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Framboise : comment limiter le risque d'apparition de la grenaille

Sur framboise, la déformation du fruit de type grenaille est un phénomène complexe, conséquence de nombreux facteurs impactant le rendement et la qualité du fruit. Différents axes d’amélioration sont mis en œuvre par Invenio.

© RFL

La framboise est un fruit composé de nombreuses drupéoles (75 à 85 en moyenne). Lorsque seul un nombre réduit de drupéoles se développe, celles-ci se désolidarisent les unes des autres. Le fruit se déforme, c’est la grenaille. Ce symptôme peut être à l’échelle du fruit. Les « fruits grenaillants » sont répartis plus ou moins régulièrement sur la parcelle. Il peut aussi être à l’échelle du plant, tous les fruits du « plant grenaillant » sont atteints.

Une différence de sensibilité variétale

Il existe des références bibliographiques qui révèlent le plus souvent la multiplicité des causes possibles, et la complexité pour découvrir l’origine de la grenaille. En octobre 2010, dans une synthèse bibliographique sur l’état des lieux des connaissances sur la grenaille du framboisier, Laurence Bourrain évoque des origines génétiques liées à la fertilité du pollen, des origines virales, parasitaires ou pathologiques, des origines pédoclimatiques ou culturales, des origines liées aux modes de propagation, etc. La grenaille observée est le plus souvent probablement liée à plusieurs causes distinctes. Pour régler le problème, il faut donc se pencher sur les différentes causes possibles.

Sur le terrain, une différence de sensibilité variétale est clairement observée. En 2014, un questionnaire réalisé par le CTIFL mettait en avant, aux dires de producteurs, la sensibilité importante des variétés Tulameen et Meeker. Afin d’éviter les déconvenues, cette sensibilité doit également être évaluée pour les nouvelles variétés, ce à quoi s’emploie Invenio sur les variétés en observation dans le cadre d’un projet d’évaluation variétale participative. La variété Tulameen a d’autres atouts, et notamment sa qualité gustative. Aussi, malgré sa sensibilité à la grenaille, certains producteurs continuent de la planter. D’autres solutions doivent alors être envisagées.

La sélection massale pour limiter la grenaille

Afin de limiter la grenaille induite par la qualité du plant, une première étude réalisée par Invenio a permis de mettre au point un schéma de multiplication alternatif incluant une sélection massale. La sélection massale est une méthode d’amélioration des plantes qui consiste à sélectionner les meilleures plantes d’une population donnée pour les utiliser comme semence. Cette sélection, réalisée tous les ans, a pour principal intérêt de permettre la sélection des plants les mieux adaptés, et donc d’améliorer les plants au fur et à mesure des années. Concernant la grenaille, ce schéma a été mis en place sur la variété Tulameen (variété libre de droit) par un groupe de producteurs corréziens, en sélectionnant tous les ans les meilleurs plants et en évitant les plants grenaillants. Ce schéma a très bien fonctionné puisque les producteurs disposent actuellement de plants grenaillants à 3 à 5 % contre 10 à 30 % avant la mise en place de la sélection massale. Mais cela ne limite que la grenaille liée à l’origine des plants… Cette méthode a permis de limiter la présence de plants totalement grenaillants mais n’a pas eu d’impact sur la grenaille que l’on retrouve ponctuellement sur la parcelle. Ce premier succès ne résout donc pas tout, les origines de la grenaille étant nombreuses et complexes. Les conditions climatiques au moment de la pollinisation sont un autre facteur supposé de la grenaille. Afin d’en apprendre un peu plus sur les liens existants entre le climat et la déformation des fruits, Invenio a mis en place en 2018 un réseau de 11 parcelles au printemps et 9 parcelles en été/automne. Sur ces 20 sites, des informations ont été recueillies régulièrement permettant de mettre en relation les conditions climatiques (température, hygrométrie), la viabilité du pollen (nombre de grains de pollen viables par fleur) et la déformation du fruit de type grenaille. Sur Tulameen, l’importance des températures au moment de la floraison sur la quantité de fruits déformés a été validée par ce travail démontrant notamment l’importance des températures nocturnes (voir encadré). Toujours sur Tulameen, l’importance de l’hygrométrie a également été démontrée. Il semblerait qu’une hygrométrie maximale élevée a un impact positif sur le nombre de grains de pollen par fleur, et réduit ainsi le risque d’avoir des fruits déformés.

Limiter le risque d’apparition de la grenaille

Le réseau montre par ailleurs une différence variétale. En effet, sur Kwanza, à l’inverse de Tulameen, les températures élevées ont bien eu un impact sur la baisse du nombre de grains de pollen par fleur, mais cela ne se traduisait pas par une quantité plus importante de fruits déformés. Cette meilleure connaissance de l’impact des conditions climatiques sur la grenaille va permettre d’axer les techniques culturales à privilégier dans le cas de variétés sensibles telles que Tulameen, et ainsi de limiter le risque d’apparition de la grenaille. Il n’est malheureusement pas possible d’éliminer totalement le risque, la grenaille pouvant être engendrée par des causes diverses.

 

A lire aussi : La framboise multiplie ses variétés

 

Lorsque les températures nocturnes ne baissent pas assez

 

 

© Invenio

Des températures moyennes journalières élevées (>21°C en moyenne journalière) ont eu pour conséquence une baisse du nombre de grains de pollen viables par fleur et un nombre plus important de fruits grenaillants sur Tulameen. Les résultats obtenus par Invenio ont permis de préciser l’importance des températures nocturnes C’est surtout lorsque les températures nocturnes ne baissent pas assez et restent supérieures à 15°C qu’on note la présence de fruits déformés dans des proportions égales ou supérieures à 30 %.

 

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