« Le suivi mensuel de nos vaches nous permet de maîtriser la douve », en Saône-et-Loire

- - 7 min
Samuel Bonin, éleveur. « La gestion parasitaire sur notre exploitation passe par la détection, l'aménagement des parcelles humides et le renforcement de l'immunité des animaux. » Crédits : © K. Foilleret

Au Gaec du Bourg en Saône-et-Loire, la maîtrise de la grande et la petite douve passe par une détection rigoureuse de ces parasites et la gestion de l’immunité du troupeau.

Au Gaec du Bourg, en Saône-et-Loire, des coproscopies ainsi que des sérologies sont réalisées sur les vaches systématiquement depuis plus de vingt ans à l’entrée au bâtiment. « Cela nous permet d’identifier rapidement si notre troupeau est infesté par la douve ou d’autres parasites et d’agir en conséquence », indique Samuel Bonin, un des associés du Gaec. En plus de la détection, les éleveurs ont réalisé plusieurs aménagements sur les prairies afin de limiter la présence de parasites. L’immunité des génisses est aussi préparée avec une mise au pâturage précoce et progressive.

Car la grande et la petite douve peuvent avoir des conséquences importantes sur un élevage. Ces parasites affectionnant les zones humides entraînent des pertes de production, des retards de croissance et impactent la reproduction. Les larves de douve ont besoin d’un hôte pour se développer : des escargots aquatiques pour la grande douve et terrestres pour la petite douve. Ils sont présents à la fois dans les prairies humides et sèches.

 

 
<em class="placeholder">Prélèvement d&#039;un échantillon de sang</em>
Les sérologies sont réalisées systématiquement à l'entrée au bâtiment. D'autres peuvent être réalisées en cas de vache suspecte. © K. Foilleret

Chaque année, quatre à six coproscopies sont réalisées à l’entrée en bâtiment, soit environ vingt à trente animaux testés. Plusieurs lots de cinq animaux sont constitués dans les différentes classes d’âges. Le choix se porte sur les animaux les plus suspects ou susceptibles d’être porteurs de parasites. « Bien souvent, quand un lot sort positif, il y a plusieurs lots positifs. Ces dernières années nous n’avons plus de cas, mais le nombre est en corrélation avec les conditions météo », précise l’éleveur. L’ensemble des animaux du lot positif sont traités, mais pas tout le troupeau. Le coût d’un traitement est variable mais peut atteindre une dizaine d’euros par animal. Le coût d’une coproscopie est d’environ 30 euros.

Traitement au tarissement pour les vaches laitières

Les traitements sont réalisés à l’aide d’un antiparasitaire en solution buvable à base d’oxyclozamide disposant d’un délai d’attente de quatre-cinq jours. Pour les génisses infestées, le traitement est réalisé dans l’immédiat après détection de l’infestation. Pour les vaches laitières, du fait du délai d’attente nécessaire, le traitement est effectué au moment du tarissement.

Tout au long de l’année, un suivi global du troupeau est réalisé avec le vétérinaire, avec un intervalle de trois semaines. L’état des vaches est scruté. En cas de note d’état faible, une coproscopie supplémentaire est réalisée. Cela permet d’identifier une infestation rapidement, sans attendre l’entrée au bâtiment.

Aménagement des parcelles pour éviter les zones humides

La douve aime les zones humides pour se développer. Les éleveurs ont réalisé des aménagements pour éviter leur création. Les parcelles sont drainées. Aussi, les abords des abreuvoirs dans les prairies sont stabilisés pour éviter qu’ils ne se dégradent et deviennent des nids à parasites. Les abreuvoirs sont connectés au réseau d’eau public afin d’éviter la contamination par de l’eau souillée.

Si les périodes humides sont favorables au développement des parasites comme la douve, les périodes sèches qui suivent sont aussi à risque. L’herbe étant moins importante, les parasites sont plus susceptibles d’être ingérés par les vaches au pâturage. « Pour les mêmes raisons, il est important d’éviter le surpâturage, que les vaches rasent l’herbe », complète Samuel Bonin. Ces périodes incitent aussi les animaux à se rapprocher des zones humides, augmentant également le risque d’ingestion de larves.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

 

 
<em class="placeholder">Vaches Montbéliardes se rendant au pâturage </em>
La douve affectionne les zones humides. Leur présence est limitée par le drainage et l'entretien des abords des abreuvoirs. © K .Foilleret

Préparer l’immunité dès les veaux

 
<em class="placeholder">Génisses Montbéliardes aux cornadis </em>
Dès 8-10 mois, les génisses ont un accès à un paddock de pâturage pour s'infester progressivement. © K.Foilleret

La gestion des parasites comme la douve se prépare dès le plus jeune âge. Les éleveurs cherchent à infester les génisses par petites doses afin de préparer leur organisme et renforcer leur immunité. Pour cela, les veaux ont un accès libre à un parc de pâturage dès l’âge de 8-10 mois. Les éleveurs sont ensuite plus sereins lorsque les génisses font leur première saison de pâturage.

Des actions qui agissent aussi sur le paramphistome

Ces pratiques mises en place sur l’exploitation jouent aussi un rôle dans la gestion de la pression des autres parasites présents. Tout comme la douve, le paramphistome aime les zones humides où les limnées (leur hôte) y trouvent refuge. L’aménagement de ces zones humides est primordial pour limiter les risques, soit en empêchant l’accès à ces zones, soit avec du drainage. Les analyses réalisées au Gaec du Bourg permettent aussi d’identifier la présence de paramphistomes dont la dernière date de 2021. Comme pour la douve, le traitement pour les vaches est aussi réalisé au tarissement puisqu’il est identique mais effectué avec une dose doublée.

Avis d'expert  : Jean-Yves Roux, vétérinaire dans l’Ain

 
<em class="placeholder">Jean-Yves Roux</em>
Jean-Yves Roux, vétérinaire dans l’Ain. © K. Foilleret

« L’immunité du troupeau est primordiale pour gérer le parasitisme »

" La réalisation de coproscopie et de sérologie est importante pour détecter la présence de parasite dans le troupeau et pouvoir agir en conséquence pour traiter les animaux. Mais si une bonne immunité n’est pas présente, cela ne sert à rien. Comme pour n’importe quelles pathologies, les vaches ont besoin d’être préparées au mieux à se défendre en cas d’infestation.

Sur l’élevage de Samuel Bonin, une approche globale du troupeau et de l’immunité permet d’atteindre ces résultats. La visite mensuelle autour du suivi de reproduction est un moment privilégié où l’on peut voir l’ensemble des vaches et en fonction de leur état, déclencher de nouvelles analyses ou ajuster la complémentation pour soutenir l’immunité.

Il est aussi possible de gérer le parasitisme de manière plus ponctuelle. La réalisation de coproscopie à l’entrée au bâtiment est primordiale pour identifier une infestation et pour cibler le bon traitement. En cas de doute sur une vache, l’éleveur doit se rapprocher de son vétérinaire pour déclencher de nouvelles analyses.

Une bonne gestion du parasitisme passe aussi par la réalisation de traitements ciblés, seulement sur les animaux infestés, afin de limiter la résistance aux antiparasitaires. Maintenant, lorsqu’on identifie une faible charge parasitaire, on ne traite plus l’ensemble des individus d’un lot afin de garder un réservoir parasitaire pour accompagner les vaches à se défendre. Le traitement systématique peut encore être maintenu dans des zones réputées à risque ou non drainées, où il y a systématiquement des infestations. "

Voir plus

Plus d’articles sur ce thème

Contenus partenaires