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« Le passage en logettes de nos vaches laitières nous a changé la vie, dans la Creuse »

Le Gaec du Beaudeix dans la Creuse a converti l’aire paillée  en stabulation avec deux rangs de logettes suite à l’augmentation du nombre de vaches. Un changement bénéfique en termes de travail et de santé mammaire.

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Thierry et Tristan Cluzel, éleveurs. « Les logettes ont amélioré à la fois les conditions de travail et la santé mammaire des animaux. Nous ne reviendrions pas en arrière. »
© E. Bignon

« Transformer l’aire paillée en logettes n’était pas du tout prévu initialement dans mon projet d’installation, raconte Tristan Cluzel, à la tête d’un troupeau de 75 laitières à 700 mètres d’altitude. Mais c’est pourtant ce que nous avons mis en œuvre trois ans plus tard », poursuit-il en souriant.

Le jeune éleveur a rejoint le Gaec de ses parents en 2017 en reprenant 200 000 litres de lait. L'élevage dispose alors d'une stabulation libre en aire paillée avec caillebotis derrière les cornadis. En théorie, l’aire paillée de 830 m2 permettait d’accueillir une vingtaine de vaches supplémentaires, soit 80 vaches, tout en garantissant une surface de 10 m2 par vache conforme aux recommandations. « Mais si nous nous en sortions bien dans le bâtiment avec 60 vaches, ce n’était plus le cas avec 20 bêtes de plus, se remémore amèrement Thierry, le père de Tristan. Non seulement, la consommation de paille était devenue énorme, près d’une tonne par jour, pour essayer de maintenir les vaches à peu près propres. Mais en plus, la situation était devenue ingérable d’un point de vue sanitaire. Nous avions des pénalités cellules et il nous fallait gérer cinq à six mammites à chaque traite. »

Trop de problèmes et de frais de fonctionnement

La stabulation construite en 1994, entièrement bardée, ne disposait pas de suffisamment d’entrées d’air et il n’y avait pas de sortie d’air prévue en faîtage. D’où un manque de ventilation et un excès d’humidité dans le bâtiment.

 

 
<em class="placeholder">stabulation d&#039;élevage laitier</em>
Le futur robot de traite sera positionné au niveau de l’aire d’attente actuelle. Des filets brise-vent seront installés pour favoriser la ventilation. © E. Bignon

Le fait de retirer une partie du bardage côté sud-est a amélioré les choses mais sans toutefois régler tous les problèmes. Le test fumigène a confirmé que l’évacuation se révélait encore insuffisante. « J’avais le moral dans les chaussettes, confie Tristan. C’était devenu une hantise d’aller traire, avec la perte de temps engendrée et le lait à jeter… »

Fiche élevage

2 UMO

75 vaches à 10 000 kg

750 000 l produits

120 ha

« La dernière facture de paille, à 130 euros la tonne en 2019, a eu l’effet d’un électrochoc, se souvient-il. Nous étions contraints d’acheter quatre à cinq semis de paille par an, la facture devenait très salée. Nous y laissions plus de 10 000 euros par an. »

 

 
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Le Gaec passe quotidiennement moins de temps à entretenir les logettes qu’il ne le faisait à gérer l’aire paillée. Elles sont nettoyées matin et soir et de la farine de paille est apportée. © E. Bignon

Face à ces frais de fonctionnement et aux problèmes sanitaires qu’ils ne parvenaient pas à régler, les associés décident de revoir leur copie et de passer en systèmes logettes. « Ce n’était pas franchement dans la culture locale, avec pas mal de réticences de la part des éleveurs liées notamment à la gestion des effluents et à la crainte d’un manque de confort pour les animaux », indique Renaud Selles, conseiller bâtiment à la chambre d’agriculture de la Creuse. Mais le Gaec fait le pas en 2020.

La situation sanitaire s'est améliorée

Une fosse de 430 m3 a donc été construite en plus de celle existante de 350 m3, située sous le caillebotis du couloir de raclage. Dans la stabulation, il a fallu s'adapter aux contraintes existantes, en particulier la largeur de l’aire paillée limitée à 10 mètres. « Elle se révélait trop juste pour placer trois rangées de logettes, nous aurions été ric-rac en termes de profondeur de logettes et de largeur de couloirs », témoigne Tristan. Au final, l’option deux rangées de logettes cul à cul a été retenue. « C’était plutôt le grand luxe du coup. » Il a été possible d’insérer 76 logettes, et par précaution, les bétons ont été rainurés.

 

 
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Le Gaec passe quotidiennement moins de temps à entretenir les logettes qu’il ne le faisait à gérer l’aire paillée. Elles sont nettoyées matin et soir et de la farine de paille est apportée. © E. Bignon

Les éleveurs ne regrettent pas ce choix. « Dès le premier hiver qui a suivi les travaux, la situation sanitaire s’est améliorée et j’ai retrouvé le goût de traire », se réjouit Tristan. Les vaches sont beaucoup plus propres qu’avant. Le nombre de mammites s’est réduit à quatre par an et le taux cellulaire moyen ne dépasse pas 100 000 cellules par millilitre. Seul bémol, l’élevage a perdu cinq vaches qui ne se sont jamais habituées aux logettes.

30 minutes gagnées par jour à la traite

Au niveau travail, les associés ont gagné 30 minutes par jour à la traite. Et le nettoyage des logettes (10 min matin et soir) s’avère moins chronophage que le paillage qui était réalisé deux fois par jour. « Sans compter que nous travaillons moins dans la poussière et que le bâtiment est plus propre », apprécie Thierry.

« Travailler en système lisier se montre complètement différent mais cela me convient, avance Tristan. J’ai intégré une Cuma disposant d’une tonne avec pendillard. Je réserve cinq créneaux par an sur une semaine. Je trouve ce fonctionnement plus souple finalement et je me sens plus autonome en termes de boulot. »

Sur le plan économique enfin, les éleveurs ne s’estiment pas perdants. « L’annuité du bâtiment couvre quasiment le montant des achats de paille que nous devions faire », calculent-ils.

Des améliorations à venir pour la ventilation

Des améliorations sont encore prévues en 2026 pour la ventilation du bâtiment. « Nous allons installer un filet brise-vent descendant de haut en bas du côté du couloir d’alimentation orienté nord-ouest pour un montant de 10 000 euros », détaille Tristan. Et en toiture, des cheminées de sorties d’air avec un système de plaques à écailles (16 000 €) favoriseront l’évacuation de l’air vicié.

Par ailleurs, en vue du départ à la retraite de Thierry, le Gaec a investi dans un robot de traite qui entrera en service cet automne. Tristan a opté pour le plus compact du marché afin de limiter les travaux d’insertion dans le bâtiment. Il se positionnera dans l’aire d’attente actuelle. « L’investissement s’élève à 180 000 euros subventionnés à 45 % », précise l’éleveur qui compte saturer le robot pour produire autant de lait avec un peu moins de vaches. 

Côté éco

En 2020, les travaux ont coûté 190 000 euros entre le béton, les logettes, les matelas, les racleurs automatiques, la fosse extérieure (430 m2) et l’installation d’un DAC. Ils ont été subventionnés à hauteur de 50 % (JA et zone de montagne). Seule la maçonnerie a été déléguée. Aujourd’hui, il faudrait compter 35 % d’augmentation.

Avis d’expert - Renaud Selles, conseiller bâtiment à la chambre d’agriculture de la Creuse

« Réaménager plutôt que reconstruire à neuf »

 

 
<em class="placeholder">Renaud Selles, conseiller bâtiment à la chambre d’agriculture de la Creuse</em>
© E. Bignon

« Envisager une construction neuve avec logettes n’était pas envisageable économiquement pour le Gaec il y a cinq ans. À l’époque, le prix de base du lait était bien inférieur à ce qu’il est aujourd’hui et les associés venaient déjà d’investir dans un nouveau bâtiment monopente pour les génisses et les vaches taries. À superficie équivalente (1 370 m2), un bâtiment neuf aurait coûté au moins 120 000 euros en comptant uniquement la charpente et la couverture… En plus, la stabulation datant de 1994 avec fosse sur caillebotis offrait quand même de belles possibilités en la rendant plus fonctionnelle. Désormais, pour tout projet neuf en aire paillée, je préconise par défaut des dimensions compatibles avec l’installation de deux, voire trois rangées de logettes. »

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