Présent dans 51 départements français, dont le Cantal, ce virus circule rapidement depuis cet été. Vétérinaires et éleveurs affinent leurs connaissances sur ce nouveau venu.
Virus Shamonda : une maladie qui gagne du terrain en France
Identifié pour la première fois fin juillet en Allemagne, le virus Shamonda-Europe s’est propagé rapidement. Moins de trois mois plus tard, il était officiellement présent dans 51 départements de France métropolitaine. Dans le Cantal, 28 cas étaient confirmés au moment de la rédaction de cet article. Les conséquences de cette maladie sur les élevages, notamment lors des prochaines mises bas, restent à préciser.
Une propagation facilitée par l’absence d’immunité
Sa présence est aussi confirmée dans de nombreux pays d’Europe de l’Ouest : Allemagne, Suisse, Autriche, Belgique, Italie, Espagne, Irlande, île de Jersey et Liechtenstein. Le Portugal a également confirmé la présence du virus le 9 octobre 2026, dans cinq exploitations bovines, selon le GDS du Cantal.
Cette circulation est d’autant plus aisée que l’intégralité des cheptels et des animaux sont naïfs au regard de ce nouveau virus, appartenant à la famille de Schmallenberg et transmis par des insectes piqueurs, les culicoïdes (comme pour la FCO et la MHE).
La maladie n’étant pas réglementée et donc pas à déclaration obligatoire, impossible d’avoir des statistiques fiables sur le nombre d’élevages contaminés : les 28 cas confirmés par PCR ou métagénomique dans le Cantal ne sont assurément que la partie émergée de l’iceberg.
Ce peu de recul sur le virus explique aussi que les connaissances scientifiques et vétérinaires sont évolutives et ne seront consolidées que rétrospectivement, au terme d’une première année de circulation et d’analyses.
Bovins, mais aussi ovins et équins
Les bovins lait sont les premiers à avoir manifesté des symptômes et à avoir fait l’objet d’analyses ADN à l’origine de l’identification de ce nouveau virus. Les troupeaux allaitants ne sont pas épargnés, même si, notamment en période d’estive, les manifestations de la maladie sont parfois passées inaperçues.
Chez les bovins, deux souches distinctes du virus ont circulé : Shamonda Europe 1 dans le Centre de la France, donc dans le Cantal, et Shamonda Europe 2 dans le Grand-Ouest, la Bretagne et la Normandie, avec des symptômes identiques. Mais une question se pose aux vétérinaires : celle d’une immunité séparée ou commune.
La seule chose qu’on sait, c’est qu’en Allemagne, les deux ont circulé concomitamment. »
Justine Gaudré, vétérinaire conseil au GDS du Cantal
Des symptômes immédiats chez les bovins
Chez les bovins et les buffles, les symptômes sont bien identifiés. Pendant la première phase, celle de la virémie, qui dure une petite semaine à l’échelle d’un individu, sont observés une forte fièvre, de l’abattement, des diarrhées parfois aiguës et une chute brutale de la production laitière.
Puis, environ quatre semaines après, peuvent survenir des avortements à quatre à six mois de gestation et des naissances d’animaux momifiés. Les avortons peuvent présenter des cas d’encéphalite non purulente, d’origine virale.
Le virus Shamonda n’est pas recherché en première intention lors d’un avortement. Les vétérinaires recherchent d’abord les causes les plus fréquentes. Si les résultats sont négatifs, ils peuvent alors se tourner vers Shamonda. Justine Gaudré met en garde contre toute conclusion hâtive.
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Elle conseille aux éleveurs de déclarer tout avortement ou toute malformation à leur vétérinaire sanitaire. À ce stade, il est possible de rechercher le virus Shamonda-Europe par PCR dans l’encéphale et la rate de l’avorton ou, à défaut, sur un prélèvement de placenta.
On parle d’avortement lorsque le fœtus est expulsé à partir du 45e jour de gestation jusqu’au terme et lorsque le veau ou l’agneau est mort-né ou décède dans les 48 heures suivant la naissance. À noter enfin : certains éleveurs rapportent des vaches vides à l’échographie.
Des effets à retardement encore incertains
Shamonda Europe étant un « cousin » de Schmallenberg, faut-il craindre de la mortinatalité et des malformations des veaux lors des prochaines mises bas ?
La réponse viendra là encore rétrospectivement.
Sachant qu’il faudra aussi intégrer les effets potentiels de la sécheresse » dans l’approche.
Frédéric Aymar, directeur du GDS
Chez les petits ruminants, seuls deux éleveurs ovins, dans l’Oise et l’Aveyron, ont décrit des symptômes évocateurs de ceux observés avec Schmallenberg : des agneaux présentant une malformation de la mâchoire inférieure et des pattes repliées (arthrogrypose). Impossible de conclure sur un échantillon aussi réduit.
Le virus a également été détecté dans les tissus cérébraux de quatre chevaux décédés en Suisse et dans l’Hérault. Ces animaux avaient présenté des signes neurologiques variés : narcolepsie, tremblements, difficulté à se relever, équilibre précaire… Mais là encore, le lien de cause à effet n’est pas encore formellement établi.
Les alpagas feraient aussi partie des espèces sensibles. Voilà pour le tableau clinique partiel à ce jour.
(1) La présence du virus pourrait remonter à plusieurs mois déjà. (2) Par PCR ou métagénomique. (3) Coût de l’analyse : environ 40 € HT
LIMITER LES SITES DE PONTE : En l’absence de vaccins et de contamination d’individu à individu, la prévention repose essentiellement sur la limitation des sites de ponte des culicoïdes : bâcher les tas de fumiers, retourner les seaux et retirer les pneus aux abords des bâtiments, mettre à défens les points d’eau naturels pour éviter la présence d’eaux stagnantes à proximité des animaux, rentrer les animaux en début et en fin de journée, périodes de forte activité des moucherons afin de limiter leur exposition aux piqûres, nettoyer, désinfecter et désinsectiser systématiquement les bétaillères et les camions, renforcer les mesures d’hygiène quotidiennes dans l’élevage. Traitement symptômatique Faute de traitement spécifique, ce sont les symptômes qui vont être traités pour soulager l’animal pendant la phase virémique : anti-inflammatoires non stéroïdiens, pansement digestif et réhydratation (drunchage) en cas de diarrhée profuse. En parallèle, l’attention doit être portée aux femelles gestantes avec une alimentation équilibrée, complémentée en minéraux et oligoéléments, de l’eau en débit et qualité suffisants.