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Elevage caprin
Intérêt et limites du pré et du post-trempage

Peu utilisés chez la chèvre laitière jusqu´à ces dernières années, le pré et le post-trempage des trayons au moment de la traite sont des techniques souvent recommandées dans le cadre des programmes de maîtrise des taux cellulaires.


Afin de connaître le point de vue de la principale société spécialisée dans l´hygiène de la mamelle, La Chèvre a interrogé Alain Collin, Directeur Marketing Europe d´Henkel Ecolab.
Quelles sont les activités de votre société en matière d´hygiène liée à la production laitière ?
Henkel Ecolab, qui s´appelle Ecolab depuis décembre dernier, est une société de service en hygiène professionnelle qui intervient, au plan mondial dans les collectivités (hôtellerie, restauration, hôpitaux.), dans l´industrie agro-alimentaire et l´agriculture.
Dans le domaine spécifique de la production laitière, on distingue deux segments d´activité : le nettoyage du matériel comme les machines à traire ou les tanks à lait, et l´hygiène de l´animal c´est-à-dire essentiellement l´hygiène de la mamelle. Les deux problématiques ne sont pas les mêmes car, dans le cas du nettoyage du matériel, les produits doivent être efficaces tout en respectant l´intégrité des matériaux. Pour l´animal, les contraintes sont différentes car on travaille sur la peau de la mamelle, donc avec des risques d´irritation. Les produits chimiques employés deux fois par jour, au moment de la traite, doivent donc être, non seulement efficaces, mais ne pas provoquer d´irritations de la peau ou d´autres dommages comme les crevasses.
Comment ont évolué ces dernières années les solutions proposées
pour la maîtrise des taux cellulaires chez la vache laitière ?

Le seuil fixé par la réglementation communautaire, qui est de 400 000 cellules somatiques par ml, a conduit à appliquer en élevage bovin laitier des règles d´hygiène régulières pour la mamelle, avant et après la traite.
Avant la traite la pratique des lavettes individuelles est toujours d´actualité, mais elle a évolué avec l´application de produits sous forme de mousse. Le principe est d´appliquer, sur le trayon, un produit moussant avec un gobelet mousseur ou un générateur automatique de mousse, puis d´essuyer le trayon avec un papier pour qu´il soit propre et sec avant la pose du faisceau trayeur.
Après la traite l´évolution a été de passer de l´utilisation de produits de trempage ou de pulvérisation classiques, à des produits "barrière" qui recouvrent le trayon d´une "peau" protectrice entre les traites. En effet, les mammites de la vache sont de plus en plus provoquées par des germes liés d´environnement.
Le produit barrière, à base de polymères, protège mieux la surface de la peau et l´entrée du canal du trayon entre les traites. Il suffit de le retirer avant le début de la traite suivante, c´est dans une certaine mesure le même principe qu´un préservatif. Son enlèvement est très rapide, par lavage ou moussage des trayons avant la pose des faisceaux trayeurs.
Ces nouvelles techniques marchent bien, aussi leur usage se généralisent dans les élevages de vaches laitières.
Ces pratiques d´hygiène pour vaches laitières sont-elles transposables à la chèvre ?
Dans l´état actuel des connaissances la transposition à la chèvre n´est pas évidente compte tenu des particularités de l´espèce caprine.
En premier lieu, la cinétique d´émission du lait n´est pas la même. Le trayon de la vache laitière doit être stimulé avant la traite, ce qui n´est pas nécessaire chez la chèvre dont l´essentiel du lait est immédiatement disponible dans le réservoir mammaire.
En second lieu les vaches laitières, surtout les hautes productrices, présentent des trayons dont la tonicité du sphincter est parfois affaiblie d´où des risques de contamination liés à l´ouverture du canal du trayon entre les traites. Apparemment, ce serait moins le cas pour la chèvre dont le canal du trayon ne se relâche pas entre les traites.
Reste également une inconnue sur les risques d´irritation de la peau du trayon et de la mamelle, car on ne sait pas si la chèvre est aussi ou moins tolérante que la vache vis à vis des molécules des désinfectants utilisés.
A noter également que le risque de contamination de la mamelle des chèvres par la litière semble aussi plus réduit que pour les vaches car les litières des chèvreries sont plus sèches, donc moins souillées que celles des vaches.
De tout cela découle la conclusion qu´il serait, à priori, plus judicieux pour la chèvre d´appliquer les opérations d´hygiène du trayon avant la traite qu´après celle-ci. Plutôt que les traitements du type post-trempage, le pré-trempage serait peut être mieux adapté à la chèvre, car cette technique, en plus d´éliminer juste avant la traite une large part des germes présents sur la peau des trayons, peut également réduire les risques de contamination croisée. Tout ceci devant être confirmé par des études et des essais sur le terrain.
De plus la technique choisie doit s´intégrer judicieusement dans l´organisation du chantier de traite, sans prendre trop de temps ni être trop coûteuse.
Une des difficultés du choix est également d´ordre réglementaire car la directive 89/362/CEE, toujours en vigueur, n´autorise pas le traitement des trayons avant la traite mais seulement immédiatement après la traite.
Si l´on veut utiliser le pré-trempage des trayons chez la chèvre, il serait donc nécessaire de valider scientifiquement qu´on ne pollue pas le lait avec des résidus et qu´il n´y a pas de conséquences de ces résidus sur la technologie fromagère. Une telle étude reste donc à mettre en place.
En résumé, le post-trempage des trayons est autorisé pour la vache par la directive communautaire, mais il ne l´est pas explicitement pour la chèvre. Par contre, chez la vache comme chez la chèvre le pré-trempage des trayons n´est pas autorisé, sauf accord particulier des autorités compétentes. Si, dans le cadre des programmes de maîtrise des taux cellulaires du lait de chèvre on souhaite préconiser le pré-trempage des trayons une étude validant l´innocuité du procédé et des produits est donc nécessaire.
A la traite ©DR

Les techniques choisies doivent s´intégrer dans l´organisation du chantier de traite
sans prendre trop de temps, ni être trop coûteuses.

Compatibilité du pré ou le post-trempage
De façon pratique, le pré ou le post-trempage vous semblent-ils compatibles avec des contraintes des chantiers de traite, notamment dans les grands troupeaux caprins ?

Il est nécessaire de limiter le temps d´application des produits et donc de trouver des solutions pour automatiser les opérations. Les réponses peuvent être l´utilisation de brosses rotatives ou la pulvérisation de produit. Ces procédés sont actuellement utilisés sur les robots de traite des vaches laitières et des solutions, du même type, pourraient être envisagées pour les chèvres.
D´autres solutions manuelles sont certainement à mettre au point mais à la condition qu´elles consomment le moins de temps et le moins de produit possible. Une vache se trait en 5 à 6 minutes et la préparation de la mamelle avant la traite nécessite, en moyenne, souvent moins de 10 secondes. Pour une chèvre, qui se trait en 2 à 3 minutes et qui possède 2 trayons seulement, le temps de préparation de la mamelle ne devrait pas dépasser 4 à 5 secondes.

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