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La fulgurante croissance de l’avocat au Maroc

Le Maroc est devenu en moins de dix ans un acteur significatif du commerce international de l’avocat. Ses exportations ont dépassé 30 000 t et devraient continuer à croître. Le verger repose essentiellement sur une base de petits à moyens producteurs.

Les premiers avocatiers (Fuerte, Panchoy, Mexicola, Anaheim, etc.) ont été mis en place à partir du milieu des années 1930 à des fins d’évaluation dans les stations expérimentales de Rabat (« Jardin d’essais botaniques de l’Agdal »), puis de Aïn Taoujdate. Quant au Hass, il a été introduit en 1950 depuis la Californie. Mais les premières plantations d’extension significative à vocation d'export n’ont été développées qu’au début des années 2000 par la société Abaz, principal artisan du décollage de la filière dans le pays.

Des investisseurs étrangers contribuent à la dynamique

La croissance s’est accélérée au début des années 2000, le verger quintuplant en un peu plus d’une décennie pour atteindre une extension estimée à 10 000 ha début 2022. Le développement de la filière s’est construit autour des potentialités agronomiques de la zone du Gharb et des perspectives offertes par la proximité du marché communautaire en développement, où l’avocat marocain bénéficie de conditions d’accès privilégiées (droit de douane nul, absence de prix d’entrée). Cette culture à haute valeur ajoutée a attiré un nombre important de producteurs, d’autant que la région figure parmi les plus pauvres du pays et qu’un de ses piliers économiques, la filière fraise, était confronté à d’importants problèmes commerciaux.

Des investisseurs étrangers (espagnols, sud-africains, émiratis et plus récemment israéliens) se sont aussi implantés et ont contribué à cette forte dynamique de croissance. Si le développement des surfaces s’est montré extrêmement important ces dernières années, il pourrait se ralentir à moyen terme. D’une part, la culture apparaît moins attractive, dans un contexte de grande poussée de la production mondiale et de coûts de production en forte hausse. D’autre part, les terres disposant d’un microclimat adéquat à cette culture tropicale se raréfient, alors que la pression sur la ressource hydrique s’accroît. De plus, les particularités du droit foncier marocain restent un frein majeur au développement (frilosité quant aux investissements agricoles liée à l’absence de baux à long terme, grand morcellement des terres appartenant encore largement à l’Etat et gérées collectivement).

Une zone côtière au microclimat tempéré

Dans le nord du pays, dans la région du Gharb, les vergers d’avocatiers se concentrent essentiellement entre Kenitra au sud et Larache au nord, sur une bande côtière longue d’environ 130 km et large de 7 à 8 km (environ 80 % des surfaces). Le microclimat tempéré, grâce à la proximité immédiate de la mer et de plusieurs lagunes (Merja Zerga, etc.), est bien adapté à la culture, même si des protections antigel sont conseillées. Par ailleurs, les sols, généralement sableux et bien drainants, limitent les risques de Phytophthora. Le recours à l’irrigation est obligatoire et la pression sur la ressource hydrique tend à s’accroître, avec la baisse des précipitations entre 400 et 500 mm ces dernières années et des besoins en eau agricole accrus avec le développement d’autres productions agricoles (framboise et myrtille).

La situation reste assez satisfaisante dans la partie nord de la zone (de Moulay Bousselham à Larache), où le périmètre irrigué du Loukkos et les aménagements réalisés en amont (lac de réserve du barrage d’El Makhazine) permettent de garantir un bon niveau d’approvisionnement en eau de surface de qualité. Deux autres pôles de culture ont été implantés ces dernières années hors de cette zone historique, aujourd’hui proche de la saturation. Les communes de Sidi Slimane et Sidi Yahya, ancienne région forestière, sont en plein développement et on compterait déjà plus d’un millier d’hectares notamment de grandes plantations (jusqu’à plusieurs centaines d’hectares) – une exception dans le pays. Mais, le risque d’épisode climatique extrême y est important tant en hiver qu’en été, car l’influence océanique est plus limitée.

Ainsi, les plantations, très technicisées, sont généralement pourvues de systèmes de microaspersion. Un potentiel de croissance reste disponible. Quelques plantations d’extension encore limitée (300 à 400 ha) ont aussi été implantées au sud de Casablanca, dans la région d’Azemmour. Le climat est tempéré et les sols argilo-sableux convenables. En revanche, l’eau issue de la nappe phréatique est très saline et requiert d’être traitée. Le projet de mise en place d’un périmètre irrigué de 5 000 ha (Sidi Rahal), alimenté par l’usine de dessalement du Grand Casablanca qui devrait voir le jour en 2030, pourrait permettre de lever au moins partiellement le problème.

Des vergers de petite à moyenne taille

La plupart des plantations du pays sont de taille petite à moyenne, majoritairement de 1 à 10 ha. Le niveau technique des producteurs est très variable. Néanmoins, l’irrigation au goutte-à-goutte est généralisée. Les problèmes sanitaires sont peu nombreux. Le principal ravageur est un acarien, Oligonychus perseae, bien connu en Méditerranée et détecté au Maroc en 2018. Le Phytophthora est peu répandu, les sols étant généralement sableux et bien drainants et l’emploi du goutte-à-goutte étant généralisé. En revanche, le matériel végétal a souvent été choisi « à l’économie » par bon nombre de petits et moyens producteurs, et les porte-greffes utilisés ne sont souvent pas tolérants ou résistants à la chlorose ferrique, problème potentiellement important à terme dans ces régions aux sols calcaires. Les rendements à l'export d’un verger adulte lissés sur plusieurs saisons sont de l’ordre de 8 t/ha en moyenne au niveau national (jusqu’à 12 t/ha pour les producteurs maîtrisant le mieux la culture).

Un recentrage sur le Hass

 

La variété Hass représente 80 % du verger marocain d'avocat. © E.Imbert
La variété Hass tend à prendre une part croissante et représenterait aujourd’hui environ 80 % des surfaces. A maturité à partir de fin octobre/début novembre, les fruits peuvent être commercialisés jusqu’au printemps. Néanmoins, les producteurs petits à moyens cherchent généralement à vendre leur production durant la première partie de saison, afin d’obtenir rapidement de la trésorerie et d’éviter les risques de gel plus élevés entre fin janvier et mi-février. Le Fuerte est la principale variété verte. Une petite production de Zutano et Bacon, tous deux utilisés comme pollinisateurs, est présente en octobre. La production de Hass est essentiellement destinée à l’export.

 

Exportations en forte croissance

 
© E.Imbert

Le Maroc devrait prochainement faire partie des dix premiers fournisseurs du marché mondial de l’avocat. Ses volumes se sont réellement envolés au milieu de la décennie 2010 pour dépasser 30 000 t en 2019-2020 et 2020-2021 et vraisemblablement approcher 70 000 à 80 000 t durant la deuxième partie de cette décennie. Actuellement, les volumes sont dirigés dans leur quasi-intégralité vers l’Union européenne, principalement importés via l’Espagne, pour ensuite alimenter les grands marchés de l’UE, notamment la France, l’Allemagne et l’Europe du Nord. Le reste des volumes sont expédiés hors du marché communautaire vers la Russie, la Péninsule arabique (Émirats arabes unis, Arabie saoudite notamment) et plus récemment en Afrique de l’Ouest.

Le secteur est essentiellement contrôlé par des négociants exportateurs, achetant, conditionnant et exportant la production des producteurs petits à moyens. Le nombre de producteur est important, mais les douze premiers contrôleraient environ 80 à 85 % des volumes totaux destinés au marché international. Le premier représentant 15 à 20 % à lui seul. Les producteurs exportateurs font exception, mais leur nombre devrait s’accroître significativement avec l’entrée en production des plantations de grande extension de la zone de Sidi Yahya/Sidi Slimane. Mava (Moroccan Avocado Association association), visant à promouvoir et défendre les intérêts des exportateurs d’avocat et à accompagner les producteurs, a récemment vu le jour.

Plus d’informations sur l’avocat dans le monde : www.fruitrop.com

 

L’arboriculture marocaine

40 000 ha de pommiers et poiriers

30 000 ha de fruits à noyau

156 000 ha de fruits secs, principalement des amandiers

2,2 Mt d’agrumes dont 1,2 Mt de mandarine (5e producteur mondial)

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