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En Eure-et-Loir, « mes 450 Rava sont complémentaires du non-labour »

Après avoir été chef de silo, Pierre-André Lelong est devenu éleveur en plein air intégral en Eure-et-Loir il y a six ans. En pâturant des couverts, ses 450 Rava complètent parfaitement l’agriculture de conservation des sols.

Eleveur devant son troupeau
Pierre-André Lelong fait pâturer des couverts quasiment toute l'année à ses brebis Rava en Eure-et-Loir (photo prise en juillet 2026).
© D. Séailles

« A l’origine, c’était ma compagne, ainsi que trois autres céréaliers en agriculture de conservation des sols, qui voulaient une troupe de brebis pour pâturer leurs couverts. » Trois ans s’écoulent, mais impossible pour eux de trouver un berger en Eure-et-Loir. Contraint d’arrêter son activité de chef de silo après trente ans de métier, Pierre-André Lelong finit par se jeter à l’eau. En 2020, il achète une cinquantaine d’agnelles Rava dans la Drôme et débute une deuxième carrière : celle d’éleveur ovin en plein air intégral.

 

Faire pâturer des ovins pour davantage de rentabilité

Il faut dire que les brebis complètent bien les pratiques de non-labour. « Nous sommes sur des terrains à petit potentiel, très chargés en cailloux », décrit Pierre-André, devant un paysage dédié au colza, blé et orge. « J’étais un féru de labour. Mais c’est une pratique qui n’est efficace que sur un laps de temps court. A force de labourer ces terres fragiles, on est arrivé au bout du système, avec des taux de matière organique très pauvres. Il faut mettre toujours plus de désherbants, alors que leur efficacité et leur nombre baissent. » La solution pour remplacer le labour est alors toute trouvée : mettre en place des couverts végétaux. Leurs racines décompactent le sol et remontent des éléments minéraux, qui seront consommés par les brebis et rejetés sous forme de déjections à la surface. « Il faut cinq à sept ans pour remettre en marche la vie des sols », précise l’éleveur. 

Eleveur au milieu de ses brebis au pâturage

Le pâturage des ovins participe à améliorer la rentabilité des exploitations céréalières, selon Pierre-André Lelong. Crédit : D. Séailles

Le pâturage des ovins économise ainsi un passage de broyeur et fertilise. « Avec le prix du matériel et des intrants, il va de toute façon falloir trouver des solutions pour des systèmes plus rentables », estime Pierre-André. L’éleveur assure aussi y voir un impact positif contre les adventices. Le pâturage de luzernes bio diminuerait par exemple la présence de folle avoine dans l’orge implantée juste après. « Mais ce n’est pas une science exacte. Rester plus longtemps sur une parcelle permettra de se débarrasser de davantage d’adventices », nuance-t-il.

 

Pâturage ovin d’intercultures et de prairies sous MAEC toute l'année

Pierre-André Lelong fait pâturer ses 450 brebis sur environ 250 hectares, chez huit céréaliers, « des conventionnels qui ont tout compris » selon lui. Ils conviennent quelques mois à l’avance des parcelles à pâturer. « Avant de semer, ils me demandent ce dont je ne veux pas. Par exemple, je leur demande de mettre un minimum de moutarde dans les couverts, même si c’est le moins cher. Elle est toxique à certains stades et peut prendre de vitesse les autres plantes du couvert. » Féverole, phacélie, tournesol, sorgho fourrager, trèfle blanc, luzerne et radis chinois composent les couverts. « La plupart de temps, il y a un mélange phacélie-féverole en base, avec un peu de trèfles et de moutarde. Je travaille aussi avec des céréaliers bios qui sèment du maïs et du tournesol, j’ai donc des couverts végétaux jusqu’en avril. » 

Lire aussi : Pâturage de couverts : quelques points de vigilance

L’éleveur contractualise avec les céréaliers afin de bénéficier de l’aide aux légumineuses fourragères. Cette aide de la PAC est versée aux céréaliers à l’hectare, et permet à Pierre-André de sécuriser des surfaces de légumineuses, majoritairement de la luzerne et des trèfles. « Ce type de partenariat incite les céréaliers à cultiver des légumineuses. » En complément des couverts, Pierre-André a aussi accès à 40 hectares de prairies temporaires implantés dans le cadre d’une MAEC sur l’exploitation de sa compagne. « C’est une zone de captage d’eau où le recours aux désherbants est limité », explique-t-il.

Lire aussi : Des lactations sur couverts végétaux

 

Un affouragement des brebis nécessaire en 2026

Cette petite région d’Eure-et-Loir étant particulièrement sèche, l’affouragement est parfois nécessaire en été. C’était le cas cette année, où les repousses de prairies et de luzerne ont été maigres. Heureusement, l’éleveur constitue toujours un stock d’un an de foin au cas où. « Alors que je n’avais pas sorti une botte ces deux dernières années, j’ai dû affourager cet été. Mais je ne prévois pas d’utiliser plus de 15 tonnes de fourrage» En plus de compenser le manque de ressource, affourager permet de limiter le nombre de déplacements de parcs et de concentrer davantage les déjections. Par sécheresse, l’éleveur installe aussi une tonne à eau de 5 000 litres, qui apporte un peu d’ombre aux brebis. « J’ai besoin de huit mètres cube d’eau par semaine en temps de sécheresse. La gestion de la tonne à eau représente une grosse perte de temps », soupire-t-il.

Brebis sur un champ grillé.

Les repousses de luzerne ont été maigres en 2026, nécessitant d'affourager les ovins au pâturage. Crédit : D. Séailles.

 

Rusticité et résistance des pieds recherchées chez la Rava

Aujourd’hui, Pierre-André a atteint son rythme de croisière, avec 400 mères et agnelles Rava. Il gère une grande partie de la reproduction lui-même. « Les critères de sélection des OS ne correspondent pas forcément à l’élevage en plein air intégral. Je recherche surtout de la résistance aux maladies des pieds », explique-t-il. La résistance aux conditions météo est aussi une qualité recherchée, car les températures hivernales peuvent descendre à -10°C. Les Rava sont croisées avec des béliers Ile-de-France pour ramener de la conformation. 

Lire aussi : Des agneaux finis sur les couverts

L’éleveur compte ainsi sur la qualité des couverts pour engraisser les agneaux sans les complémenter. Les agnelages ont principalement lieu à l’automne, afin de fournir des agneaux à l’Aïd et à Pâques. Les brebis n’ayant pas agnelé sont remises à la lutte en décembre, ce qui permet à l’éleveur d’étaler les ventes. Au total, ce sont environ 350 agneaux qui sont vendus par an, et 50 agnelles gardées pour le renouvellement. « Malgré le faible taux de prolificité, on s’y retrouve parce que le prix de l’agneau est haut. » Ils sont vendus vifs à des négociants et au marché au cadran ou en caissettes prêtes à consommer, à précommander sur un site. 

Brebis Rava en troupeau, couchées au sol

Rusticité et résistance aux maladies des pieds sont les deux principaux critères recherchés par Pierre-André pour sa troupe ovine en plein air intégral. Crédit : D. Séailles

 

Peu de matériel, beaucoup de travail

L’éleveur se passe de tout bâtiment. Les brebis ne restent jamais plus de quatre jours dans des parcs d’un à deux hectares, pour limiter le parasitisme. Déplacer les filets représente environ trois heures de travail par jour, et constitue l’essentiel de la charge de travail. Quand une brebis s’échappe malgré ses précautions, Pierre-André l’élimine du troupeau pour assainir la dynamique de groupe. 

« Mon principal investissement, ce sont les filets. J’ai fait le choix de ne pas m’équiper de spider pac car je crains que les brebis ne soient pas assez contenues », explique l’éleveur, qui possède aussi une moutonnière, un pick-up et sept remorques différentes. « Je n’ai pas de tracteur, mais si j’en ai besoin, je peux en emprunter à un voisin. » Sa principale charge est le carburant, qui représente 15 000 euros par an. Pierre-André doit se déplacer jusqu’à 15 kilomètres de chez lui pour pâturer, plus les allers-retours à l’abattoir du Trait, en Seine-Maritime.

Lire aussi : Conduisez vos brebis toute l’année en zone céréalière

« C’est un système efficace, qui ne coûte pas cher mais très demandeur en main-d’œuvre », conclut-il. Il réfléchit désormais à investir dans du matériel de fenaison et un séchage en grange pour garantir la qualité de ses fourrages. Pour l’instant, c’est une entreprise de travaux agricoles qui s’en occupe, ce qui pose des problèmes de timing pour la récolte.

La remorque tout en un

Les brebis passent par le parc de contention une fois toutes les deux semaines pour un check-up. Le parc est monté sur une remorque auto-construite de 6 x 2,5 mètres. Il comporte un combi clamp avec potence, qui permet la pesée. Pierre-André installe deux pédiluves sur des tapis en caoutchouc à l’entrée et à la sortie du parc, avec du sulfate de cuivre. « J’observe systématiquement à l’entrée du parc si elles prennent bien appui sur leurs quatre pattes. En cas de boiterie, je les inspecte dans la cage de retournement. » L’éleveur taille les onglons chaque année et surveille le piétin.

Remorque tout en un

Vue de profil de la remorque, équipée d'un combiclamp et d'un parc de contention, attelable à gauche. Crédit : D. Séailles

Remorque autoconstruite

Une passerelle en bois permet aux ovins de monter sur la remorque, après un passage par un pédiluve. Crédit : D. Séailles

Remorque autoconstruite

Vue de la remorque de face. Les ovins entrent dans le parc de contention en bas à gauche de la photo, passent par le combi clamp, puis font demi-tour et ressortent par la droite. Crédit : D. Séailles

Lire aussi : Bien choisir sa cage de retournement

 

Remerciements au GIEE Ovins des près normands, qui explore des solutions agroécologiques afin d'améliorer l'autonomie alimentaire, la gestion de la santé animale ainsi que la qualité de vie sur leurs élevages ovins herbagers. 

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