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Cerise : qu'est-ce que la micro-injection, l'alternative à la pulvérisation testée contre Drosophila suzukii ?

Testée sur cerise contre Drosophila suzukii, la micro-injection pourrait constituer à l’avenir une alternative crédible à la pulvérisation. Les premiers essais agronomiques ont débuté en 2021.

Les tests de faisabilité montrent que le cerisier est une bonne espèce modèle pour la micro-injection.
Les tests de faisabilité montrent que le cerisier est une bonne espèce modèle pour la micro-injection.
© C. Zambujo

Reconquérir des zones de production en cette période de souveraineté alimentaire, annuler les phénomènes de dérives, réduire les intrants, s’affranchir des conditions météorologiques… Nombreux sont les avantages potentiels de la micro-injection, un nouvel outil en phase de test exploratoire qui pourrait être proposé dans les prochaines années aux applicateurs de produits phytosanitaires. « Le changement majeur de concept est que l’arbre, support de traitement, devient désormais le moteur du traitement appliqué », explique Adeline Renier. Cette experte du Centre d’expertise en techniques environnementales et végétales (Cetev) présentait le concept de cette technique innovante en mars dernier à l’occasion de la journée nationale Drosophila suzukii, organisée au centre CTIFL de Balandran. La micro-injection consiste à introduire un produit phytosanitaire directement dans les vaisseaux de l’arbre (voir encadré).

Le cerisier, un bon modèle candidat

Le projet Preamisse est en cours depuis 2015. Plusieurs espèces ornementales et fruitières ont servi de support d’étude : pommier, châtaignier, kiwi, noyer… Le cerisier fait partie de ces espèces étudiées depuis 2020 avec comme ravageur cible Drosophila suzukii. En 2020, des premiers essais de faisabilité vis-à-vis des paramètres techniques ont été lancés. En 2021, un premier essai grandeur nature a été installé sur cerisier et s’est poursuivi cette année. « Nous faisons différentes observations, à commencer par le contrôle de sécurité des arbres – comprenez cicatrise-t-il bien ? – et des consommateurs vis-à-vis des résidus phytosanitaires », détaille Adeline Renier.

Toute la difficulté est d’injecter le produit dans le xylème actif. Pour y parvenir, le Cetev a réalisé des tests avec des colorants, puis une coupe 24 heures après au niveau du point d’injection, « pour déterminer la longueur de l’aiguille qui doit atteindre les vaisseaux de xylème ». Évidemment, la taille de cette aiguille varie en fonction de l’âge des vergers et de l’espèce de l’arbre. « La bonne nouvelle, c’est que nous avons observé qu’un an après l’injection, la cerne s’était reformée sans souci et présentait des vaisseaux bien actifs. On observe également un isolement naturel de l’arbre au niveau du point d’injection : l’arbre crée une barrière étanche qui empêche les pathogènes extérieurs de venir le contaminer. »

Enfin, les caractéristiques de l’aiguille et les modalités d’injection ont pu être définies : une longueur de 3,50 cm d’aiguille et quatre points d’injection suffisent et permettent un traitement idoine. « Nous avons pu estimer le temps de migration de la matière active, ce qui nous a permis de vérifier le potentiel de cicatrisation du cerisier : nous n’avons pas observé de phytotoxicité ou de production de gomme. Tout cela nous fait dire que le cerisier est un bon modèle candidat à la micro-injection. »

Validation agronomique

Concernant le volet agronomique, les essais ont démarré en 2021 avec quatre répétitions, quatre points d’injection et six modalités, basées sur la dose homologuée pour traitement de parties aériennes. Les matières actives testées étaient le phosmet, la cyantraniliprole, le spinosad, le spirotetramat, la lambda-cyhalothrine et l’abamectine. « La première injection est réalisée lors de la floraison, le 23 mars 2021, et la deuxième un mois plus tard, le 27 avril », explique Nicolas Formez, ingénieur de recherche santé des plantes - fruits à noyau au CTIFL. La pression D. suzukii était notable (40 % de fruits attaqués sur le témoin) en 2021, ce qui a permis de valider la pression du ravageur. « Nous avions surtout Drosophila suzukii et un peu de Rhagoletis cerasi », précise-t-il. « Nous avons noté une tendance, pas fiable statistiquement, mais une tendance à avoir moins de dégâts (-15 % par rapport au témoin, N.D.L.R.) sur les arbres traités. »

Côté analyses sur feuilles et fruits, deux dates ont été sélectionnées : à la véraison et à la récolte. « Nous avons retrouvé trois produits dans les feuilles aux deux périodes et un seul dans les fruits », mais à une dose inférieure à 0,25 mg/kg, donc à la limite de quantification de la limite maximale de résidus (LMR : 3 mg/kg). « Cela montre donc que nous avons bien une migration des produits et que cela se tient dans tous les cas sans risque pour le consommateur. » L’essai a été renouvelé cette année en vue de valider l’efficacité et afin d’avoir une seconde batterie de résultats pour consolider l’ensemble. « Pour être plus fin dans l’analyse, nous allons récolter les données arbre par arbre, et pas arbre par parcelle élémentaire. Dans tous les cas, ce mode d’application n’est pas encore autorisé sur cerisier. Et nous savons d’ores et déjà que pour alimenter le fruit et donc atteindre les larves, il faudra que la matière active ait une double systémie ascendante et descendante », conclut Nicolas Formez.

Un millilitre par point d’injection

 
Le principe de la micro-injection n’est ni plus ni moins – enfin… en un peu plus compliqué quand même – le même que la piqûre chez l’humain : l’idée est d’utiliser les vaisseaux de sève ascendante du végétal en lui injectant une quantité de produit minime, soit guère plus d’un millilitre de produit par point d’injection. « La réussite de cette technique c’est de combiner plusieurs paramètres : la plante, la matière active, l’instrumentation et la formulation, car aujourd’hui rien n’est formulé pour la micro-injection : les essais partent du principe d’une pulvérisation le plus souvent », explique Adeline Renier du Cetev, qui pointe très vite les freins de cette piste exploratoire à peine à ses débuts. « Derrière chacun de ces paramètres, nous trouvons plein d’inconnues à résoudre avec notamment des faux négatifs qu’il faut analyser. »

 

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