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Interview
« Je renouvelle mon souhait de voir Interfel à la table des négociations de la CEPC »

Razzy Hammadi, député PS de Seine-Saint-Denis, préside la Commission d'examen des pratiques commerciales (CEPC). Il livre pour fld ses réflexions sur la filière fruits et légumes.

FLD : Comment analysez-vous la filière f&l, en tant que président de la CEPC ?

RAZZY HAMMADI : Je souhaite renforcer le dialogue avec l'ensemble des acteurs pour améliorer ce qui reste un problème majeur pour la filière : les relations commerciales. Des actions doivent être menées pour renforcer les pratiques et stratégies commerciales. Les améliorations doivent se faire dans la concertation pour être efficace. La loi Consommation, opérationnelle après 19 mois de concertations et de débats*, vise à renforcer la fluidité des relations commerciales au travers de la négociabilité véritable, permettant la prise en compte de chocs exogènes qui nécessitent la solidarité entre les contractants. La CEPC est prête à agir dans ce domaine. La filière du frais a ses spécificités que la loi n'ignore pas. Dans la pratique, son interprétation mobilisera toute notre attention. Je renouvelle donc mon souhait de trouver Interfel à la table des négociations afin qu'il puisse y apporter son expertise.

FLD : Dans la LMA, Interfel a demandé une disposition sur la promotion “produits, métiers et savoir faire”. Une décision doit être rendue cet été. Qu'en est-il ?

R. H. : Je soutiens ce dispositif comme l'interprofession et, comme elle, après avoir beaucoup bataillé, j'attends les arbitrages.

FLD : La loi Commerce, Artisanat et TPE entend dynamiser les commerces de proximité. En tant qu'élu, comment voyez-vous la mise en œuvre de telles mesures ?

R. H. : Ces mesures visent à cette dynamisation. Ce sera à l'Administration d'agir en simplifiant les démarches pour fluidifier le développement de ces TPE qui donnent vie aux centres-villes. Outre leur rôle économique essentiel, ces petits commerces jouent un rôle social important. Les renforcer, c'est renforcer la cohésion au sein d'une collectivité.

FLD: Vous avez appelé les professionnels des f&l à être vigilants quant aux nouveaux modes de consommation. A quoi faites-vous allusion ?

R. H. : Veiller aux modes de consommation, c'est garantir la pérennité de la filière f&l en France. La pédagogie est la clé de sa durabilité. Chacun à son niveau doit démontrer en quoi la consommation de f&l est vitale. Etant fils de primeur, je me rends pleinement compte du poids de cette pédagogie sur les modes de consommation. Il faut guider le consommateur, intégrer la vente en ligne couplée à la filière courte, mieux adapter l'offre et concilier des aspirations apparaîssant contradictoires : transparence, rapidité, qualité et souhait de payer toujours moins cher. L'enjeu reste de garantir la solidité des quelque 115 000 entreprises du secteur.

FLD : Interfel travaille à normaliser les produits et on voit apparaître des fruits et légumes “moches”. N'est-ce pas une remise en cause de ce travail ?

R. H. : En donnant des critères à respecter aux fruits et légumes, on rend les transactions plus fluides et transparentes sur le marché intérieur comme à l'export. Mais il ne faut pas confondre esthétique et qualité. Des produits “moches” peuvent tout à fait être consommables. Les tomates Cœur de bœuf de pleine terre, par exemple, ne sont pas toutes de la même taille, ni de la même couleur, pourtant elles sont délicieuses. Il ne faut pas faire de l'esthétique la bataille première au développement de la filière. Les produits proposés ne sont pas manufacturés. Ne donnons pas cette vision aux consommateurs qui, après coup, ont une vision industrielle des fruits et légumes frais.

FLD: Comment la filière peut-elle répondre à une double demande : le local et les produits exotiques ?

R. H. : Il ne s'agit pas d'une demande contradictoire, mais plutôt d'une demande diversifiée. Les Français consomment de plus en plus de produits exotiques qui ne peuvent pousser en métropole. En développant la filière en outre-mer, en renforçant investissements et partenariats, on peut faire de ces territoires un pôle d'excellence en exotiques, comme la banane. L'intervention des pouvoirs publics peut ici être un déclencheur en renforçant la traçabilité (loi Consommation) ou faire du “made in France“ un label mondial.

FLD : Quels sont les dossiers impactant la filière f&l dans les six prochains mois ?

R. H. : La baisse des charges liée au Pacte de responsabilité présenté en janvier par le président de la République aura un impact sur la filière f&l pour rendre ce secteur plus compétitif. Je serai attentif au déroulement des négociations sur les différents traités en cours, comme le TAFTA (Etats-Unis/Europe) pour défendre les intérêts nationaux. Je suivrai avec attention les dispositions relatives aux lois portant sur le développement de la filière.

* Les derniers décrets sont prévus en fin d'année

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