Comment bien choisir son outil de détection des chaleurs et de monitoring
Conçus initialement pour la détection des chaleurs, les capteurs d’activité permettent désormais d’accéder à d’autres services de monitoring pour vous aider dans le suivi du troupeau. De nombreuses solutions sont proposées sur le marché. Tout dépend des objectifs visés.
Conçus initialement pour la détection des chaleurs, les capteurs d’activité permettent désormais d’accéder à d’autres services de monitoring pour vous aider dans le suivi du troupeau. De nombreuses solutions sont proposées sur le marché. Tout dépend des objectifs visés.
Des capteurs couplés à des algorithmes
Conçus pour détecter les chaleurs, les capteurs d’activité sont des accéléromètres qui mesurent l’activité de la vache en 3D au cou (collier), à l’oreille (boucle) ou à la patte (bracelet), afin de la comparer à la moyenne des sept jours précédents. Les données captées par une antenne sont analysées par un algorithme d’intelligence artificielle. Comme l’activité augmente lors des chaleurs, celui-ci détecte ainsi les chaleurs, avec 80 % de précision en moyenne, et propose une fenêtre d’insémination.
Désormais, les données d’activité peuvent être analysées par des algorithmes afin de suivre l’ingestion, la rumination, l’hyperventilation, le temps couché-debout (bracelet) pour en tirer des informations quant à la reproduction (probabilité de vêlage, vêlage difficile, trouble de reproduction, gestation), l’alimentation (efficacité de la ration…), la santé (acidose, mammite, acétonémie…) et de conforter la détection des chaleurs. Les données sont consultables sur smartphone ou ordinateur et des alertes peuvent être envoyées. Du conseil, croisé avec des données extérieures issues du robot par exemple ou de partenaires, ainsi que la commande automatique d’insémination artificielle, peut aussi être assuré.
L’offre des structures de conseil en élevage et insémination
Une première solution émane de sociétés issues du conseil en élevage. Iotee, filiale de Seenergi, Gènes Diffusion et Sofiproteol, a lancé Mozaë, une offre de monitoring basée sur un collier avec six services : détection de chaleurs, de vêlages, suivi de la reproduction, identification de troubles locomoteurs, pilotage de la ration et détection de maladies. Trois offres sont proposées : un service (chaleurs ou vêlages), trois services (chaleurs, vêlage, suivi repro) ou six services.
D’après Iotee, 95 % des chaleurs sont détectées et des alertes sont envoyées. La triple connectivité du capteur est une spécificité : « Il fonctionne par Lora pour remonter les données et communiquer avec d’autres capteurs ; par Bluetooth pour le portable de l’éleveur, afin de retrouver une vache et faire les mises à jour ; et par RFID avec les robots, DAC et portes de tri » précise Thomas Aubry d’Iotee. Sa portée est de 1,5 km. L’offre est proposée dans toute la France par des distributeurs.
De son côté, Innoval a développé une autre solution, Neo Connect, qui regroupe des capteurs d’activité, d’ambiance et d’abreuvement. Trois offres sont possibles pour le pilotage des animaux : 1.0 (chaleurs), 2.0 (chaleurs, ingestion, rumination, alertes santé) et 3.0 (chaleurs, ingestion, rumination, alertes santé, vêlage, efficacité du pâturage).
Avec cet outil d’une portée est de 1,5 km, Innoval indique que 90-95 % des chaleurs sont détectées et les données sont consultables sur PC ou smartphone. Un conseil personnalisé, possible en option, inclut des recommandations techniques, la supervision des indicateurs, une hotline 5 jours sur 7 et un bilan annuel. L’offre est proposée pour la zone Innoval et le sera sur toute la France via des distributeurs à partir de 2026.
De nouveaux services des fabricants de robot
L’autre option concerne les offres des fabricants de robots. En plus de colliers, Lely, avec son Astronaut A5 Next, propose désormais des boucles et du monitoring : les données d’activité, ingestion, rumination et stress thermique sont captées par l’antenne du robot et analysées dans un logiciel où elles sont croisées avec celles du robot. Le système détecte 90-95 % des chaleurs et envoie des alertes, d’après le constructeur. Il réalise aussi du diagnostic de gestation et prédit l’efficacité de la ration, ainsi que les risques d’acidose, mammite ou acétonémie.
Pour sa part, DeLaval a développé l’algorithme Behaviour Analysis, qui analyse les données d’une boucle à partir d’antennes installées dans le bâtiment. « L’offre n’est pas réservée aux élevages robotisés, précise Claire Dupin de Delaval. Le système détecte 85-90 % des chaleurs et suit l’ingestion et la rumination. » Des rapports d’aide à la décision guident l’éleveur. En option, le système peut également localiser une vache.
GEA propose le système de détection des chaleurs CowScout, basé sur un collier, avec possibilité de suivis et d’alertes alimentation, santé et, en option, la localisation de la vache. La détection peut aussi s’effectuer via un bracelet, ce qui ajoute la mesure du temps debout-couché.
Des capteurs seuls avec des fonctionnalités étendues
Il est encore possible de se tourner vers des sociétés, souvent multinationales, spécialisées dans les capteurs et le monitoring, comme Allflex, Nedap ou Afimilk, ou d’autres sociétés qui proposent des capteurs en diversification comme MSD Santé animale (SenseHub, avec 500 m de portée et trois offres possibles) ou, depuis 2023, la société suisse Datamars (stockage sur le cloud, 500 m de portée, qui indique la proximité d’un animal quand on se déplace dans le bâtiment).
Acheter ou louer ?
La question se pose aussi d’acheter ou de louer ces outils : « Une boucle qui dure 4-5 ans s’amortit en 2-3 ans et un collier qui dure 6-8 ans en 4-5 ans, indique Clément Allain, d’Idele. Mais il faut ensuite réinvestir. La location est peut-être plus coûteuse à long terme, mais le coût est connu et les mises à jour et remplacements sont assurés sans surcoût. »
L’antenne peut souvent être achetée (2 500 € environ) ou louée (40-55 €/mois), tout comme généralement les boucles et colliers (80-100 €/ boucle, 150 €/collier à l’achat), loués à des prix qui varient de 2,70 €/VL/mois pour la détection de chaleurs jusqu’à 3,10-3,30 €/VL/mois pour le monitoring complet. Mais Innoval, par exemple, ne propose que la location des capteurs, préférant parler de services plus que de location. Et comme les prix se montrent en général très proches entre les différentes formules proposées, de plus en plus d’éleveurs choisissent l’offre la plus complète.
« Le retour sur investissement se fait en un an grâce à la baisse d’IVV et de l’âge au premier vêlage et à la détection précoce des pathologies » considère Hervé Quintin, d’Innoval. Pour Lely, les colliers ou boucles sont achetés, avec ensuite trois abonnements différents selon les services. Chez DeLaval, il n’y a pas d’abonnement, l’ensemble du matériel est acheté pour environ 150 €/vache.
D’autres méthodes pour détecter les chaleurs
Sur ses robots, DeLaval propose un système de dosage de la progestérone dans le lait, qui varie au cours du cycle de la vache. « Il détecte 100 % des chaleurs 36 à 48 h à l’avance, et prédit la qualité des chaleurs et s’il faut inséminer, précise Claire Dupin. Il détecte aussi les kystes, avortements, anoestrus prolongés et gestations probables. » Le système ajoute 10 % au prix du robot. « Il permet de gagner au moins une lactation/vache et le retour sur investissement se fait en moins de deux ans. »
Une autre solution avec le bolus ruminal est proposée depuis 2025 aux éleveurs français par la société autrichienne smaXtec. Ce bolus, qui contient un accéléromètre et un capteur de température, est administré à la vache dans le réticulum. Le suivi d’activité permet de détecter 96 % des chaleurs et de proposer une fenêtre d’insémination. Le suivi de la température interne permet de détecter les maladies, avec des alertes cétose, mammite et fièvre de lait, et de surveiller l’abreuvement. Transmises par Wifi avec carte Sim, les données sont stockées sur le cloud et consultables sur PC ou smartphone. Le bolus dure 4-5 ans et est remplacé gratuitement si la vache vit au-delà. À l’investissement initial s’ajoute un abonnement par vache.
Enfin, l’autre piste est celles de caméras avec intelligence artificielle pour détecter les chaleurs, vêlages, maladies… Lely travaille sur un concept Zeta, mais cela reste compliqué pour l’heure : la start-up AI Heard qui n’avait pas réussi à développer de solution opérationnelle a été liquidée en 2025.
Avis d’expert : Clément Allain, spécialiste de l’élevage de précision à Idele
« Savoir quels sont vos objectifs »
« Avant de choisir un système, il faut préciser ce que l’on veut. La détection de chaleurs est la base. Mais veut-on surtout gagner en performance ou en temps ? Si je fais totalement confiance à l’outil et n’observe plus les vaches, je vais gagner beaucoup de temps, mais je peux perdre en performance ou ne pas l’augmenter. Si je veux continuer à observer et renforcer la détection avec l’outil, je vais augmenter la performance, mais gagner peu de temps. Si je fais confiance à l’outil, mais vérifie rapidement, je vais gagner un peu de temps et un peu de performance. Il faut aussi savoir ce qui nous intéresse dans les services fournis, et si on veut une analyse et du conseil très poussé. Les réseaux et la connectivité sont également importants. Il faut savoir quels réseaux sont nécessaires, si l’exploitation peut y répondre et si l’outil est compatible avec les automates de l’élevage. Avec les solutions proposées par les fabricants de robot, toutes les données sont traitées par un seul logiciel. Il faut aussi se renseigner sur la performance de l’outil. La détection par un capteur d’activité varie de 60 à plus de 90 %. Avec la progestérone, 100 % des chaleurs sont détectées. Il faut se renseigner auprès des organismes de recherche-développement et interroger des éleveurs pour avoir des retours d’expérience. Il faut savoir aussi si le fabricant est sûr, si le service après-vente sera assuré. Enfin, il y a la question du coût et celle de l’achat ou de la location, puisque chaque solution présente des avantages et des inconvénients. L’opérateur doit préciser quel sera le coût pour l’élevage et le gain en termes de baisse d’IVV, de production de lait, de temps gagné. »