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Prédation
Le loup s’intéresse aussi aux chèvres

Plus de 12 000 brebis ont été tuées par le loup en 2018. Les chèvres laitières sont moins impactées mais la menace de la prédation reste bien réelle pour nombre de chevriers.

Avec une zone de prédation du loup chaque jour plus grande, les éleveurs caprins se voient dans l’obligation de faire évoluer leurs pratiques. Malgré les petites avancées obtenues en faveur des éleveurs dernièrement avec la mise à jour du plan national loup, la situation reste extrêmement compliquée. En 2018, ce sont tout de même plus de 540 chèvres qui ont succombé sous les crocs du grand prédateur. Édouard Pierre, éleveur caprin et ovin dans les Hautes-Alpes et secrétaire général des Jeunes Agriculteurs de son département, voit les changements induits par la présence du loup : « les caprins souffrent relativement moins de la prédation dans la zone et, de fait, on voit de plus en plus d’installations de troupeaux de chèvres en remplacement des ateliers ovins et bovins. » Pour autant, les éleveurs caprins ont sensiblement changé leurs pratiques. « Mes chèvres ne sortent plus que sur l’aire d’exercice. J’ai investi dans une autochargeuse et je fais de l’affouragement en vert, témoigne le syndicaliste. Ce n’est que comme ça que je parviens à sécuriser mon élevage. Et sur l’exploitation, nous songeons à diminuer notre troupe ovine (400 brebis allaitantes) et à augmenter les caprins (140 Saanens). »

L’abandon de parcelle et du pâturage de nuit

Et le loup n’est plus seulement cantonné dans les Alpes : « je n’ai pas encore subi d’attaques, mais il y en a eu dans le voisinage », s’inquiète Jean-Paul Ladonne, éleveur caprin dans les monts du Cantal. Si pour l’instant les attaques sont nocturnes et tournées vers les troupeaux ovins, le chevrier a pris des mesures pour adapter sa conduite de troupeau. Avant l’arrivée du loup, ses 100 chèvres pâturaient la nuit autour du bâtiment. « Aujourd’hui, on ne peut plus faire ça. On a vu que, dans les Alpes, le loup pouvait attaquer directement dans la bergerie. Alors on rentre les bêtes tous les soirs et on ferme bien la porte », confie-t-il. Il a été contraint d’abandonner certaines parcelles en altitude, par précaution, et il ne sort plus son troupeau par temps pluvieux ou en cas de brouillard.

"La prédation a chamboulé notre façon de travailler"

 

 
« La prédation a chamboulé notre façon de travailler, nous avons une charge de stress supplémentaire. On se demande toujours s’il ne va pas y avoir une attaque dans la journée. Je ne m’éloigne d’ailleurs plus de l’exploitation de tout l’été », témoigne-t-il. L’éleveur ne souhaite pas mettre un chien de protection car il redoute les accidents avec les promeneurs ou avec ses petits-enfants, qui viennent souvent voir ses chèvres. Il ne peut pas non plus garder son troupeau toute la journée, le travail en fromagerie et dans les champs ne pourra pas se faire sans lui. « Si les attaques se multiplient et finissent par me toucher, je serais contraint d’arrêter. La solution serait de passer en système hors-sol, mais ça n’est pas envisageable sur mon exploitation », s’alarme Jean-Paul Ladonne.

 

Passer en hors-sol ou arrêter

Pour Éliane Bres, éleveuse de 150 chèvres en Gaec dans la Drôme, le problème se pose aussi. Elle non plus n’a pas subi de pertes à cause du loup, mais elle voit la menace se rapprocher. Elle et ses associés ont aussi adapté leur façon de travailler. « Nous embauchons un aide-berger de mai à novembre pour que les chèvres soient toujours gardées au pâturage. Et nous avons un patou qui veille toujours sur le troupeau », relate l’éleveuse du Diois. L’éleveuse ne va plus sur une partie de ses parcelles, trop boisées ou embroussaillées. « La garde était un plaisir pour moi sans la prédation. Aujourd’hui, je suis sans arrêt sur le qui-vive, j’angoisse quand je perds mes chèvres de vue ou dès qu’il y a un mouvement de troupeau un peu vif », témoigne l’éleveuse. Celle-ci se dit prête en dernier recours à passer à une production hors-sol si la prédation augmente encore. « On trouvera une solution pour adapter le système, mais mes chèvres comptent plus que tout et je dois avant tout sécuriser mon troupeau. » Pour ces trois éleveurs, les seules issues sont l’arrêt des exploitations, le passage en hors-sol ou une baisse drastique de la population de loups en France. « Le plan loup n’est qu’une fuite en avant, il ne résout pas la situation ! », interpelle Jean-Paul Ladonne.

Les dernières modifications du plan national loup

Des nouvelles mesures ont été prises pour adapter le plan national d’actions sur le loup et les activités d’élevage. En effet, ce plan était prévu pour une population de loups en France inférieure à 500 individus jusqu’en 2023, date à laquelle ce seuil de viabilité devait être atteint. L’ONCFS a publié les résultats du suivi hivernal de la population de loups en France. Dans son communiqué de presse, l’office annonce que « l’effectif en sortie d’hiver est estimé à environ 530 loups. La croissance de la population s’effectue essentiellement par une densification de l’arc alpin. » À la sortie de la réunion de révision du plan loup, quelques faibles avancées ont été obtenues, mais les syndicats agricoles se disent déçus et dénoncent encore la non prise en compte de leurs revendications. « Il y a des choses qui sont mises en place, mais cela n’est pas toujours cohérent avec la réalité du terrain, notamment la définition des zones zéro (les zones à plus forte prédation) », se désole Claude Font, responsable du dossier prédation à la Fédération nationale ovine.

La perte de lait mieux prise en compte

Les éleveurs ont tout de même obtenu, comme l’avait annoncé le président de la République, un réajustement du plafond de prélèvement, permettant ainsi de passer de 10 à 17 % de la population du grand canidé. « Si le quota de prélèvement est atteint avant la fin de l’année, nous avons une marge de manœuvre de 2 % afin de ne pas laisser les éleveurs complètement démunis », détaille l’éleveur ovin. Enfin, les barèmes d’indemnisation des troupeaux caprins ont été réajustés. « Nous avons réussi à faire prendre en compte les pertes en lait pour les éleveurs fromagers qui a plus d’impact pour la trésorerie que pour les laitiers. De même, la perte d’une chèvre en pleine lactation représente un manque à gagner important pour un éleveur, qu’il soit transformateur ou livreur », développe Édouard Pierre, représentant des Jeunes Agriculteurs au groupe national loup.

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