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Le secret des livreurs résilients

Les éleveurs qui ont le mieux rebondi après la crise sont des animaliers prudents dans leurs investissements qui savent réfléchir par eux-mêmes.

En économie, la résilience est la capacité à revenir sur une trajectoire de croissance après une crise. En 2015, malgré des signaux au vert, la collecte de lait de chèvre a difficilement redécollé. Dans l’ambition d’impulser une dynamique, l’Institut de l’élevage, conformément au souhait de l’Anicap et de FranceAgriMer, s’est intéressé aux élevages performants et résilients tant du point de vue des résultats économiques que du travail. La base de données Diapason (Inosys réseaux d’élevage) a constitué le socle de ce travail d’analyse. Le revenu moyen disponible par UMO exploitant, sur la période de neuf ans (2007-2016), a constitué la principale clé de tri des élevages. Le tiers supérieur a été défini comme résilient. Le tiers inférieur comme non-résilient.

Des éleveurs prudents mais curieux et confiants

L’expertise montre que les éleveurs dont les revenus ont le mieux résisté aux aléas sur la période étudiée ont un système stable, de très bons résultats techno-économiques sur l’atelier caprin, des investissements modérés. Ils ont pour la plupart bénéficié de conditions d’installation favorables. Les personnes enquêtées se disent avant tout « éleveurs dans l’âme ». La maîtrise de conduite du troupeau est une priorité. Ils ont pour la plupart une performance zootechnique élevée. Ils sont souvent férus de génétique. Ils accordent du temps à l’observation et à la surveillance de leur troupeau. Enfin, ils estiment qu’il vaut mieux améliorer les performances individuelles que la taille du troupeau pour assurer le revenu. « Ce n’est pas parce que tout va bien qu’il faut faire plus ; il faut faire mieux », témoigne l’un d’entre eux. Sur le plan financier, ils sont majoritairement prudents, ce qui ne les empêche pas d’investir pour améliorer les conditions et l’efficacité du travail. La définition d’objectifs clairs et leur autonomie décisionnelle sont des éléments clef de leur réussite. « La curiosité, l’ouverture d’esprit, la prédisposition à s’informer et écouter, l’autonomie de décision, l’anticipation, la confiance en soi notamment lorsque l’on décide de faire différemment des voisins », comptent parmi les qualités favorisant la réussite.

Des fourrages de qualité et une part d’autoconsommation des céréales

Les exploitations enquêtées sont majoritairement des exploitations intensives tant au niveau de la conduite du troupeau caprin que des surfaces. Les éleveurs visent à maximiser à la fois la marge par chèvre et aux mille litres de lait avec des animaux productifs et une bonne efficacité alimentaire. Certains cherchent aussi à améliorer le produit de l’atelier en travaillant les taux, en pratiquant le désaisonnement et en vendant de la génétique. Tous mettent en avant la nécessité de distribuer des fourrages en quantité suffisante et de très bonne qualité pour parvenir à de bonnes performances.

À l’exception d’un éleveur qui travaille sans foncier, les producteurs enquêtés sont autonomes en fourrage et visent à sécuriser encore leur système et améliorer la qualité de leurs fourrages. Ils autoconsomment une partie de leurs céréales qu’ils utilisent pour la plupart en l’état. Un élevage incorpore ses céréales dans un aliment complet. Quelques-uns ont implanté récemment des protéagineux. Concernant la conduite des surfaces, ce sont d’abord les besoins du troupeau qui guident l’assolement. Ils cultivent pour la plupart de la luzerne.

De l’intérêt de démarrer avec de bonnes terres et de bons conseils

Potentiellement plus sécurisées, les installations familiales concernent dix exploitants sur les douze enquêtés. À l’évocation de leur installation, la plupart d’entre eux mettent en avant les qualités structurelles (potentiel agronomique, parcellaire groupé) et les performances techniques et économiques des structures reprises. De nombreux témoins évoquent l’importance de la transmission des savoir-faire et de l’apprentissage au sein de la famille ou avec les cédants pour la réussite de leurs parcours.

Les élevages les moins résilients

En parallèle des enquêtes auprès des exploitations les plus résilientes, les techniciens du dispositif Inosys réseaux d’élevage caprins ont listé les facteurs pouvant expliquer la non-résilience de certaines exploitations. Les facteurs le plus souvent évoqués sont :

des investissements trop élevés
une faible efficience technico-économique sur le troupeau et/ou sur les cultures de vente
des conditions d’installation difficiles
une faible efficacité du travail
des handicaps structurels : qualité des sols, bâtiments d’élevage
une trop petite dimension
un manque de main-d’œuvre et/ou une instabilité de la main-d’œuvre

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