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Ils inséminent autrement

À l’occasion d’une journée sur la génétique caprine organisée par la chambre d’agriculture d’Ille-et-Vilaine, des éleveurs ont témoigné de leurs différentes pratiques en matière de génétique et d’insémination.

« Les performances animales sont le résultat de l’environnement et de la génétique, a rappelé Leïla Le Caro, conseillère caprine à la chambre d’agriculture d’Ille-et-Vilaine. Travailler la génétique a de l’intérêt pour tous les éleveurs, laitiers ou fromagers. » Le travail se fait par le choix des boucs, les filiations, la gestion des accouplements et l’importation de génétique extérieure. Si l’achat de boucs issus d’IA est une solution, la pratique la plus courante est l’insémination artificielle, faite le plus souvent par synchronisation des chaleurs par traitement hormonal puis insémination à partir de semence congelée. Mais d’autres pratiques sont possibles.

Des semences fraîches diluées dans du lait

Éleveur à Moréac dans le Morbihan avec 310 chèvres alpines, Damien Le Crom pratique l’insémination artificielle sur toutes ses chèvres, dont 200 en semence fraîche. « L’objectif est d’avoir beaucoup de chevrettes de bons boucs issus d’IA nés sur l’élevage. Nous gardons cinq à six boucs par an et essayons de varier les lignées. Mais nous n’achetons pas de boucs extérieurs pour des raisons sanitaires. Après avoir travaillé le lait et les taux, nous mettons aujourd’hui l’accent sur les mamelles, le TP et les cellules. » Une chèvre en chaleur est placée près du bouc la veille du prélèvement. Celui-ci se fait à l’aide d’un vagin artificiel rempli d’eau à 37,5 °C. Tout s’enchaîne ensuite rapidement. Par le passé, les éleveurs contrôlaient la vitalité des spermatozoïdes au microscope. « Aujourd’hui, nous ne le faisons plus, mais nous échographions toutes les chèvres à 40 jours. » La semence est diluée dans du lait écrémé à 38 °C. 1 cm3 de semence dilué dans 4 cm3 de lait donne 20 paillettes. Damien et son père inséminent les chèvres qui ont été synchronisées au cornadis, l’un portant la chèvre et l’autre pratiquant l’insémination. Les chèvres sont ensuite laissées au calme en évitant trop de lumière. Le taux de réussite est de 92 % chez les multipares et 75 % chez les primipares, contre 65 à 70 % en semence congelée. « C’est un bon moyen pour progresser en limitant les coûts, estime l’éleveur. L’inconvénient est la charge de travail que cela représente. »

Les paillettes congelées sont posées par l’éleveur

Éleveur à Mellé en Ille-et-Vilaine, Serge Letendre pratique l’insémination artificielle depuis 1988. Mais depuis son passage en bio en 2009, il ne peut plus synchroniser les chèvres et pratique l’IA sur chaleurs naturelles. La moitié de ses 500 chèvres sont en lactation longue. Les autres, ainsi que toutes les chevrettes, sont inséminées par l’éleveur lui-même à partir de semence congelée. « Notre objectif, explique-t-il, est d’élever 150 chevrettes par an. Nous travaillons le lait, les taux, les mamelles depuis trois ans et les cellules depuis deux ans. » Pour repérer les chèvres en chaleur, Serge Letendre place des boucs dans l’infirmerie située en sortie de la salle de traite. « Les chèvres passent donc devant en sortant de la traite. Si elles sont en chaleur, elles s’arrêtent en général devant les boucs. » Une chèvre détectée en chaleur le soir est inséminée le lendemain matin, une chèvre repérée le matin est inséminée le lendemain matin. « Pour respecter le délai de 12 heures, il faudrait que j’insémine le soir les chèvres détectées le matin, admet-il. Je ne le fais pas pour des raisons de temps de travail, mais il y a là une marge de progression. » L’éleveur essaye ensuite d’éviter tout stress aux chèvres (curage, parage, grosses chaleurs…). Au final, le taux de réussite est de 100 % en chevrettes et 90 % chez les primipares, puis diminue quand la parité augmente.

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