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Courgette : une fertilisation sous contrôle

La fertilisation azotée de la courgette de plein champ peut être améliorée afin de limiter l’excès des nitrates dans les sols et leurs pertes dans les eaux souterraines. Dans le Gard et l’Hérault, cette action entre dans le cadre d’un nouveau projet intitulé Eau Zone.

Les travaux d’expérimentation ont permis aux sociétés de préconiser une meilleure répartition des apports d'azote avant et en cours de culture.
© Ctifl

L’Occitanie fait partie des régions françaises les plus productrices de courgette et de melon à l’échelle nationale. Dans le Gard et l’Hérault, ces productions sont principalement situées en Zone Vulnérable Nitrates (ZVN). Les travaux conduits au Ctifl entre 2014 et 2016 ont permis d’acquérir des références pour un meilleur raisonnement de la fertilisation azotée de la culture de courgette à l’échelle de la parcelle.

Apports d’azote plus précoces avant floraison

L’acquisition de références s’est faite à partir de pratiques de fertilisation co-construites avec les partenaires sur la base des résultats des deux années précédentes, et a permis de préciser les meilleures stratégies, en restant dans le cadre de la réglementation. Une stratégie 1, co-construite avec le prescripteur d’engrais Calvet Agro, a consisté en un apport avant plantation, sous la forme du fertilisant organique liquide « fertilégumes » à raison de 40 kg/ha d’azote. Dans une stratégie 2, co-construite avec le prescripteur d’engrais JEEM (Estève), aucun fertilisant n’est apporté avant la plantation, mais des apports sont réalisés avant floraison. Pour la stratégie 3 (stratégie de référence), les apports en azote sont basés à la fois sur la quantité d’azote nitrique présente dans le sol (horizon 0-30 cm) estimée chaque semaine grâce à des analyses Nitrates, et sur la dynamique de prélèvement de l’azote par la courgette élaborée par Tési et al. (1981). Dans cette stratégie, il n’y a pas d’apport azoté avant plantation ni avant floraison (mais apports en P et K). Les quantités d’azote apportées dans chacune des stratégies (comprises entre 67 et 97 kg/ha suivant la stratégie pour 4-5 semaines de récoltes) sont inférieures à la dose maximale calculée d’après l’équation du GREN appliquée à la courgette de plein champ en région Languedoc-Roussillon : celle-ci plafonne à 101 kg d’azote/ha pour un rendement prévisionnel de 20 t/ha. En conclusion de ces trois années consécutives d’expérimentation, les teneurs en azote dans le sol (dans les deux horizons observés) restent acceptables, voire faibles au regard de ce qu’il est possible d’observer notamment chez des professionnels, quelle que soit la stratégie de fertilisation. On notera néanmoins des valeurs relativement plus élevées à l’horizon 0-30 cm pour la stratégie Calvet Agro (64 kg d’azote/ha) et dans une moindre mesure pour la stratégie JEEM (Estève) (46 kg/ha), cela trois mois après la fin des récoltes. En termes de rendements, ceux-ci sont proches entre variétés testées toutes stratégies confondues, mais varient sensiblement suivant la stratégie de fertilisation et la variété de courgette. Ainsi, on retiendra en particulier que les variétés Amorgos et Syros (Syngenta) semblent moins impactées par l’absence d’apports en azote avant floraison et/ou des quantités d’azote apportées moins élevées par rapport à la variété Patmos. Le rendement en catégorie 1 est significativement plus élevé pour les stratégies 1 et 2 par rapport à la stratégie de référence (toutes variétés confondues), et permet de confirmer l’intérêt d’apports d’azote plus précoces avant floraison (observé également les deux années d’essais précédentes), même relativement faibles (10-15 kg/ha). Il est néanmoins intéressant de noter que cette stratégie de référence conduit à des rendements plus élevés que le prévisionnel, malgré des apports en fertilisants azotés relativement moins importants et l’absence d’apport d’azote avant floraison. Ces travaux d’expérimentation ont ainsi permis aux sociétés de revoir leur préconisation de fertilisation pour une meilleure répartition des apports avant et en cours de culture.

Désintensifer les rotations de courgette

L’enjeu est à présent de désintensifer les rotations de courgette, notamment dans les zones de protection de captage d’eau potable classées prioritaires afin de pouvoir dégager des marges de progrès en termes de réduction de la teneur en nitrate de l’eau. L’assolement en production de courgette de plein champ est peu diversifié. L’absence de rotation, principalement due au manque de foncier disponible, est propice au développement des bioagresseurs. Par ailleurs, la Directive Nitrates demande aux maraîchers de couvrir leurs sols au cours des périodes pluvieuses. Pour la culture de melon, il est accordé un cas exceptionnel de gestion de la couverture des sols aux producteurs qui réalisent la technique particulière des prébuttes à l’automne. Les producteurs ont ainsi la possibilité de détruire plus tôt le couvert végétal, implanté a minima deux mois auparavant, pour réaliser les prébuttes. Pour répondre à la problématique de la gestion de l’azote, le CTIFL porte avec trois autres partenaires, l’institut technique Arvalis, la station régionale d’expérimentation Sud-Expé et la  Chambre d’agriculture du Gard, un nouveau projet intitulé Eau Zone (voir encadré), sélectionné par la Région Occitanie et cofinancé par l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse et le FEADER, de 2017 à 2020.

Un projet pour restaurer la qualité de l’eau

Le projet Eau Zone propose deux axes de travail, un assolement durable pour la culture de courgette et une gestion plus fine de l’interculture pour le melon. L’objectif de ce projet est d’évaluer des systèmes de culture intégrant des pratiques culturales innovantes qui permettent de restaurer la qualité de l’eau via une limitation des pertes d’azote dans les eaux souterraines. Les systèmes seront évalués sur leurs capacités à proposer une gestion optimisée de l’alimentation hydro-minérale des cultures (eau et engrais azotés). Les pratiques culturales innovantes travaillées au cours du projet allieront le raisonnement des rotations, l’utilisation d’engrais verts ou de Cultures Intermédiaires Pièges A Nitrate (CIPAN) en interculture et l’amélioration de la qualité des sols. A l’issue des quatre années d’expérimentation, l’intérêt sera de développer des pratiques faciles à mettre en œuvre par les producteurs et rapidement diffusables dans les exploitations agricoles.

 

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