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Interview de Luc Barbier, président de la FNPFruits
« Avec l'Europe, nous devons co-construire la campagne fruits d'été 2015 »

Alors que la campagne est plus que difficile en pommes et poires, Luc Barbier, président de la FNPFruits, dresse un bilan pessimiste de la campagne estivale.

FLD : Quel regard portez-vous sur l'état du marché aujourd'hui ?

LUC BARBIER : Nous traversons une crise majeure et peu de produits sont épargnés. Cette crise n'est pas liée à l'embargo russe, elle a des racines plus profondes et cet embargo n'a fait que les amplifier. Cet été, on n'a pas brûlé de camions espagnols, on a été responsables. Aujourd'hui, je ne sais plus quoi dire aux producteurs face à la situation de crise qu'ils traversent. Car le ministère ne nous donne pas de plan national.

FLD : Qu'entendez-vous par plan national ?

L. B. : Nous avons une nécessité à ce que la filière se structure sur tout ce qui n'est pas commercialisable sur le marché du frais notamment. Il y a une déconnexion complète face à la réalité on s'est retrouvé cet été avec des 30 €/t en pêches et nectarines en juin et juillet, c'était indécent. Aujourd'hui, le niveau de structuration n'est pas suffisant pour limiter les francs-tireurs. On le voit sur le marché de la pomme, les enchères à la baisse sont encouragées et le marché s'effondre. Et face à cela il n'y a pas de limite. La filière a-t-elle une capacité à organiser le marché ? C'est la question à laquelle nous devons répondre si on veut encore être là demain.

FLD : Il existe une organisation !

L. B. : Interfel est un outil technique qui permet de gérer le marché. Mais quand il y a un accord interprofessionnel signé, il est immédiatement contredit par ceux qui l'ont signé. Il n'y a aucune sanction pour quelqu'un qui ne respecte pas son contrat. Et face à l'accord de modération des marges, nous ne l'avons jamais cautionné, c'est tout bonnement inefficace. Ma question c'est : a-t-on besoin d'un artifice législatif inefficace qui est fait pour être contourné ?

FLD : Comment faire alors ?

L. B. : On fait table rase de cela pour rétablir un rapport de force équitable entre producteurs et distributeurs. Ou ce rapport de force a lieu dans la rue ou bien ce sera par des voies législatives. L'enchère à la baisse est interdite mais Leclerc est le premier à le faire. Les dindons dans tout cela, ce sont les consommateurs et les producteurs.

FLD : Le déversement de produits n'est pas bon pour la valorisation des f&l...

L. B. : Si le consommateur imposait à ses distributeurs de ne pas avoir des linéaires remplis de références étrangères nous n'en serions pas là. Quand on manifeste, on ne s'adresse pas aux consommateurs. Aujourd'hui il faut sauver la boutique. Les paysans sont en train de tout perdre.

FLD : Et le bilan de campagne de l'été ?

L. B. : Nous envisageons sérieusement de déposer un dossier auprès de la Cour européenne de justice quant au dumping commercial pratiqué par les Espagnols. Quand ils vendent à Madrid leurs pêches et nectarines à 1-1,20 €, les mêmes se retrouvent à 0,500,60 € à St-Charles. C'est du dumping commercial. Toute l'organisation est à revoir au niveau européen. Nous devons co-construire la campagne 2015 dès novembre avec nos voisins italiens, espagnols et grecs. Il faut que l'on se retrouve “à froid” pour définir une stratégie commune afin que tout le monde vive. Ce sont des sujets politiques qui ne coûtent rien et qui peuvent être salvateurs pour la production.

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