Dorénavant, les salaisons vendues sous l’appellation “jambon d’Auvergne” ou “saucisson d’Auvergne” devront être fabriquées à partir de porcs nés, élevés, abattus et transformés sur une zone définie par le cahier des charges de la nouvelle IGP (Indication géographique protégée). En chantier depuis dix ans, validée par l’Inao en décembre dernier, cette IGP doit permettre de développer la production “tant au niveau qualitatif que quantitatif”, souligne Bernard Lépinay, animateur de l’Urpal (Union régionale porcine Auvergne-Limousin). C’est pour débattre de sa mise en œuvre que les professionnels de la filière porcine se sont retrouvés dimanche matin sur la fête de la Mangona de Laroquebrou. L’histoire d’un jambon d’Auvergne venu de Belgique...
C’est l’histoire d’un jambon, étiqueté “jambon d’Auvergne”, acheté par
un restaurateur aurillacois à un distributeur cantalien à un prix
inférieur de 1,50 euro/kilo à ce qu’il aurait pu trouver auprès d’un
opérateur local. Félix Puéchal, directeur de Cantal-Salaisons et
vice-président du Consortium des salaisons d’Auvergne, s’est amusé à
remonter la filière : il a découvert que ce jambon avait été fourni
par un grossiste clermontois, qui l’avait lui-même acheté à un
salaisonnier du Tarn, qui avait fabriqué la pièce à partir d’une
matière première issue d’un atelier de découpe belge... Quant à
l’origine du porc, elle reste inconnue (Pologne ?). “Voilà ce qui,
demain, ne sera plus possible avec l’IGP”, a résumé Félix Puéchal, en
remarquant que, du fait de cette banalisation, les salaisons d’Auvergne
sont devenues “des produits premiers prix, mal valorisés”. Parce
qu’elle protègera le mot “Auvergne”, les salaisonniers sont donc
persuadés de l’intérêt de cette IGP, même si, par la voix d’Yves
Joffrois, président de leur association départementale, ils craignent
que les petits ateliers soient pénalisés par des coûts de certification
élevés. Le directeur de l’Urpal a tenté de le rassurer en expliquant
que le recours à des fonds publics et à une mutualisation au sein de la
filière “devraient permettre de réduire ces coûts quasiment à zéro”. Relocaliser, développer et revaloriser la production
L’exposé de Bernard Lépinay a démontré que l’IGP doit permettre de
relocaliser et donc de développer une production régionale largement
insuffisante pour couvrir les volumes de jambon ou saucisson d’Auvergne
actuellement commercialisés. Face à ce constat, les éleveurs
s’interrogent quant à eux sur les moyens qui seront mis en œuvre pour
installer de nouveaux éleveurs, a relevé Patrick Escure, président de
la FDSEA. “On pédale dans la semoule pour mettre en place de nouveaux
élevages”, a confirmé Christian Jouvente, directeur de la Capp, jugeant
qu’il serait “urgent de se mettre autour de la table” pour relancer
cette production. Patrick Escure a quant à lui plaidé pour une démarche
interprofessionnelle et souligné un autre écueil : la nouvelle grille
de paiement du porc qui risque de conduire les éleveurs à privilégier
la production de porcs maigres... qui ne correspondront pas aux
attentes des salaisonniers. “Avec cette IGP, on est assis sur un
potentiel économique important. Il faut donc se soucier de la mettre en
œuvre rapidement”, reprenaient le directeur de la Capp et sa présidente
Germaine Sérieys. Tandis que Denis Cantarel, représentant la
coopérative MC Porc, s’inquiétait du retour de la plus-value aux
producteurs, condition sine qua non pour intéresser de nouveaux
éleveurs.
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