Accord de Doha
La paix des braves aura été signée à Genève
Après une semaine assez folle de négociations à l’OMC, un accord de principe a été trouvé entre l’Amérique latine et l’Union européenne sur le dossier de la banane.
Est ce vraiment la fin de plus d’une décennie de guerre commerciale autour de la banane ? Alors que les négociations de l’OMC se prolongeaient à Genève pendant le week-end, l’Union européenne et les pays latinos américains semblent avoir trouvé un accord. Au bout d’une nuit de négociations, entre samedi et dimanche, les deux parties s’étaient mises d’accord sur les chiffres : en l’occurrence une baisse progressive des droits de douanes qui passeraient de 176 €/t actuellement à 148 €/t à partir de 2009, pour tomber progressivement à 114 € en 2016. Ce chiffre se situe un peu plus bas que celui de la proposition que Patrick Lamy avait faite avant l’ouverture des débats à Genève (réduction à 150 € au 1 er janvier 2009 et réductions annuelles pour atteindre 116 € en 2015).
Dans la journée de dimanche, les pays ACP se déclaraient hostiles à ces dispositions et menaçaient de bloquer l’ensemble des négociations à l’OMC. Ils avançaient néanmoins une contre-proposition : un droit de douane ramené à 109 €/t, mais avec un calendrier plus long (jusqu’en 2017) et une montée en charge plus lente. De part et d’autre, il semblait que de la bonne volonté se manifestait pour arriver à un accord.
Le début de la semaine dernière ne laissait pas présager une (encore conditionnelle) sortie de conflit. Le lundi 21 juillet fut la journée des annonces “choc” (baisse de 60 % de droits de douanes sur les produits agricoles). Les Etats-Unis n’étaient pas en reste en proposant une limitation de leurs subventions à l’agriculture à 15 Md$ (9,5 Md€). Côté bananes, les principaux exportateurs (Costa Rica, Equateur, Panama, Nicaragua, Guatemala et Bolivie) proposaient une baisse à 141 € pour arriver, en 2014, à 109 €. D’une part, les pays ACP ont proposé, dans la semaine, une offre alternative qui aura laissé les négociateurs latino-américains dubitatifs. D’autre part, la représentation des producteurs européens, par la voix d’Eric de Lucy, fustigeait la proposition de Patrick Lamy « totalement favorable à l’Amérique latine » et estimait impossible de descendre en dessous de 160 €/t. Vendredi soir, rien n’avançait vraiment.
Le week-end semble avoir débloqué la situation. Car, en marge des négociations sur la banane, les ACP ont obtenu samedi la reconnaissance par l’Amérique latine d’un statut spécial pour quarante produits tropicaux qu’ils pourront continuer à importer à des conditions préférentielles dans l’UE. Reste maintenant à ce que Doha soit globalement signé, le dossier bananes en faisant totalement partie.