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« Les vétérinaires ont beaucoup à apprendre sur l’élevage caprin »

Avec une conduite en lots, une ressource scientifique fragile et peu de médicaments autorisés, accompagner les élevages caprins constituent un véritable défi pour les vétérinaires. Entretien avec Dr Claire Combelles, présidente de la commission caprine de la SNGTV.

Dr Claire Combelles, présidente de la commission caprine de la SNGTV
Dr Claire Combelles, présidente de la commission caprine de la SNGTV : « Les vétérinaires ont beaucoup à apprendre de l’élevage caprin. »
© C. Combelles

Quelles sont les spécificités de l’élevage caprin pour les vétérinaires ?

Dr Claire Combelles - Il y a des élevages caprins sur l’ensemble du territoire, mais répartis de façon hétérogène. Dans les zones où il y a peu d’élevages caprins, il y a peu de vétérinaires spécialisés en caprin. Avec l’enseignement généraliste que nous avons reçu, les spécificités de l’élevage caprin ne sont pas nécessairement connues de l’ensemble des vétérinaires. Répondre aux questions que nous posent les éleveurs nécessite d’y consacrer un temps spécifique de formation continue. La commission caprine de la Société nationale des groupements techniques vétérinaires (SNGTV) est là pour ça aussi. Les praticiens nous contactent régulièrement pour avoir un appui technique. On a des experts dans les différents domaines – qualité du lait, reproduction, bâtiment, etc. – qui conseillent les vétérinaires dans leurs prises de décision.

Lire aussi : Les grandes maladies de la reproduction

Quelles solutions en l’absence de médicament disponible ?

C. C. - La difficulté avec les espèces mineures comme la chèvre, c’est de trouver de l’information scientifique fiable et rigoureuse. Nous avons accès à un arsenal thérapeutique réduit avec peu d’autorisations de mise sur le marché (AMM) spécifiques en caprin. Ancré dans un cadre légal strict, le principe de la cascade s’applique et permet d’élargir l’arsenal thérapeutique.

« Une chèvre n’est pas une petite vache »

Mais au vu des responsabilités qu’il porte, un praticien qui n’a pas l’habitude d’y avoir recours sera prudent sur son utilisation. Par exemple, il n’y a pas d’AMM de traitement antibiotique intramammaire en lactation pour la chèvre. Il est donc tentant d’avoir recours à des spécificités bovines mais celles-ci peuvent laisser des résidus dans le lait. Elle impose donc d’écarter le lait pendant un certain nombre de jours. Une chèvre n’est pas une petite vache. Le fonctionnement de la mamelle d’une vache est très différent de celle de la chèvre. Toutefois, faire toutes ces recherches prend beaucoup de temps et d’argent.

Quelles conséquences de la gestion en lot ?

C. C. - Pour la médecine de troupeau, on sera toujours moins appelés qu’en bovin, lorsqu’un seul animal est malade. Le risque, c’est que les éleveurs nous appellent trop tard. Un éleveur m’a appelé plusieurs semaines après avoir eu de la mortalité, et il ne savait plus me dire de quoi les premières étaient mortes. Pour cela, je conseille toujours aux éleveurs de noter les événements ou symptômes qu’ils remarquent : problèmes respiratoires, boiteries, etc. Ce suivi, même basique, permet aux vétérinaires de monter un dossier solide sur l’exploitation et d’intervenir de façon beaucoup plus fiable. Récemment, il y a eu un sondage des élevages pour la paratuberculose en Charentes et 25 % des élevages touchés n’étaient au courant de rien. Il suffit d’une maladie qui s’introduit de façon insidieuse, et que l’éleveur tolère un certain pourcentage de pertes pour qu’elle finisse par prendre de l’ampleur. C’est également le cas des mycoplasmes et du Caev. Pour prévenir l’arrivée de ces maladies, faire remonter les informations aux vétérinaires est essentiel. Il y a aussi de la communication à faire sur les précautions à prendre pour les zoonoses comme la fièvre Q, notamment auprès des établissements accueillant du public.

Quel rôle pour la visite bisannuelle imposée par la nouvelle loi santé ?

C. C. - L’idée était d’avoir une présence vétérinaire dans les élevages, pour ne pas les laisser évoluer seuls. Les éleveurs n’ont pas toujours le recul pour se rendre compte de ce qui va mal. Cette mesure vient renforcer le lien vétérinaire-éleveur. Selon moi, une visite tous les deux ans n’est pas suffisante. C’est une visite généraliste mais qui permet tout de même de discuter de façon constructive avec l’éleveur sur ses pratiques. Le côté obligatoire est un peu rébarbatif car la visite ne doit pas consister à cocher des cases. Les grands thèmes déjà abordés étaient les avortements, les zoonoses et la loi de santé animale.

Curriculum

Dr Claire Combelles

Formée à l’école nationale vétérinaire d’Alfort, la Dr Claire Combelles a débuté avec les vaches allaitantes dans le Cantal avant de devenir associée d’un cabinet vétérinaire dans l’Indre. Elle intègre puis préside la commission caprine de la SNGTV (Société nationale des groupements techniques vétérinaires) en 2022. Aujourd’hui, à 46 ans, la Dr Claire Combelles porte un intérêt particulier pour la chèvre, cet animal curieux à la physiologie étonnante.

Rédaction Réussir

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