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Le concept One Health veut soigner l’animal pour soigner l’Homme

La crise du Covid-19 met en avant les liens entre santé animale et santé humaine. Le concept One Health ("une santé" en anglais) appelle à protéger autant les hommes que les animaux domestiques.

© Damien Hardy

Il existe d’importants liens entre santé humaine et santé animale.  Nous partageons nos virus, nos bactéries, nos parasites. Près de 60 % des maladies humaines sont issues du règne animal, et 70 % d’entre elles proviennent des animaux sauvages. Si peu de contacts existent entre l’animal sauvage et l’homme, les animaux domestiques sont souvent un maillon de la chaine de contamination. « Des coronavirus ont été retrouvé chez les chauves-souris, mais également sur des animaux d’élevage, explique le professeur Jeanne Brugère-Picoux, membre de la cellule de veille « Épidémie Covid-19 » de l'Académie de médecine et professeurs à l’École nationale vétérinaire de Maisons-Alfort.  L’un d’entre eux cause des symptômes assez graves chez le porc. Un autre, moins agressif affecte les bovins. Tous ne sont pas dangereux pour l’homme mais cela montre bien que des chaînes de transmission existent. ».

Peu de craintes à avoir pour les consommateurs de viande

"Il y a cependant peu de crainte à avoir pour les consommateurs de viande, ajoute Jeanne Brugère-Picoux, les transmissions s’effectuent généralement au contact d’animaux vivants. Si l’on considère parfois la viande de brousse comme vectrice de maladie, ce n’est pas la viande qui est en cause, mais le contact avec l’animal." En Chine, la consommation d’animaux sauvage est un signe de distinction sociale. Les animaux sont souvent gardés vivants jusqu’à ce qu’un acquéreur soit trouvé, faute de chaîne du froid satisfaisante.  En Afrique, c’est parfois une nécessité pour subsister. Ces comportements sont cependant à proscrire dans le cadre de la lutte contre les zoonoses. La mise en place de structure d’élevage dans certaines régions du monde peut être un moyen de souligner la distinction entre le monde domestique et sauvage.

Le Covid-19 n’est pas le seul exemple de zoonose. Au printemps, l’agence régionale de la santé a vu émerger une cinquantaine de cas d’encéphalite à tiques dans l’Ain explique Murielle Vayssier-Tussat, responsable santé animale à Inrae. « Une enquête épidémiologique a révélé que la contamination était due à la consommation de fromage de chèvre au lait cru. Mais si le lait de chèvre a été vecteur de la maladie, il n’en est pas la cause première. Le virus de l’encéphalite a été transmis à la chèvre par morsure de tiques, c’est donc un bel exemple de chaîne d’interconnexion ». La médecine vétérinaire a donc un rôle important à jouer pour la santé humaine : protéger les chèvres des morsures de tiques peut préserver l’homme de certaines maladies, c’est le concept One Health.

Le nombre de maladies zoonotiques a presque doublé ces vingt dernières années

L’augmentation du nombre d’épidémies a cependant de quoi inquiéter. Nos changements de modes de vies peuvent l’expliquer : le nombre de passagers aérien a été multiplié par quatre en 50 ans, mais l’augmentation du nombre de maladies zoonotiques trouve son explication ailleurs. La perte de biodiversité, et l’intensification de l’élevage en sont les premières causes. « La biodiversité freine la transmission des virus. Avec une grande diversité d’espèces, les virus sont nombreux mais ils circulent assez mal. Les contacts inter espèces sont faibles et les épidémies plus diluées, détaillait Serge Morand, écologue et biologiste au CNRS lors d’un webinaire sur les zoonoses. L’augmentation du nombre d’animaux d’élevages crée de nombreux maillons potentiels permettant le contact entre l’homme et le monde sauvage. » Face à cette menace, il semble important de protéger les fermes du monde sauvage afin de limiter les interactions, même si pour le chercheur, il faut traiter les causes plutôt que les conséquences.

Le réchauffement climatique aura des conséquences sur la santé animale

L’on parle souvent des effets du réchauffement climatique sur la transmission des maladies vectorielles chez l’homme, mais il en est de même pour le bétail. Le cas de la fièvre catarrhale ovine (FCO) qui a touché les élevages français en 2006 et 2007 en est un exemple. Si la maladie était connue des scientifiques comme des éleveurs, l’apparition d’un moucheron dans les années 2000 jusqu’alors inconnu en France, le Culicoides Imicola, vecteur de la maladie en Afrique et Proche et Moyen Orient laisse craindre le développement de nouveaux cas dans les années à venir. La diversification des vecteurs de transmission n’est pas de bon présage. « Au-delà du cas de la FCO, c’est le développement de l’ensemble des maladies vectorielles qui risquent d’être catalysées par le réchauffement climatique », rappelle le Dr Cyril Caminade spécialiste des maladies vectorielles et infectieuses.

La modification du paysage contribue également à la propagation de zoonoses. Le virus Nipah qui sévit en Asie du Sud-Est en est l’exemple même « Le virus originel provient d’une chauve-souris frugivore vivant au sein des forêts primaires, explique Jean François Guegan, directeur de la recherche à l’IRD, la déforestation et l’installation de ferme d’élevage ou de vergers, a favorisé les contacts entre la faune sauvage et l’homme »

Une zoonose est une maladie infectieuse, causée par un virus, une bactérie ou un parasite qui se transmet de l’animal à l’homme. Beaucoup de maladies humaines sont d’origine zoonotique, comme le Covid-19, le Sras ou encore le virus Ebola.  
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