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Une Europe bio et autosuffisante en 2050 c’est possible, selon le CNRS

A condition d’opter pour une alimentation moins carnée et de redévelopper le système de polyculture-élevage, l’agriculture biologique pourrait nourrir l’Europe d’ici à 2050, selon une étude du CNRS.

Vaches normandes
© Stéphane Leitenberger (archives)

« Avec un système agroalimentaire biologique, il serait possible de renforcer l’autonomie de l’Europe, de nourrir la population attendue en 2050, d’exporter encore des céréales vers les pays qui en ont besoin pour l’alimentation humaine, et surtout de diminuer largement la pollution des eaux et les émissions de gaz à effet de serre par l’agriculture ». Tel est le résultat d’une étude du CNRS menée par Gilles Billen, biogéochimiste et directeur de recherche, et publiée dans One Earth le 18 juin 2021.

Un scénario réaliste selon l’équipe de chercheurs à condition qu’il repose sur trois leviers. Le premier impliquerait un changement de régime alimentaire. « Nous préconisons un régime méditerranéen ou crétois, avec 30% d’apports protéiques d’origine animale et 70% d’apports protéiques d’origine végétale », explique Gilles Billen. « C’est le régime proposé par les diététiciens, avec des besoins de base de 3,5 kilos d’azote protéique par an par personne. Aujourd’hui nous sommes au double, nous consommons beaucoup trop de productions animales », poursuit-il. « Sans aller jusqu’à proposer un régime vegan, ce changement ferait baisser la pression sur la production agricole », avance le chercheur.

Deuxième levier du scénario : rapprocher culture et élevage, pour un recyclage optimal des déjections animales. « Aujourd’hui la Bretagne produit la viande pour le reste de la France et le bassin parisien fournit les céréales. C’est complètement absurde, cela ne peut fonctionner harmonieusement. Nous préconisons un retour à la polyculture élevage pour permettre de refermer les cycles des matières avec la fertilisation des sols grâce aux déjections animales », avance le biogéochimiste.

Enfin troisième levier : se passer d’engrais chimiques en ayant recours à l’agriculture biologique avec mise en place de rotations entre céréales et légumineuses (haricots, lentilles, luzerne, trèfles) qui ont l’avantage de fixer l’azote au sol.

Avec ce scénario, on n'aurait plus besoin d'importer

Selon l’étude du CNRS, un tel scénario appliqué à l’ensemble de l’Europe permettrait d’obtenir une souveraineté totale. « Aujourd’hui nous aspirons les ressources alimentaires du monde pour l’alimentation du bétail. Nous sommes au crochet du reste de la planète, commente Gilles Billen. Avec ce scénario on n’aurait plus besoin d’importer mais on pourrait continuer à exporter des céréales pour l’alimentation humaine vers des pays qui en ont besoin ».

Ce scénario permettrait surtout de diminuer largement la pollution des eaux et les émissions de gaz à effet de serre par l’agriculture, assurent les chercheurs du CNRS. « En gros cela réduirait de moitié la pollution des eaux, avec de l’eau potable partout en dessous des champs et cela réduirait de moitié les émissions de gaz à effet de serre », affirme Gilles Billen.

La Commission européenne intéressée par l'étude

La Commission européenne se montre intéressée par ces travaux et a demandé au CNRS une version plus fine du scénario étudié. Il y a deux ans, Gilles Billen avait dirigé une étude similaire au niveau français intitulée « polyculture-élevage ou hyper-spécialisation territoriale ? Deux scénarios prospectifs du système agroalimentaire français ». Une étude qui n’avait pas eu beaucoup d’échos du côté du ministère de l’Agriculture, note le chercheur, qui s’étonne aujourd’hui de la déclinaison française de la future Pac, très éloignée de ce schéma. « La suspension de l’aide au maintien de l’agriculture bio est catastrophique », commente-t-il notamment.

Lire l'étude polyculture-élevage ou hyper-spécialisation territoriale ? Deux scénarios prospectifs du système agroalimentaire français :

 

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