Bien-être animal : l'intérêt de la socialisation des truies et des porcelets démontré en maternité
Une étude de l’Ifip conduite dans la maternité liberté de sa station expérimentale démontre l’intérêt de la socialisation précoce des porcelets, avec ou sans truies, sur leur comportement exploratoire, la mise en place d’une nouvelle hiérarchie et le maintien des performances techniques.
La socialisation des porcelets en maternité n’altère ni leur croissance ni leur survie, y compris quand les truies sont mises en groupe. Elle contribue même à une meilleure adaptation comportementale après sevrage.
C’est ce qui ressort d’une étude réalisée à la station expérimentale de l’Ifip à Romillé (Ille et Vilaine). Dans cette étude, l’Ifip a comparé un lot témoin où la truie allaite seule avec sa portée avec un lot où seuls les porcelets sont socialisés et un lot combinant socialisation des porcelets et mise en groupe des truies. La socialisation a été introduite à sept jours d’âge, puis, deux jours plus tard, les truies du troisième lot ont été libérées et regroupées, entrant en lactation collective.
Le comptage des lésions et des plaies des porcelets a permis de constater que six jours après la socialisation, le nombre moyen de lésions augmentait dans les lots socialisés : 3,8 lésions par porcelets quand seuls les porcelets sont sociabilisés et 3,6 pour le lot de porcelets sociabilisés avec les truies en groupe, contre 2,2 pour les témoins. Cette hausse illustre la mise en place d’une nouvelle hiérarchie entre portées. En fin de lactation, les différences s’atténuent : seuls les porcelets du lot de porcelets sociabilisés seuls conservent un score de lésions légèrement supérieur, tandis que ceux du lot de truies en groupe se stabilisent plus rapidement, probablement grâce à la présence des truies. En post-sevrage, la socialisation précoce limite les agressions liées au regroupement. Dans le cadre de l’expérimentation, les cases ont été constituées à partir de porcelets provenant des mêmes traitements en lactation. Les porcelets témoins (non sociabilisés) présentent près de quatre fois plus de lésions que les socialisés (11 contre 3 par porcelet en moyenne). Une semaine plus tard, les porcelets issus du lot des truies en groupe affichent les scores les plus faibles, supposant qu’une socialisation associant porcelets et truies favorise une hiérarchie stable et un climat social plus serein au sein des groupes.
Les porcelets socialisés explorent leur environnement
L’observation de porcelets représentatifs identifiés individuellement a permis de constater que quelques jours après la socialisation, les porcelets du lot socialisés exploraient activement le couloir, tandis que ceux du lot des truies en groupe occupaient davantage les zones de repos communes. Au fil du temps, ces derniers porcelets, accompagnés de leur mère, visitaient aussi plus souvent les cases voisines. Cela traduit une curiosité accrue et une meilleure exploration de l’environnement. Cette différence illustre le rôle structurant de la présence maternelle sur la stimulation de l’exploration et la dynamique de groupe.
Mixité des portées et tétées croisées
Dès le lendemain de la socialisation, quelques mélanges apparaissent dans les nids, mais ils restent limités. Au fil des jours, la tendance s’accentue : les porcelets des traitements socialisés dorment de plus en plus souvent dans des nids mixtes. Les porcelets dans le lot des truies en groupe se reposent nettement moins dans leur nid d’origine que ceux des truies maintenues dans leur case, et les regroupements inter-portées y sont plus fréquents à partir du cinquième jour. Cette évolution témoigne d’une cohésion sociale accrue et d’une intégration progressive des individus dans un groupe commun, probablement favorisée par la présence des truies. En revanche très peu de tétées croisées ont été observées. Quelques tentatives des plus gros individus ont été constatées au début de la socialisation, mais aucune n’a persisté dans le temps.
Peu d’impact sur les performances techniques
La socialisation n’a eu aucun impact sur la productivité : les truies ont sevré en moyenne 13,5 porcelets, sans différence de mortalité entre lots. Concernant la croissance, les porcelets du lot des truies en groupe affichaient un poids de sevrage inférieur (7,7 kg contre 7,9 kg pour le lot témoin et celui des porcelets sociabilisés seuls), sans conséquence durable. À la fin du post-sevrage, les poids convergeaient autour de 28 kg, sans différence significative.
L’un des objectifs de cet essai était de tester des solutions pour augmenter la surface libre des truies tout en limitant l’emprise au sol du bâtiment. L’accès au couloir leur a permis de gagner plus d’un mètre carré. Par ailleurs, la lactation collective a favorisé la mixité entre portées, stabilisé plus rapidement les groupes et stimulé l’exploration des porcelets. Cependant, cette approche n’est pas adaptée à toutes les truies. La constitution des groupes en maternité devient alors un enjeu majeur : elle suppose d’observer les affinités établies en gestation, d’ajuster les critères de réforme. L’influence du type génétique serait à explorer.
Point de vigilance sur la lactation collective
Certaines truies mises en groupe en maternité peuvent présenter des signes d’agressivité tout au long de la lactation.
La pratique de la lactation collective ne semble pas adaptée à toutes les truies. Elle requiert une bonne connaissance des affinités sociales établies en gestation. Sur les quatre bandes étudiées, 72 truies ont été hébergées en lactation collective. Toutes avaient déjà été logées ensemble durant la gestation. Une attention particulière a été portée aux comportements agressifs au moment de leur libération (9 jours après la mise bas). Pour la majorité d’entre elles (68 truies), seules quelques interactions négatives mineures ont été observées, rapidement suivies d’un retour au calme. En revanche, deux jeunes truies ont présenté une altercation marquée dès la mise en groupe, accompagnée de cris intenses ayant provoqué une forte agitation dans l’ensemble de la salle pendant plusieurs heures. Dans cette même bande, deux truies plus âgées ont également manifesté des comportements conflictuels répétés tout au long de la lactation. Ces épisodes de tension ont eu des répercussions physiologiques, avec un retour en chaleurs précoces observé chez cinq truies sur vingt-quatre, réparties dans les trois modalités de logement. Ce phénomène est lié au stress collectif généré par les affrontements, soulignant l’importance d’un encadrement attentif. Un regroupement raisonné, tenant compte du tempérament et de l’historique des interactions, apparaît essentiel pour limiter les conflits et préserver le bien-être des animaux.