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La parole à...
« Katopé en zoulou signifie avocat, c'est donc bien l'ADN de notre entreprise »

Suite au dossier “Avocat” de fld magazine d'octobre, Nicolas Morinière, directeur général d'Univeg en France, donne son avis sur le marché de l'avocat et les tendances mondiales.

FLD : Comment expliquer la croissance du marché de l'avocat ?

NICOLAS MORINIÈRE : Ce n'est pas la production qui détermine la croissance du marché : ce n'est pas parce que vous produisez que cela va se vendre, mais bien parce qu'il y a de plus en plus de consommateurs qui souhaitent acheter. L'avocat n'est pas une commodity, car il y a de la valeur ajoutée. C'est peut-être la tomate du XXIe siècle ; il fait partie de diètes alimentaires dans de nombreux pays, sous diverses formes : frais, trans-formé, jusqu'au surgelé. Le développement du marché, qui est patent depuis de nombreuses années, s'explique par la consommation. Les chiffres de consommation cette année sont bien plus hauts, autour de 2,4 kg/an/hab., en Scandinavie. L'Allemagne double quasiment chaque année depuis trois ans, on est vers 0,8 kg/hab. La France maintient toujours une position très forte, 1,6-1,8 kg/an/ hab., avec une tendance sur les 2 kg.

FLD : Comment expliquer le développement du mûr à point ?

N. M. : La praticité qu'offre le mûrissage répond aussi à un besoin d'arrêter le gaspillage. Le consommateur aujourd'hui est prêt à payer plus des fruits mûris prêts à déguster que d'acheter des fruits pas chers et dont la moitié sera jetée à la fin de la semaine. Cette attitude de plus en plus responsable développe les offres de produits plus adaptés et plus pratiques à la consommation. Je pense que le marché est porté aussi par le fait que l'avocat est un produit sain avec une bonne couverture médiatique. C'est un produit qui, sous ses diverses formes de consommation et ses diverses qualités, se développe.

FLD : Quelles sont les clés du succès pour un opérateur en avocat ?

N. M. : Pour être un vendeur d'avocats, il faut savoir le mûrir, l'emballer, le transformer. Notre business model nous a permis de devenir depuis cinq ans le premier mûrisseur européen. Au niveau de la mise en marché, vous n'êtes jamais aussi bon en mûrissage que quand vous agrégez à l'activité industrielle de la banane d'autres activités en développement (avocat, mangue), afin d'avoir la structure de coûts la plus optimale. Le client, ce qui l'intéresse, c'est d'être servi de la manière la plus compétitive et la meilleure possible en termes de qualité de service et pour ça il est important de pouvoir conjuguer des mondes qui n'étaient pas conjugables jusqu'à présent. Nous avons été les premiers depuis 2011 en France à construire un entrepôt moderne et à faire cette convergence entre banane et exotiques, et nous sommes les seuls à ce jour.

FLD : Et en production ?

N. M. : Au niveau de la production, il ne s'agit pas de sourcer mais de s'investir. Katopé en zoulou signifie avocat, c'est donc bien l'ADN de l'entreprise depuis sa création, avant qu'elle ne soit rachetée par Univeg. Depuis on a fait du chemin. On n'est plus attaché à une seule origine en particulier, mais dans une logique multi-origines. On est resté producteur en Afrique du Sud, on est exportateur et on est partenaire, c'est-à-dire associé dans des sociétés à travers le monde. On participe à l'évolution de la production. On voit des zones apparaître, dans lesquelles on se lance pour couvrir le besoin d'avoir un avocat de qualité toute l'année.

FLD : Lesquelles ?

N. M. : La Colombie se positionne dans ne diversification climatique tout à fait ntéressante, ce qui fait que depuis quatre ns nous sommes un des premiers impor-ateurs de Colombie, on a monté un ureau, des partenariats. La Tanzanie se éveloppe aussi. Ce sont des pays monta-gneux, avec un climat chaud et sec mais une ressource en eau importante. Car l'avocat a besoin d'eau, c'est le point critique de cette culture.

FLD : Le changement climatique modifie et modifiera le paysage de la production d'avocats ?

N. M. : Oui. Des zones traditionnelles comme Israël ou l'Espagne ont ce problème d'eau et ont de plus en plus de mal à développer leur production. Elles sont en train de stagner ou de régresser. En Afrique du Sud, il y a un développement du marché local. Aujourd'hui, un producteur sud-africain peut choisir entre son exportation et son marché local. C'était impensable il y a une dizaine d'années.

FLD : Quelles sont les autres origines stratégiques pour l'Europe ?

N. M. : Le Mexique et le Chili sont tournés vers les Etats-Unis et la Chine. Le développement de la demande chinoise explique le redéploiement de certaines productions. Le Mexique aura toujours une tendance naturelle à aller aux Etats-Unis et continuera de voir l'UE comme un marché d'appoint et non un marché stratégique, ce qui n'est pas le cas d'autres origines. Le Pérou en premier lieu est stratégique pour l'Europe, comme l'Europe l'est pour le Pérou. Les Péruviens ont bien intégré le fait qu'il faut maintenir leurs parts de marché en Europe, qui était déjà un marché en progression et qui surtout leur permet un peu de balancer le risque stratégique qu'ils ont à trop dépendre d'un seul marché de destination.

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