Vendée
La production de Panach’Fruits est menée en hors-sol
Dans un marché très concurrentiel du petit fruit rouge frais, Panach’Fruits se distingue par son mode de production, une offre régulière et une qualité irréprochable. Ces exigences demandent un certain doigté technique.




Panach’Fruits se hisse au premier rang des sociétés de commercialisation indépendantes de petits fruits rouges en France. Dirigé par Jean-Marie Audigane et son fils Jérémie, l’entreprise est aussi la seule spécialisée à proposer uniquement des produits frais et pratiquement tous en provenance de ces deux exploitations – l’une au Puiset Doré en Maine-et-Loire et l’autre en Vendée à Saint-Hilaire-la-Forêt. Grâce une maîtrise de la technique inégalée, elle est aussi capable d’offrir à sa clientèle, essentiellement des grossistes, de la framboise fraîche de la-mi mars à début décembre. Grâce à un stockage en atmosphère contrôlé, la groseille, 60 t l’an prochain, peut être livrée quasiment onze mois sur douze.
D’autres petits fruits rouges agrémentent le catalogue de Panach’Fruits de fin avril à début décembre avec la mûre, la myrtille, la groseille à maquereau, la framboise jaune ou encore le cassis frais. Ces produits sont distribués dans toute la France en barquette plastique ou carton de 100 g et moins classiquement en 125 g. Le plateau panaché recevant seize barquettes de différents petits fruits rouges reste l’une des spécialités de l’entreprise qui commercialise ses produits sous deux marques, Panach’Fruits et L’Orée des Bois. Cette dernière, d’un prix de 15 à 20 % moins cher, correspond environ à 10 % des tonnages. Elle a été créée il y a trois ou quatre ans en framboises pour satisfaire le marché du second choix. La différence réside essentiellement dans le type de variété. Tulameen est remplacé par Glenample plus facile à cultiver et à récolter mais moins gustative et moins attrayante.
Au final, ces produits hormis la majeure partie du cassis destiné aux liquoristes, se retrouvent chez les restaurateurs et les pâtissiers français, le plus souvent comme élément de décoration. En raison d’une forte concurrence aussi bien de la part des producteurs hollandais, belges, marocains ou espagnols, l’exportation n’a pas été poursuivie. Les prix restent très fluctuants, parfois du simple au double sur une même semaine et dépendent des arrivées irrégulières notamment d’Espagne qui approvisionne essentiellement la Grande-Bretagne et l’Allemagne et accessoirement la France. L’entreprise se concentre donc désormais sur une trentaine de clients français. « Nous visons essentiellement à fidéliser notre clientèle par un apport des plus réguliers et une qualité gustative et de présentation irréprochable. Afin de la satisfaire, nous avons encore des marges de progrès pour étaler au maximum la production », souligne Jean-Marie Audigane.
Une technique de pointe
Mis à part la groseille et le cassis pour les liquoristes, toute la production de petits fruits rouges, soit 13,30 ha, est menée comme la fraise bretonne, en hors-sol. Ainsi la plante est soustraite pratiquement aux dégâts de maladies du sol puisqu’elle est conduite en pot. Et grâce aux serres verre, elle bénéficie d’un maximum d’ensoleillement indispensable pour sa production hors saison et limite les maladies du feuillage. La cueillette en est aussi facilitée.
Les premières serres en verre ont été construites en 2001 dans une région au microclimat exceptionnel à plus de 2 200 heures de soleil par an. Depuis quatre ans, 4 millions d’euros ont été investis à Saint-Hilaire-la-Forêt à la fois dans l’outil de production et dans une unité de conditionnement. Avec l’arrivée de son fils Jérémie en 2004, le producteur vendéen a développé la lutte biologique dans ses serres. Les quantités de pesticides ont diminué de moitié : « Ainsi, les plantes ne reçoivent aucun pesticide après la floraison, précise-t-il. Nous aimerions bien opter pour cette pratique dès la mise en serre mais le risque de perdre en qualité et en productivité est trop important aujourd’hui pour que nous franchissions le pas d’une conduite sans aucun pesticide. Le mode de culture que nous avons choisi est de toute façon beaucoup plus onéreux que le tout chimique. »
Selon eux, cette pratique demande un investissement important aussi bien en temps qu’en termes d’acquisition des connaissances. En effet Jérémie est intarissable sur les noms des nombreux prédateurs des insectes et autres ravageurs du framboisier et les énumère au gré de sa visite dans la serre : Aphelinus abdominalis, Aphidius colemani, Aphidius ervi, Aphidius matricariae, Ephedrus cerasicola et Praon volucre du produit Aphidsure ou encore Ambliseius cucumeris, un autre prédateur commercialisé par Certis.
Avec la lutte biologique, le producteur doit redoubler d’attention. Pour la première fois l’an passé, le framboisier a été attaqué par un puceron spécifique pour lequel aucun moyen de lutte n’est possible hormis le traitement chimique : « Nous avons donc perdu en productivité, regrette Jean-Marie Audigane. Heureusement, c’était en fin de saison. »
La gestion de l’eau, des engrais azotés et des eaux de drainage est pilotée à l’optimum par informatique à l’intérieur des serres pour éviter les gaspillages et les pertes. En revanche, la lutte biologique n’est pas pratiquée en pépinière, passage obligé pour les variétés de framboise de printemps. Mais les conditions climatiques exceptionnelles du Sud Vendée avec peu d’humidité et la présence fréquente de vent évitent d’utiliser des insecticides. Les plants sont d’abord élevés à l’extérieur sous filet paragrêle puis déplacés en serre dès le mois de décembre. Les premières framboises sont cueillies dès le mois de mars de l’année suivante. Deux récoltes sont programmées dans l’année. La cueille mobilise jusqu’à cent personnes sur les deux sites de production. Tous les ans, l’entreprise reçoit des saisonniers de Pologne pour pallier le manque de main-d’œuvre dans la région en mai et juin.