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Le bio dans les assiettes amène les collectivités à reconsidérer l’agriculture

La loi EGAlim amène les collectivités vers des problématiques nouvelles. En 2022, les repas fournis par les collectivités, restaurants scolaires principalement, devront contenir 20% de produits bio. Ce qui peut apparaître comme une contrainte peut-être aussi l’opportunité pour les municipalités de préserver ou relocaliser l’agriculture sur leur territoire. Les outils et les interlocuteurs existent. C’est le message qui a été passé lors d’une conférence numérique organisée dans le cadre du Salon des maires le 24 novembre.

© DR

Le Salon des maires et des collectivités locales s’est tenu cette année en version numérique, avec de nombreuses conférences organisées durant trois jours, du 24 au 26 novembre.

Mardi 24 novembre, à 17 h, le thème proposé était « L’agriculture biologique au service du développement durable de votre territoire : passez à l’action ! ».

Il est temps de passer à l'action

La Loi EGAlim, promulguée le 30 octobre 2018, prévoit l’introduction de 20% de produits bio en restauration collective à partir du 1er janvier 2022. Les échéances se rapprochent et le sujet devient une préoccupation majeure dans les municipalités en charge des repas distribués dans les restaurants scolaires. Il est temps, en effet, de passer à l’action, et ce moment de communication était destiné à tracer quelques pistes et montrer que des outils existent pour démarrer ce passage au bio dans les communes.

Trois intervenants étaient présents sur la plateforme digitale :

. Hélène Béchet – Chargée de communication avec les collectivités à Terre de liens Ile-de-France,

. Agnès Carlier – Responsable du service Ressources en eau, agriculture et biodiversité à l’Agence de l’eau Seine Normandie,

. Antoine Villar – Chargé de mission agriculture biologique, protection de l’eau et territoires à la Fnab, la Fédération nationale de l’agriculture biologique.

Des centaines de collectivités s’engagent actuellement en faveur de l’agriculture biologique. Mais « par où commencer ? », interroge Antoine Villar, animateur de la réunion.

Une stratégie foncière

« Il faut commencer par réfléchir à une stratégie foncière », assure Agnès Carlier. Il faut définir « les enjeux sur son territoire ». Cette démarche peut être accompagnée par les agences de l’eau qui peuvent aider les municipalités et les entreprises. Les agences de l’eau proposent des contrats « eau et climat » qui permettent de planifier un programme d’action à l’échelle du territoire. Un dispositif qui repose sur « un binôme entre un élu et une personne de l’agence », précise Agnès Carlier.

Pour aller dans ce sens, la Fnab propose une « grille d’analyse des territoires », spécifique à l’agriculture biologique, et qui « permet de se poser les bonnes questions », ajoute Antoine Villar.

De son côté, Terre de Liens propose un outil pour évaluer la relocalisation de l’alimentation. Il s’agit de la plateforme interactive Parcel, un élément de diagnostic avec lequel il est possible d’évaluer le nombre d’hectares qu’il faut mobiliser pour relocaliser la production et alimenter la restauration des collectivités locales. Parallèlement, l’association mène une veille foncière citoyenne pour connaître les parcelles agricoles qui pourraient être mises en cultures où les parcelles non agricoles qui pourraient être reconverties. Cette veille est réalisée avec des bénévoles. En Ile-de-France, notamment, 10 groupes locaux sont en action.

Demandes accrues

« Nous avons une demande accrue des nouvelles municipalités élues en juin », observe Hélène Béchet. Pour recenser les expériences innovantes sur la mobilisation foncière, informer les différents acteurs des collectivités, Terre de Liens vient de lancer la plateforme collaborative Récolte.

L’association est en mesure d’accompagner des installations, en s’intéressant aux différents volets qui entrent en jeu dans ces projets : alimentation, transmission, conversion, filières et débouchés.

Des aides sont possibles pour pérenniser ces structures sur le territoire. Les agences de l’eau peuvent apporter leur soutien aux filières, pour développer des cultures, mais aussi installer des outils de transformation en lien avec ces surfaces : moulin, légumerie…

Augmenter les compétences

Terre de Lien aide aussi les collectivités à accompagner les installations. Avec des projets où tout peut être à construire. C’est le cas généralement en Ile-de-France où les candidats le plus souvent « n’ont pas le profil agricole », souligne Hélène Bréchet. Reconversion professionnelle, pas de foncier, pas de matériel… Il faut étudier la faisabilité agronomique et économique. « Dans les collectivités, souvent, il n’y a pas la compétence en interne, pas l’expertise suffisante », observe-t-elle. Terre de liens se fixe aussi un enjeu pédagogique pour participer à la montée en compétence dans les collectivités pour parvenir à une « coconstruction » des projets.

Cette montée en compétence est importante, insiste Antoine Villar. Sur l’enjeu biodiversité, les collectivités peuvent engager un partenariat de 2 ans avec la Fnab. L’enjeu du changement climatique est également à prendre en compte, souligne Agnès Carlier. C’est pourquoi « l’adaptation aux changements climatique » est un volet des contrats signés avec les agences de l’eau. Pour tous ces aspects, elle souligne l’importance de la pédagogie. Les agences de l’eau participent à cette diffusion de l’information au travers notamment de colloques, tel que celui organisé par l’Agence de l’eau Seine Normandie qui se tiendra le 8 décembre.

 Les collectivités peuvent soutenir la transition agricole

Pour répondre à ces questions, il est aussi possible de signer un bail rural environnemental (BRE), qui existe depuis 2006.

Il faut faire comprendre aux collectivités ce qu’apporte l’agriculture à un territoire. Mais « plein de choses sont possibles » assure Antoine Villar et « les collectivités peuvent soutenir la transition agricole ».

Participer à la préservation des espèces agricoles en freinant l’artificialisation des terres. C’est une thématique que les collectivités peuvent porter par le biais de plans locaux d’urbanisation qui garantissent la protection des terres.

La relocalisation, c’est de l’emploi

Face à l’argument de l’emploi mis en avant par les municipalités pour les projets d’urbanisation, les intervenants de la conférence opposent « l’apport pour le territoire » de l’agriculture. Il faut « se poser la question qualitativement » assure Hélène Béchet. « La relocalisation, c’est de l’emploi ». Il faut « donner envie aux jeunes » et créer des « couveuses d’agriculteurs » pour faire face au départ à la retraite d’un tiers des agriculteurs dans la prochaine décennie.

Les trois intervenants en sont convaincus : les solutions et les outils existent pour que les collectivités participent au développement du bio dans nos assiettes. Pour y parvenir, deux maîtres mots revenus souvent dans les propos des trois intervenants : accompagnement et coopération.

La conférence « L’agriculture biologique au service du développement durable de votre territoire : passez à l’action ! » est disponible en replay en se connectant au site du Salon des maires et des collectivités locales.

 

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