Bilan de l'épizootie de grippe aviaire 2025-2026 : des progrès sont encore possibles
Même si l’Influenza Aviaire Hautement Pathogène a été mieux maîtrisée en 2025-2026, des marges de progrès existent encore pour limiter ses impacts et rassurer les éleveurs.
Comment les éleveurs ont-il vécu cette nouvelle crise IAHP?
L’IAHP a été assez bien maîtrisée en 2025. Une enquête auprès d’éleveurs vendéens dans le cadre du projet Avi’Acteur montre toutefois qu’être éleveur.se de volailles en ce moment est compliqué. L’ambiance est parfois tendue entre éleveurs. Les éleveurs ont l’angoisse d’être foyer. Il y a trop d’incertitude pour la suite et pas de vision pour se projeter. « Il faut retrouver de la sérénité, pour les éleveurs et l’attractivité des métiers de l’aviculture, et pour toute la filière, souligne Isabelle Leballeur, élue filière avicole de la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire. Il faut davantage se parler pour identifier et mettre en place de nouveaux leviers d’actions. »
Connaît-on bien le virus?
Les virus d’IAHP collectés sont désormais séquencés, ce qui permet d’identifier la source d’une contamination. « Mais il reste beaucoup de questions sur l’épidémiologie de l’IAHP, constate Jocelyn Marguerie, vétérinaire Réseau Cristal. Il faut travailler sur le mode de propagation du virus, les espèces précises de la faune sauvage qui l’ont transmis, le rôle des haies, qui coupent les flux d’air, mais peuvent aussi héberger des oiseaux... »
Le zonage sanitaire actuel est-il adapté?
Beaucoup s’accordent à dire que le zonage actuel est peu pertinent et a parfois des conséquences économiques plus importantes que l’IAHP elle-même. « Il faudrait concentrer les efforts sur la zone de 1 km autour des foyers, éventuellement 3 ou 5 km, estime Christophe Mourrieras, directeur de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) de Vendée. Au-delà, les mesures sont très coûteuses pour un résultat très faible. » Le zonage de l’IAHP étant établi au niveau européen, c’est à ce niveau qu’il faut agir. « Il faut s’interroger sur ce sujet avec les scientifiques. Nous avons aujourd’hui des éléments pour cela. »
La vaccination peut-elle être améliorée?
Les protocoles doivent être adaptés selon la production. « Les OP doivent s’assurer que l’immunité sera suffisante jusqu’en fin de production et adapter les protocoles » note Christophe Mourrieras. « L’observation montre l’ intérêt de faire les deux vaccinations en élevage pour protéger la fin de vie des canards » rapporte Jocelyn Marguerie. La 3ème dose est bénéfique, mais a un coût et entraîne de la lassitude chez les éleveurs. Un protocole mixte avec Respons en 1ère dose puis Volvac en rappel a aussi été testé en laboratoire et sur le terrain. Les résultats sont attendus avec impatience. Des améliorations sont aussi possibles sur la formation des équipes de vaccination et les moyens mis à disposition (véhicules, tenues) et, en élevage, sur l’accueil des équipes (sas adapté…) et la surveillance post-vaccinale. « Il faut aussi raisonner différemment en Barbarie et en Mulard, qui ne sont pas la même espèce et ont des modes de production et donc des risques très différents » ajoute Déborah Tupin, vétérinaire Cavac.
Faut-il étendre la vaccination?
Des protocoles de vaccination d’autres espèces fonctionnent, mais ont un coût lié au vaccin, à la surveillance post-vaccinale et au blocage économique des produits en cas de vaccination. Ils ne sont pas à l’ordre du jour en France, mais vont être testés en Europe. « L’Italie va tester la vaccination des dindes et des pondeuses, l’Angleterre celle des dindes, les Pays-Bas celle des pondeuses, indique Jocelyn Marguerie. Nous devons suivre ce qui va se faire dans ces pays. » Des interrogations existent aussi sur des élevages de canes de reproduction non vaccinées pour des raisons de débouchés à l’export. Une directive européenne est en projet pour pouvoir exporter des œufs ou canetons issus de canes vaccinées.
Peut-on améliorer la surveillance post-vaccinale et les bonnes pratiques?
Des améliorations sont possibles sur la qualité et le nombre des prélèvements après vaccination. « Il faut des prélèvements dans chaque bâtiment, dans les 24h-48 h avant le transfert, insiste Jocelyn Marguerie. Et des écouvillons oro-pharyngés sont plus faciles à réaliser que des écouvillons trachéaux. » En 2025, une amélioration lors des dépeuplements a été la pose d’un chapiteau au-dessus des sorties des bâtiments, avec également un arrosage des animaux, pour empêcher les plumes et poussières de s’envoler. Un travail devrait être mené aussi sur la gestion des fumiers.
Les indemnisations peuvent-elles évoluer?
Une amélioration du dispositif pourrait être l’indemnisation des abattages anticipés non imposés par l’administration, mais mis en œuvre par les OP pour des raisons sanitaires (enlèvement des mâles avec les femelles en dinde et Barbarie, vente en maigre de canards Mulards…). « Autour d’un foyer, nous conseillons de faire partir les animaux le plus vite possible, précise Christophe Mourrieras. L’abattage anticipé doit être considéré comme une mesure sanitaire et le manque à gagner doit être indemnisé. » « L’indemnisation est un point important pour rassurer les éleveurs, souligne Isabelle Leballeur. Il faut plus de réactivité et que l’état comprenne qu’il vaut mieux investir dans la prévention par la prise en charge des abattages anticipés. »
Comment prendre en compte le risque IAHP pour l’implantation des élevages?
Lors de toute création de bâtiment, il faut prendre en compte la proximité d’autres élevages, de plans d’eau… Les accouveurs qui déplacent un élevage de reproducteurs souhaiteraient aussi avoir des garanties qu’un autre élevage ne va pas se créer à côté dans l’avenir.
Jocelyn Marguerie, vétérinaire Réseau Cristal
« La situation est restée sous contrôle en 2025 »