiers litchis “avion” de cette origine. Les livraisons par bateau reprennent fin avril-début mai, et s’étendent jusqu’en juillet-août quand Israël prend le relais jusqu’en septembre. Courant mai et juin, quelques expéditions de Chine et du Mexique s’intercalent dans l’offre thaïlandaise avec des volumes restreints. Le mois d’octobre apparaît donc comme le mois sans litchi dans le calendrier d’approvisionnement, avant la nouvelle campagne de l’Océan Indien. La saisonnalité du produit implique, comme on le voit, une mobilisation de plusieurs origines. La disparité des volumes, selon les périodes de l’année, caractérise la commercialisation du litchi sur le marché européen. Les 25 000 t écoulées de novembre à février contrastent avec les 5 000 à 8 000 t proposées entre mars et octobre. Cette disparité, quantitative et de saison, contribue à donner au litchi une image différenciée entre un fruit festif et démocratisé en fin d’année et un fruit “exotique” rare et onéreux le reste de l’année.

La Grande Ile, spécialiste du litchi
Madagascar demeure, de très loin, le premier fournisseur de litchis de l’UE et vraisemblablement le premier exportateur mondial. En deux décennies, cette origine s’est érigée en spécialiste de ce fruit, profitant d’une production coïncidant avec les fêtes de fin d’année. Le développement des exportations malgaches repose sur l’accès au transport maritime, permettant l’expédition de volumes plus importants tout en réduisant les coûts d’approche. Essentiellement effectué par conteneur maritime au début des années 1990, le transport s’est progressivement diversifié avec l’utilisation de navires polytherme ou reefer. Ainsi, la campagne malgache s’est peu à peu articulée autour de trois phases successives. La première, inaugurant la saison, avec des produits expédiés par avion pour amorcer la commercialisation. La deuxième phase, généralement la plus importante, se fonde sur l’expédition de deux à cinq navires (selon les campagnes), exclusivement chargés de litchis et effectuant une liaison directe entre Madagascar et l’Europe. Enfin, la troisième phase alimente le marché en janvier et février, avec des fruits transportés par conteneurs chargés sur les navires des lignes régulières entre la Grande Ile et les marchés destinataires. La suprématie de Madagascar à cette période de l’année n’est pas sans exacerber la concurrence avec les autres origines de la zone de l’Océan Indien, tant pour les fruits expédiés par avion que par voie maritime. Ce marché qui se stabilise, en termes de volume, depuis quelques campagnes, suscite la convoitise des expéditeurs pour lesquels il constitue un apport important de devises, mais aussi des importateurs européens pour lesquels ce produit festif est un peu aux fruits tropicaux ce qu’est le “Beaujolais nouveau” au monde vinicole.

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