Marché mondial - Fruit Logistica - Filière bio
L’agriculture bio ne rime pas forcément avec “zéro pesticides”
Les méthodes d’analyses des laboratoires de contrôle deviennent de plus en plus sophistiquées. « Où mettre le curseur entre ce qui est bio et ce qui est conventionnel ? ». Les débats ont été ouverts à Gand dans le cadre du 4e séminaire Fytolab.

Les performances des matériels analysant les résidus de pesticides sont de plus en plus pointues. « Et quand la recherche est de plus en plus sophistiquée, on trouve de plus en plus de traces de résidus », souligne Paul Demyttenaere, le directeur du marché au cadran de Roulers en Belgique (Reo), qui assistait tout récemment au 4e séminaire organisé à Gand par le laboratoire belge Fytolab sur le thème de “L’analyse des résidus dans l’agriculture biologique”. « La filière fruits et légumes est actuellement dans une contradiction flagrante : le marché demande une réduction des produits de traitements… et les laboratoires trouvent de plus en plus de molécules ! », a-t-il indiqué.
Ce séminaire a réuni environ 150 spécialistes de Belgique, des Pays-Bas, du Luxembourg, de France, d’Allemagne et d’Espagne. Les responsables de l’agriculture biologique français avaient décliné l’invitation de leurs voisins belges. Seule la société Ecocert, basée à l’Isle Jourdain dans le Gers, était présente. Le contrôle des résidus de pesticides est une donnée importante dans l’approche du bio, tant pour les producteurs, les transformateurs que les vendeurs. La récente harmonisation européenne des Limites Maximales de Résidus (LMR) pour les productions conventionnelles a ainsi encouragé Fytolab à évoquer les répercussions de tels changements dans la gestion des produits bio. « Y a-t-il un réel besoin de créer des LMR spécifiques et une approche harmonisée entre pays européens pour évaluer les contrôles de résidus de pesticides dans les produits bio ? » Pour Carine De Clercq, la directrice du laboratoire, « nombre de systèmes différents sont utilisés pour évaluer les résultats des résidus de pesticides aboutissant à des conclusions différentes, ce qui oblige les parties à régler les problèmes à l’amiable. »
De son côté, Jochen Neuendorff, spécialiste allemand estime « qu’il n’y a pas lieu de définir une LMR bio, parce que des produits conventionnels sans résidus de pesticides ne peuvent pas être qualifiés de bio et que les résultats d’analyse en dessous des LMR bio ne seraient pas suffisamment approfondis. »
Tout au long de la journée, de nombreuses interventions ont fait apparaître qu’il n’était pas rare de retrouver des matières actives dans les produits bio, « allant parfois jusqu’à 3 à 5 % de déviance par rapport aux LMR. » Des scientifiques de Stuttgart ont même présenté deux exemples significatifs : des poivrons importés de Chine avec des taux très élevés en raison de l’emploi de molécules interdites en Europe et un thé en provenance de Chine dans lequel les résidus de pesticides étaient inférieurs à 0,01 ppm. Dans ce cas, pourrait-on le considérer comme un thé bio ? « Nous avons été très étonnés de constater qu’il pouvait y avoir une présence de résidus dans les fruits et légumes bio », soulignait de son côté Charlotte Macquart à l’issue du séminaire, qui vient tout juste d’intégrer le service technique des Fruits Rouges de l’Aisne. Seule représentante française, la société picarde souhaite en effet se lancer dans le bio car « Nombre de producteurs locaux nous demandent des itinéraires culturaux moins dépendants de produits de traitement », ajoute-t-elle
Intensifier la lutte contre les fraudes
Les producteurs bio devront-ils s’accommoder de ce type “de bruit de fond” qui paraît inévitable quand on considère notamment l’ensemble de la chaîne logistique des produits récoltés au champ ? « Une LMR inférieure à 0,01 ppm peut être caractéristique d’un tel bruit de fond », a expliqué un intervenant. Les représentants du bio ne souhaitent cependant pas qu’on limite leur seule motivation à une question d’analyses. « Ce qui nous importe avant tout, c’est la façon durable de conduire nos productions », ont-ils souligné.
Reste que la lutte contre les fraudes devra également s’intensifier. « C’est la volonté de la filière toute entière de contrôler régulièrement les produits de façon à éviter les dérapages », expliquait Philippe Brousse de Fytolab. Herman Van Boxem, membre du comité européen pour la culture bio, qui convenait que la présence de résidus de pesticides « pouvait être un indicateur de fraudes, ce qui pourrait amener les organismes officiels de contrôle à prendre plus d’échantillons. »
Une remise en question des labos
Mais il est nécessaire que certains laboratoires d’analyse se remettent en question. Quelles interprétations donner à leurs analyses ? Faut-il revoir les protocoles ? Faut-il afficher tous les taux sans en donner un minimum d’interprétation des résultats ? La fréquence des analyses, le niveau d’équipement du laboratoire ainsi que la pertinence de l’interprétation des résultats sont primordiaux. Car « seuls, les résultats ne sont pas suffisants pour prouver d’éventuelles fraudes. »
Le débat est lancé. Il tourne autour de la définition précise “d’un produit sans résidu”. « Une définition compréhensible par tous et partout n’est pas encore pour demain », a souligné Paul Demyttenaere, qui défend, en tant que directeur du marché au cadran Reo, trois catégories de fruits et légumes : les produits bio, ceux sans résidus et les produits conventionnels. Opérateurs, organismes de certification, laboratoires d’analyse doivent néanmoins prendre en compte des critères et des procédures de contrôle intégrant l’assurance qualité des opérateurs, l’application d’une méthodologie d’échantillonnage correcte, la sélection de laboratoires qualifiés, des méthodes d’interprétation des résultats cohérentes et homogènes. Et tout le monde doit surtout être d’accord quant aux suites à donner en cas de résultats positifs…