Les doutes français font rugir la filière OGM

- - 4 min

La tension atteint son paroxysme sur le dossier des OGM. Tandis qu'une majorité des Etats européens affiche son scepticisme, les industriels des semences ne cachent pas leur colère.

Entre incompréhension chez les industriels et colère froide à Bruxelles ! La prise de position de Nicolas Sarkozy au sortir du Grenelle de l’environnement sur la suspension commerciale des OGM « en attendant les conclusions d’une expertise par une nouvelle instance » a véritablement secoué le landerneau des acteurs et opérateurs des biotechnologies vertes, en France et en Europe. « En l’état, cette décision est un désastre pour l’agriculture française dont l’Europe ne saurait se passer. Mais il n’y a rien de définitif ! » nous a confié l’une des figures de la coulisse bruxelloise. « Il se pourrait tout simplement qu’en prenant cette position assez dure la France cherche à obtenir en sous-main des compensations financières sur d’autres dossiers. Dans tous les cas de figure, elle ne peut prendre le risque de se mettre dans l’illégalité. »

En mars 2007, en pleine campagne pour les élections présidentielles, les réticences de la France à transposer la directive européenne sur la dissémination d’OGM dans l’environnement avaient valu au pays un recours de la Commission près la Cour de Justice des Communautés Européennes (CJCE). Menacé d’une amende de 38 M€ et d’une forte astreinte quotidienne de plus de 360 k€, le législateur français avait publié d’urgence deux décrets qui auraient dû être pris en 2002. Une décision qui avait attisé, entre autres, la grogne des présidents de Région dont celle du Rhônalpin Jean-Jack Queyanne (PS) une des figures de proue du mouvement « OGM free ».

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Déclaration de guerre

Au regard de cet historique lourd avec la Cour de justice européenne, attaquer de front la directive européenne équivaudrait donc à une vraie déclaration de guerre et pourrait engendrer cette fois une véritable condamnation. « Pour remettre en cause la directive et donc faire jouer la clause de sauvegarde, il faut un élément scientifique nouveau. A ce jour il n’en existe pas ! »nous a indiqué à ce sujet Johan Vanhemelrijck, secrétaire général d’Europabio l’association européenne de la bioindustrie qui regroupe, en outre, les associations nationales des biotechnologies dans les 27 pays membres de l’UE. « Pourquoi faire appel à une nouvelle expertise au regard des études scientifiques approfondies qui ont notamment été menées par Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) et par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) ? Comment peut-il y avoir un doute sur l’intérêt commercial des OGM ? Il suffit pour cela de se rapprocher des agriculteurs français qui ont planté du maïs génétiquement modifié. Il faut encore prendre en compte les 10 millions d’utilisateurs répartis dans 22 pays qui cultivent quelque 102 millions d’hectares de plantes génétiquement modifiées. »

A l’unisson, la bioindustrie s’interroge, elle aussi, sur les doutes de la présidence française et sur la mise en œuvre concrète des annonces faites par Nicolas Sarkozy. « Qui va former en deux mois seulement la nouvelle instance chargée d’évaluer les OGM ? que va-t-elle faire exactement ? Comment sera-t-elle composée? Nous attendons un écrit qui matérialise tout cela », nous a fait savoir un acteur industriel. « Dans tous les cas, si une loi en France vient transposer la directive européenne sur les OGM nous serons satisfaits. » Les agriculteurs français devront pour leur part prendre encore leur mal en patience.

Voir plus

Plus d’articles sur ce thème

Contenus partenaires