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1er avril
[Poisson d'avril] Des chèvres croisées avec des girafes pour anticiper le réchauffement climatique

[Poisson d'avril] Les généticiens de l’Inrae et de Capgènes, en partenariat avec le zoo de Beauval, ont créé expérimentalement des chèvres croisées avec des girafes. Objectif affiché : anticiper les effets du réchauffement climatique et valoriser les ressources arbustives en bord de parcelles.

Image générée par l'IA représentant des chèvres au long cou
Les ressources fourragères sont démultipliées grâce au pâturage des feuilles permises par les cous allongés des chèvres.
© TPG Tahc
Image générée par l'IA représentant des chèvres au long cou broutant les feuilles des arbres

Elles s’appellent Acacia, Zarafa, Nairobi, Poissedave ou Caramelle. Ces chèvres au long cou tacheté déambulent paisiblement dans les prairies bordant la station expérimentale de Mignaloux-Beauvoir, dans la Vienne. Alors que l’herbe jaunit sous l’effet des sécheresses répétées, ces nouvelles chèvres lèvent la tête vers les haies et les jeunes arbres, dont elles consomment avec application les feuillages encore verts.

« On observe un changement complet de comportement alimentaire, explique Océane Trentedeumarsse, généticienne à l’Inrae de Rocamadour (Lot). Là où une chèvre classique aura tendance à surpâturer l’herbe, celle-ci pratique l’optimisation verticale en broutant les feuilles des branches les plus basses ». 

Meilleure tolérance aux canicules

Ces animaux sont issus du programme GoatFish (Généticiens Organisés pour Adapter les Troupeaux aux Futurs Intempéries Super Hasardeuses) associant l’Inrae, Capgènes et le Zooparc de Beauval (Loir-et-Cher). Grâce à l’intégration ciblée de segments du génome de girafe — notamment ceux impliqués dans l’allongement cervical et la régulation cardiovasculaire — les chèvres ont gagné plus d’un mètre de cou, leur permettant d’accéder aux strates arbustives jusque-là inexploitées.

Lire aussi : L’arbre fourrager, une solution pour nourrir les chèvres face aux changements climatiques

Mais les innovations ne s’arrêtent pas là. Les chercheurs de l’Inrae et de Capgènes affirment que ces chèvres présentent également une meilleure tolérance à la chaleur. Même à 40 °C, elles continueraient à produire plus de quatre litres de lait par jour. « On envisage déjà une AOP “Lait de chèvre à port de tête élevé” », glisse, non sans fierté, Colin Pamalthée, ingénieur à Capgènes.

Une posture jugée hautaine

Sur le terrain, l’adaptation n’est pas sans défis. « On s’est aperçu très vite que les chèvres au long cou étaient obligées de reculer pour atteindre l’abreuvoir », raconte Jean Pêcheplein, responsable de la station de Mignaloux-Beauvoir. « Et on a dû rehausser tout l’équipement de la chèvrerie : luminaires, ventilateurs, et même les cadres de porte. Elles avaient pris l’habitude de grignoter les fils électriques en hauteur »

Lire aussi : Le pâturage de mûrier améliore les taux du lait de chèvre

Les premières observations comportementales révèlent également des effets inattendus : tendance accrue à regarder au loin, posture jugée « légèrement hautaine » par certains techniciens et difficultés à interagir avec les chèvres standards lors des accouplements.

Bientôt croisée avec le chameau

Du côté des éleveurs, les réactions sont partagées. Si certains y voient une piste sérieuse face à l’évolution climatique, d’autres restent prudents. « Déjà qu’on peine à gérer les clôtures avec des chèvres normales… alors avec des modèles qui voient par-dessus les haies, je reste sceptique », confie Erwan Peskarmor, éleveur d’une soixantaine de chèvres dans le Finistère.

Le projet entre désormais dans une phase de diffusion expérimentale. Une dizaine d’élevages pilotes devraient être équipés d’ici l’été, avec un accompagnement technique spécifique incluant des formations à la taille des arbres. En parallèle, les chercheurs travaillent déjà sur une seconde génération d’animaux, intégrant cette fois des caractéristiques de dromadaire pour améliorer la résistance à la sécheresse. Le projet, baptisé « CamelGoat », suscite toutefois quelques interrogations.

« L’innovation est indispensable face au changement climatique, conclut Océane Trentedeumarsse. Mais nous restons vigilants : notre objectif est d’adapter l’élevage sans transformer les fermes en réserve zoologique ou piscicole. »

Lire aussi : La chevroquine contre le Covid

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Rédaction Réussir

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