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Pomme - Précalibrage à tri catégoriel
L’angevin Pineau Fruits affine le triage

Pineau Fruits – qui commercialise ses pommes par le biais de Pom’Evasion et de Select Fruit – s’est doté d’un outil performant de détection de défauts internes de la pomme.

L’exploitation angevine Pineau Fruits, basée à la Tesserie à Saint-Pierre Montlimart (Maine-et-Loire), vient d’investir 1,3 Me dans le précalibrage à tri catégoriel, une option peu fréquente pour l’instant en France mais qui existe depuis de nombreuses années en Italie, aux Pays-Bas, Etats-Unis ou encore Chili. Il s’agit de détecter des défauts internes de la pomme sans pour autant détruire le fruit. L’exploitation a ainsi construit un bâtiment de 1 500 m2 et aménagé une partie déjà existante pour recevoir ce nouveau matériel subventionné à hauteur de 10 % par la Région des Pays de Loire.
Quatre lignes de précalibrages (pour six lignes de conditionnement) ont été construites avec ce système hollandais de la marque Aweta nécessitant des caméras infrarouges. Il est déjà possible de trier les pommes en détectant certains défauts comme les dégâts provoqués par la grêle, la présence de cicatrices comme le russeting dû aux frottements des fruits. Désormais avec ce nouveau système, il sera possible d’écarter des pommes affectées par le cœur brun : « Cela nous épargnera un déclassement des lots surtout en fin de campagne, explique Pascal Pineau, l’associé-gérant des Vergers de la Tesserie. Nous pourrons mieux répondre aux exigences de nos clients, notamment étrangers, puisque nous allons écarter aussi les fruits qui ne sont pas assez sucrés. »
Cet outil ne sera pas utilisé pour garantir un taux de sucre. « Nous avons parfois jusqu’à 5 % de fruits peu sucrés, reprend le producteur, ce qui nous empêche de placer ces lots sur des marchés rémunérateurs. Nous allons gagner en rapidité. Le triage en fin de conditionnement sera allégé. » Le gain de productivité est estimé entre 5 et 10 %. Cet investissement revient à 0,04 à 0,05 e/kg de pommes, soit jusqu’à 16 % du prix de revient d’une pomme. Mais il devrait être rentabilisé dans cinq ou sept ans selon le producteur. Avec 220 ha de verger, essentiellement des pommes et des poires, et un potentiel de 12 000 t de fruits chaque année, les économies d’échelle sont plus faciles : « Nous sommes la troisième génération à produire des pommes sur le verger de la Tesserie, rappelle Pascal Pineau. Le rachat en 2004 du verger voisin des Mauges de 80 ha nous a permis d’augmenter notre offre et d’organiser différemment le conditionnement. Tous les fruits sont traités désormais à la Tesserie. L’ancienne station du Verger des Mauges sert aujourd’hui de lieu de stockage. »

Une technique rapide non polluante
La technique de spectroscopie proche infrarouge impliquée dans ce type de matériel est déjà utilisée en céréales mais aussi en melons et kiwis. Bien que fiable et rapide, elle a été abandonnée en pêches car elle multipliait le nombre de sortie pour les conditionnements sans forcément aboutir à une meilleure valorisation, l’objectif étant uniquement dans ce cas de trier les fruits selon leur taux de sucre. Cependant les avantages sont nombreux. Méthode non destructive, elle ne nécessite pas l’utilisation de solvant ou de gaz et ne demande pas la préparation d’échantillon. Elle peut être employée en ligne comme cela sera le cas à Saint-Pierre Montlimart. Son principe est basé sur une découverte réalisée en 1800 par l’astronome William Herschel qui a montré qu’au-delà de la couleur rouge visible, il existait un rayonnement que l’on pouvait mettre en évidence grâce à un thermomètre. S’inspirant de cette découverte, le chercheur américain Karl Norris a mis au point, il y a bientôt cinquante ans, la spectroscopie proche infrarouge en essayant de mesurer les constituants de fruits.
En quelques secondes, la caméra infrarouge mesure la longueur d’onde et l’intensité de la lumière proche infrarouge comprise entre 800 et 2 500 nm émise par un échantillon. Pour simplifier, le principe repose sur les propriétés vibrationnelles des molécules et leurs interactions avec la lumière, la quantité d’énergie lumineuse absorbée étant proportionnelle à la concentration d’un constituant. En l’occurrence, Pineau Fruits a sélectionné le sucre et les défauts internes. Cette technique ne les dose pas directement mais quantifie le nombre spécifique des liaisons chimiques des constituants. Autant dire que cette méthode pratique et non polluante exige un travail important en amont, des modèles fiables qui peuvent faire la corrélation entre les spectres obtenus et les substances recherchées. Ainsi, sur les lignes de précalibrage de Saint-Pierre Montlimart, les caméras seront programmées selon des modèles adéquats pour les défauts internes et le taux de sucre. Toutes les données et les instructions sont engrangées dans le PC de pilotage. Par exemple, il sera possible de répondre rapidement aux exigences des cahiers des charges en programmant le pourcentage de défauts maximum ou la valeur minimum de sucres attendue par le client.
Encore en plein chantier fin juillet, les premières lignes de conditionnement devaient être testées début septembre. Avant ce précalibrage, la station se dote du système powervision qui permet d’identifier les lots selon leur tendance en grammage et leur coloration.

Des investissements tous les ans
Pascal Pineau n’en est pas à son premier investissement. Le dernier date de l’an passé et anticipe la réglementation sur les fluides frigorigènes qui exige de remplacer d’ici 2015, pour les installations frigorifiques en place, le R22 à base de chlorofluorocarbone partiellement halogéné. Il a été remplacé par le fréon 404 pour un montant de 160 000 €. A base de hydrofluorocarbone, ce fluide n’a pas d’impact sur la couche d’ozone contrairement au R22 même s’il n’est pas le plus efficace pour lutter contre le réchauffement climatique.
Pascal Pineau pense déjà aux prochains travaux qui vont concerner les économies d’énergies. Le froid représente 70 % de la consommation sur l’exploitation et la station de conditionnement. Il s’agit de renforcer l’isolation par des portes rideaux dans les différentes enceintes du bâtiment frigorifique et de récupérer la chaleur des systèmes de refroidissement des chambres. Outre ses investissements exceptionnels, l’entreprise qui réalise 9 M€ de chiffre d’affaires par an consacre chaque année un budget de 250 000 €  pour le renouvellement de matériel, dont 100 000 €  uniquement pour le verger lui-même.
Malgré une saison qui s’annonce perturbée par une perte de production de 25 à 30 %, Pascal Pineau espère que la commercialisation des pommes avec son nouvel investissement apportera pleine satisfaction. Il fait partie des huit adhérents de Pom’Evasion, bureau de vente basé sur le Min d’Angers. Le précalibrage à tri catégoriel comme viennent de se doter les Vergers de la Tesserie aura évidemment un impact direct pour le bureau de vente. Il en est de même pour Select Fruit, l’autre bureau de vente, spécialisé dans l’exportation à plus de 90 % vers l’Angleterre auquel Pascal Pineau confie la commercialisation de la moitié de ses pommes.

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