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La palette bois, un bel exemple d’économie circulaire

La filière palette bois est depuis longtemps engagée dans la recyclabilité et l’allongement de la durée de vie de la palette bois. D’où une certaine sérénité face à la loi Agec.

La palette bois, locative ou en pool ouvert, répond aux sept piliers de l’économie circulaire définis par l’ONU : approvisionnement durable, relocalisation, éco-conception, augmentation de la réparabilité, de la durée d’usage, gestion des déchets…
© EPAL

Si l’actualité s’est focalisée sur ses articles 77 et 80, la Loi Agec prévoit aussi la création de nouvelles filières REP (Responsabilité élargie du producteur). En particulier, la filière REP pour les emballages ménagers, créée en 1993, sera étendue aux emballages non ménagers consommés ou utilisés par les professionnels, au 1er janvier 2025. Les emballages de transport sont concernés. 

Pour favoriser le réemploi, la réutilisation, l’échange, des actions de standardisation ont été engagées, en collaboration avec certains secteurs de l’industrie, définissant des types et formats de palettes selon les filières concernées.
© EPAL

 

La palette bois, un bon élève de l'économie circulaire

 « D’une certaine façon, la palette bois était déjà dans l’économie circulaire avant même que le terme existe, explique Jean-Philippe Gaussorgues, Président de la Commission Palettes « SYPAL » de la Fédération national du bois et d’EPAL France, Quelques exemples : elle est issue d’une ressource renouvelée et renouvelable, la forêt, vrai puit à CO2. La filière coopère avec les acteurs du territoire : 80% des palettes se situent à moins de 300 km d’un lieu de fabrication ou de réparations. Reconditionnée, elle peut repartir dans un nouveau cycle et en fin de vie, elle est une source de matière secondaire avec de nouvelles valorisations dans le mobilier, l’espace vert.. » Ainsi, l’usage du broyat de palette pour confectionner des plots en aggloméré équipant les palettes réparées est l’exemple parfait de la circularité de la filière. 

  

Jean-Philippe Gaussorgues, Président de la Commission Palettes « SYPAL » de la Fédération national du bois : « En 2022, nous allons renouveler l’analyse du cycle de vie de la palette bois afin de ne pas nous faire piéger par la REP. Car, l’objectif est de réduire au maximum l’écocontribution attachée la filière REP étendue
© Nick Decombel

 

Les acteurs de la filière sont pleinement engagés

Les opérateurs de la palette bois, locative ou non, sont pleinement engagés dans la démarche et chacun travaille sur l’ensemble des items de l’économie circulaire. Marianne Richeux Responsable Europe du programme « Zero Waste World » témoigne : « Nous avons mené une analyse du cycle de vie sur le produit dès 2010, un défi à l’époque. Nous avons identifié les leviers d’amélioration : approvisionnement circulaire, récupération des actifs, augmentation de la durée de vie, services, partage et réemploi. Notre plan 2015-2020 a permis une réduction forte de notre impact : zéro déchet, zéro déforestation, neutralité CO2…Cela permet d’engager une stratégie régénératrice à 2025 qui demande un important travail collaboratif ».

 

« En France, notre système de partage/réutilisation a permis d’éviter la consommation de 42 500 t de CO2, de 6 000 t de déchets et de 43 000 arbres en 2021 » précise Marianne Richeux, Responsable Europe du programme « Zero Waste World » chez Chep.
© Chep

 

La philosophie est la même chez IPP France : « Notre modèle économique repose sur l’économie circulaire avec une valorisation de la filière bois de bout en bout, souligne Thibaut Esnée, directeur général, par exemple : nos palettes non réutilisables sont broyées pour constituer une biomasse : dans le cadre de la norme NIMP15, elle sert à traiter par chauffage les palettes afin de les protéger contre la propagation d’organismes. C’est aujourd’hui indispensable pour travailler avec le Royaume-Uni depuis le Brexit ».

Car, l’économie circulaire doit aussi composer avec les réalités du marché. La palette ne doit pas perdre ses caractéristiques premières, en particulier sa résistance. « Le fort développement de l’automatisation dans la supply chain et dans les plateformes de distribution demande une palette ayant une qualité constante, explique Kristof Prekop, directeur commercial LPR France, le niveau de qualité du support augmente et là, l’économie circulaire prend tout son sens. »

Le fort développement de l’automatisation dans la supply chain et dans les plateformes de distribution demande une palette ayant une qualité constante, explique Kristof Prekop, directeur commercial LPR France
© LPR France

 

L'étape du transport est primordiale

Pour les loueurs, la récupération des actifs est primordiale. Tous ont optimisé leur maillage de centres de services afin de limiter le nombre de kilomètres parcourus, générateur de CO2. Il font preuve d’initiatives. « C’est un fort levier sur l’aspect réduction du CO2, concède Thibaut Esnée, nous avons un système d’information d’optimisation de la gestion des flux. Nous essayons de mutualiser avec certains clients : recharger sur un de nos centres pour ne pas repartir à vide. Nous employons aussi le transport ferroviaire, qui offre une capacité plus importante que le camion même si le pré-acheminement est plus contraignant ». LRP qui vient d’adhérer au programme Fret21, est aussi impliqué : « L’objectif est d’avoir une qualité de service à la hauteur de l’exigence du client, souligne Kristof Prekop, Nous cherchons avant tout à éviter le retour à vide : par exemple, nous demandons à nos partenaires transporteurs que leur camion soit livreur de palette mais aussi collecteur »

« Notre modèle économique repose sur l’économie circulaire avec une valorisation de la filière bois de bout en bout, souligne Thibaut Esnée, directeur général d'IPP France
© IPP France

 

L'inflation sur le prix du bois pourrait être une chance

Les cours du bois ont connu de fortes hausses ces derniers mois. Ainsi, l’indice CEEB (Centre d'Etudes de l'Economie du Bois) est passé de 183 au troisième trimestre 2020 à 403 au troisième trimestre 2021. Cette situation peut-elle obérer les efforts faits par la filière?

Pas forcément pour Jean-Philippe Gaussorgues : « Elle serait plutôt un accélérateur car cela pousse à trouver de nouvelles solutions. La relocalisation, l’éco-conception, l’augmentation de la réparabilité, la logistique reverse en font partie. De plus, le coût d’une palette reconditionnée étant moins important qu’une neuve dépendante de la variation de prix de la matière première, la demande a fortement augmenté : une certaine tension sur le gisement s’est fait sentir en 2020 ».

 

Les cahiers des charges pour la fabrication et la réparation des palettes bois se développent sous la demande croissante des utilisateurs. D’où une forte professionnalisation du métier de réparateur.
© EPAL

 

Les opérateurs, s’il reconnaissent une situation « inédite », y voit aussi des opportunités. « Chep est un prestataire qui apporte la palette et des services : transport, gestion... Notre grille d’indexation des tarifs est liée à des indices précis. Nous pouvons bien sûr compenser en partie une hausse mais nous sommes très contents d’avoir pu augmenter la vie d’une palette. » se félicite Marianne Richeux. Et Thibaut Esnée de souligner : « L’effet positif est que cela renforce l’intérêt porté à l’économie circulaire de la palette bois. Sur un marché concurrentiel comme les fruits et légumes, une palette réutilisée intervient directement dans la gestion du coût de revient et aide à limiter au mieux une hausse de matière première. »  

Une nouvelle ACV pour la palette en 2022

Face à l’extension de la filière REP aux emballages non ménagers, la filière fait donc preuve d’une certaine sérénité. « Elle fixe des objectifs de réemploi. Un calcul objectif pour le quantifier est nécessaire : ce que nous avons toujours fait, il faudra maintenant en apporter les preuves. D’autre part, en 2022, nous allons renouveler l’analyse du cycle de vie de la palette bois afin de ne pas nous faire piéger par la REP. Car, l’objectif est de réduire au maximum l’écocontribution attachée la filière REP étendue » détaille Jean-Philippe Gaussorgues. Pareillement, Marianne Richeux considère : « L’ACV est à la base de tout. Il existe des facteurs à prendre en compte et la profession sera jugé sur pièces. Mais je ne pense pas que l’on tire à boulets rouges sur une solution qui est particulièrement vertueuse et positive ». 

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