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Quel avenir de la fertilisation en agriculture bio ?

Interdiction des effluents d’origine industrielle : quel avenir de la fertilisation en AB ? Telle était la question posée dans le premier « Live des grandes cultures bio » organisé en ligne le 4 février 2021. L’objectif était d’éclaircir les conséquences potentielles d’une telle décision sur la production de grandes cultures bio.

En raison de la crise sanitaire, les rencontres des Grandes cultures bio ont été repoussées à 2022. Cette année, ce sont deux sessions Live d’1 h 30 chacune qui se sont déroulées en ligne le 4 février. Ces web-conférences étaient organisées par Arvalis Institut du Végétal, l’Itab et Terres Innovia.

Une des deux sessions avait pour thème :

Interdiction des effluents d’origine industrielle : quel avenir de la fertilisation en AB ?

Cette interdiction impose de mettre en place des pratiques de substitution. De multiples aspects sont en jeu avec cette décision, qui sont source d’interrogation pour les acteurs de la filière : disponibilité des matières fertilisantes pour l’AB, augmentation des prix et donc des charges en fertilisants, freins à la conversion, baisse de la fertilité des sols, impacts sur le rendement et la qualité des productions, rentabilité et durabilité des systèmes de grandes cultures en AB, etc.

Une interdiction aux multiples enjeux

La nouvelle définition des élevages industriels inscrite au guide de lecture français du règlement européen sur l’AB, est en vigueur depuis le 1erjanvier 2021 mais continue à être discutée à la Commission européenne dans le cadre d’une harmonisation entre les Etats membres.

Sur des terres conduites en AB, cette nouvelle définition exclut les effluents provenant:

- d’élevages de porcs en système caillebotis ou grilles intégral et dépassant les seuils de 3000 porcs charcutiers et 900 truies;

- d’élevages de poules et poulets en cages et dépassant les seuils de 85000 poulets de chair et 60000 poules pondeuses.

Une dérogation permet néanmoins aux effluents, et produits composés de ces effluents, produits jusqu’au 31 décembre 2020, d’être commercialisés jusqu’au 1erjanvier 2022, et utilisés jusqu’au 1erjanvier 2023 en AB. En revanche, les digestats issus de méthaniseurs composés de tout ou partie de ces effluents sont désormais non utilisables en AB depuis le1erjanvier 2021. La place de ces effluents dans la fertilisation des cultures n’est pas négligeable, en effet, d’après les données de l’enquête Pratiques culturales 2017 du Ministère, les fientes sèches de poules pondeuses fourniraient respectivement plus de 70% et 45% de l’azote total exogène aux parcelles de tournesol et blé tendre bio enquêtées.

Plusieurs pistes à l'étude

Pour pallier ce manque de fertilisants en AB, plusieurs  pistes sont étudiées :

- développement des échanges éleveurs-céréaliers,

- recherche sur les matières fertilisantes alternatives,

- amélioration des connaissances des systèmes autonomes en intrants,

- optimisation des pratiques de fertilisation.

Cependant « l’adaptation des systèmes de production et des pratiques ne pourra se faire que sur le moyen-long terme, » précisent les acteurs de la filière.

Simulation sur les Fermes-types bio

Différents scénarios de fertilisation que les producteurs pourraient adopter ont été simulés grâce à une étude menée sur les Fermes-types bio animées par Arvalis.

Quatre hypothèses ont été envisagées :

- faire l’impasse des fertilisants interdits et des produits qui deviendraient conséquemment trop cher;

- substituer les produits interdits par d’autres sources à hauteur des fournitures d’azote de ces derniers, et potentiellement à hauteur du phosphore et de la potasse;

- pour les fermes-types qui n’utilisaient pas de produit interdit à ce jour, garder la même stratégie de fertilisation mais avec des prix des produits augmentés de 30%;

- reconcevoir son système de culture pour améliorer la valorisation de produits plus chers et rendre son système plus autonome (scénario non présenté lors du Live).

Ces scénarios de pratiques ont été couplés à des scénarios de prix de vente des cultures réels, bas et hauts. Les résultats de ces scénarios sont sans appel : les pratiques de substitution des fientes entrainent systématiquement une hausse des charges d’engrais. Dans les situations d’impasse de fertilisation, et de substitution azotée, les bilans NPK - azote (N), phosphore (P), potassium (K) - mettent en lumière des carences importantes en éléments minéraux. A la clé : des pertes de fertilité et par conséquent de rentabilité à moyen-long terme. La question se pose donc : ces pratiques de substitution ayant des impacts sur la marge nette à court terme modérés, est-il justifié de mettre en péril la durabilité des systèmes par des pratiques d’impasse ?

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