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DNC : « Ceux qui s’opposent à l’abattage rallongent notre calvaire », témoigne Nicolas, éleveur laitier touché par la maladie en Haute-Savoie

Eleveur laitier près de Faverges, en Haute-Savoie, Nicolas Prud’homme dont 68 bêtes ont été abattues après une contamination à la dermatose nodulaire contagieuse déplore la politisation du débat sur l’abattage total. Il en profite pour témoigner de sa situation.

Deux éleveurs avec une petite fille devant un près avec des montbéliardes en Haute-Savoie
Nicolas Prud’homme, éleveur à Saint Ferreol en Haute-Savoie, au centre, avec sa fille Léona et Rémi Charrafod, son beau-frère qui a fini ses études agricoles et a pour projet de s’installer sur l’exploitation avec son père et son frère.
© Nicolas Prud’homme

[Mis à jour le 29 août à 13h40 avec l'annonce de la suspension du blocage]

« Je veux dire à ceux de la société civile qui s’opposent à l’abattage que vous rallongez notre calvaire » lâche Nicolas Prud’homme, éleveur laitier à Saint Ferreol en Haute-Savoie, dans une vidéo postée sur Facebook le 27 août et déjà vue plus de 60 000 fois. Une réaction au blocage à Faverges, commune voisine, de l’abattage d’un lot de 15 vaches dont une contaminée à la dermatose nodulaire contagieuse (Depuis la rédaction de l'article, la Confédération paysanne de Haute-Savoie a annoncé sur Facebook ce 29 août lever le barrage ).

Dans sa vidéo, l’éleveur explique que depuis l’abattage d’une partie de son troupeau en juillet, il passe plus de 3 heures chaque matin et chaque soir pour la traite de ses vaches, et pointe le bâtiment dans lequel il ne peut toujours pas retourner.

Je n’ai qu’une hâte c’est que mes vaches puissent retourner dans le bâtiment

« Ma fille rentre en maternelle et l’école devait venir visiter ma ferme, je n’ai qu’une hâte c’est que mes vaches puissent retourner dans le bâtiment et que cette visite puisse se faire, même si ma fille n’a plus sa vache préférée », confie, ému, Nicolas Prud’homme, contacté par Reussir.fr après cette vidéo.

Lire aussi : DNC-Abattage total d’un troupeau contesté en Haute-Savoie : quelle réponse de la justice saisie en référé ?

150 bêtes abattues entre les élevages de la même famille

Après la confirmation d’un cas de DNC le 20 juillet, 68 de ses bêtes (48 vaches laitières et 20 veaux âgés de 3 jours à 6 mois) ont été abattues le 22 juillet. « Le jour même mon beau-père et mon beau-frère qui sont juste à côté ont aussi vu une partie de leur troupeau abattu. La famille a perdu 150 bêtes d’un coup », témoigne-t-il. « On va vu des lignées complètes partir, la grand-mère, la mère, la fille » et de citer leurs noms choisis avec soin : « ce n’était pas des numéros ! ». Il reste à Nicolas 16 vaches laitières, 15 veaux de 6 mois et 45 génisses. Son cousin, à 800 m, n’a pas été touché, se félicite l’éleveur qui y voit l’intérêt « de son sacrifice ».

Lire aussi : Dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC) : un premier cas confirmé dans l’Ain, la zone réglementée s'étend dans ce département et vers le Jura

Un débat contre l’abattage des troupeaux qui se politise, selon l’éleveur

Alors face au blocage de l’abattage à Faverges, le jeune Haut-savoyard s’emporte. « Que les éleveurs touchés aient un avis sur la gestion de la maladie, je comprends, et je le respecte, c’est très dur psychologiquement ! Mais que des gens venant de l’autre bout de la France et qui n’y comprennent rien viennent bloquer les abattages non ! », déplore Nicolas, dénonçant une politisation du débat. 

Ces gens comparent la maladie à la FCO alors que c’est mille fois pire 

« Ces gens comparent la maladie à la FCO alors que c’est mille fois pire ! Moi j’avais vacciné mes bêtes aux différents sérotypes de la FCO », poursuit-il. Assurant que l’éleveuse concernée par le blocage (qu’il connait bien) ne s’oppose elle-même pas à l’abattage de ses bêtes, Nicolas Prud’homme affirme : « le dernier abattage va donner le top départ pour que les éleveurs puissent retourner dans leurs bâtiments ».

Lire aussi : Dermatose nodulaire contagieuse : « Avec plus de la moitié de nos animaux qui ont été abattus, nous avons des questions sur la suite »

Le besoin de retrouver le bâtiment d’élevage se fait pressant

« Tout n’est pas fini, il faut qu’on se serre les coudes pour avancer », lâche Nicolas qui se félicite de la baisse du nombre de cas de DNC et du respect des règles sanitaires sur son secteur. « Depuis le début on n’a pas déplacé les animaux, on n’a pas épandu de lisier ou de fumier, on a tous respecté les règles », explique-t-il. « Le lendemain de la vaccination, un feu d’artifice a apeuré mes vaches et fait que 45 génisses se sont retrouvées ensemble, ça a compliqué la gestion mais je les ai laissées telles quelles ».

Les vêlages qui se font d’habitude en bâtiment ont commencé et la pluie arrive, il y a beaucoup de boues, les vaches ne sont pas bien 

En début de semaine, tous les éleveurs de Faverges ont rencontré la préfète pour évoquer la question du nettoyage et de la désinfection des bâtiments qui tarde à se mettre en place. « Il y a eu pas mal de couacs c’est compliqué notamment parce que l’Etat doit lancer des appels d’offres pour recruter les entreprises de nettoyages. Maintenant j’ai un référent unique au niveau administratif et le nettoyage devrait intervenir si tout va bien entre le 8 et le 15 septembre ».

Nicolas Prud’homme a hâte de pouvoir rentrer ses bêtes, alors que la traite en extérieur avec les veaux à côté, demande beaucoup de logistique, qu’il faut aussi emmener de l’eau aux animaux ou encore du fourrage aux veaux qui n’ont plus d’herbe à manger. « Les vêlages qui se font d’habitude en bâtiment ont commencé et la pluie arrive, il y a beaucoup de boues, les vaches ne sont pas bien ». 

Lire aussi : Dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC) : un premier cas confirmé dans l’Ain, la zone réglementée s'étend dans ce département et vers le Jura

Solidarité et soutien sur le terrain

Loin des débats virulents sur les réseaux sociaux, et selon lui « politisés », autour de « l’abattage total », l’éleveur tient à témoigner de la solidarité sur le terrain et du soutien qu’il reçoit. Il insiste notamment sur « l’approche et le discours » de Christophe Souche, chef de service de la DDPP du Puy-de-Dôme, venu en renfort de ses collègues savoyards, et qui lui a annoncé la contamination à la DNC le dimanche 20 juillet, accompagné de représentants de la Chambre d’agriculture et de la MSA. « Toutes les semaines j’ai quelqu’un qui m’appelle du réseau Réagir », assure l’éleveur qui indique aussi avoir droit à un accompagnement avec un psychologue (6 séances pour lui, ses enfants, ses apprentis) mis en place par la MSA et le conseil départemental. 

Eleveurs, syndicats, coopératives du département et FDSEA du Doubs ont aussi apporté une aide matérielle : salle de traite mobile, bétaillère, niches à veaux, râtelier.

Lire aussi : Dermatose nodulaire contagieuse : les points clé de la stratégie d'éradication

Aides financières et stratégie de repeuplement

Sur le plan financier, « j’ai touché l’équivalent de 50% de la valeur du troupeau », confie Nicolas. « La suite viendra plus tard ainsi que les indemnités pour les pertes d’exploitation ». Concessionnaires et fournisseurs ont suspendu le recouvrement de ses factures. Le conseil départemental a dégagé une aide d’urgence et les agriculteurs qui le souhaitent peuvent demander le RSA.

Nicolas Prud’homme, qui a envie d’aller de l’avant, pense aussi à la phase de « repeuplement ». « La chambre d’agriculture a organisé une réunion avec les agriculteurs du Doubs, les syndicats des races ou encore la Coopex, avec une proposition de trier les animaux qui nous correspondent le mieux et de sécuriser l’aspect sanitaire vis-à-vis de la Néosporose notamment », souligne l’éleveur. 

Si Nicolas Prud’homme prend le temps de longuement témoigner de sa situation et prend le risque de s’exposer à travers des vidéos sur les réseaux sociaux c’est qu’il affirme vouloir « lutter contre la désinformation et la politisation du débat » autour de la dermatose nodulaire contagieuse. « Il faut que toutes ces guéguerres s’arrêtent et qu’on aille de l’avant ».

Lire aussi : Dermatose nodulaire contagieuse (DNC) : l’abattage total divise sur le terrain

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