Le groupe coopératif Agrial cherche à conforter sa branche laitière
> L'usine de Délicelait à Moyon s'est équipée d'une tour de séchage. Elle produit 250 millions de litres de lait par an. En haut, Arnaud Degoulet, président, et en bas, Ludovic Spiers, directeur général d'Agrial.
Agrial poursuit son développement dans le secteur laitier. Le groupe normand a des projets plein la tête pour consolider son pôle laitier qui a souffert de la mauvaise dynamique des marques de distributeurs. Explications.
En dix ans, le groupe coopératif Agrial a triplé son chiffre d'affaires pour atteindre l'année dernière 3,9 milliards d'euros (contre 1,32 milliard en 2003). « Nous avons senti des tensions sur nos activités agroalimentaires, alors que le pôle agricole a de bons résultats, voire même excellents. Cela ne change en rien notre volonté de construire un pôle agroalimentaire », déclare Arnaud Degoulet, président d'Agrial. Le groupe normand ne compte pas en rester là. Sa branche laitière va connaître de nouveaux bouleversements dans les années à venir avec : l'intégration de la coopérative Coralis – elle devrait être actée lors de son assemblée générale le 5 juin prochain et durant celle d'Agrial le 6 juin –, la fusion programmée en 2015 avec Eurial et un possible rapprochement avec la coopérative normande Les Maîtres Laitiers du Cotentin. En 2013, la branche laitière du groupe a réalisé un chiffre d'affaires de 1,1 milliard d'euros, représentant 29 % de l'ensemble des ventes du groupe, pour une collecte totale de 1,39 milliard de litres auprès de 3 400 adhérents. Alors qu'il y a quelques années, aucun acteur laitier n'aurait misé sur le développement du groupe coopératif sur ce secteur, le paysage laitier français devra désormais bien compter avec lui.
Senagral à la peine
Ceci étant, l'année 2013 n'a pas été bonne pour une partie de la branche laitière d'Agrial. Devenu majoritaire au sein de Senagral (aux côtés de son partenaire Se-noble) à hauteur de 51 % depuis avril 2013, Agrial a subi un marché de l'ultrafrais à marque de distributeur difficile. « L'année 2013 n'a pas été bonne, mais nous sommes en train de prendre en main Senagral et nous sommes sereins pour l'avenir », explique Ludovic Spiers, directeur général d'Agrial. Pour l'instant, « six ou sept branches du groupe supportent le développement de la branche lait, mais cela nous va bien. On en reparlera dans cinq ou sept ans », ajoute le directeur général, confiant dans le modèle de son groupe. L'excédent brut d'exploitation (EBE) de l'ensemble du groupe a connu une progression de 5 % à 142,1 millions d'euros, dont la moitié due au pôle amont et l'autre à ses activités agroalimentaires.
POUSSER FLORETTE VERS L'EST
Après avoir acquis les activités françaises et européennes de Bakkävor, la volonté d'Agrial est désormais de repousser les frontières vers l'est. Actuellement présent en Allemagne grâce à des exportations réalisées à partir de son usine de Cambrai (nord de la France), Agrial voudrait pousser Florette au-delà de l'Europe de l'Ouest. « Nos produits ont une DLC courte de six jours. Si nous poussons vers l'Europe de l'Est à partir de Cambrai, cela fait un peu loin. Donc, nous recherchons activement», explique Ludovic Spiers, précisant sa préférence pour les rachats que les constructions ex nihilo, car « cela va plus vite ». Actuellement, 40 % des volumes comme du chiffre d'affaires sont réalisés par l'entité en France, sur un chiffre d'affaires 2013 de 925 millions d'euros en progression de 27 %.
“ On veut lancer une marque, c'est une obsession "
Senagral a vu ses ventes reculer légèrement à 626 millions d'euros. Pour remonter la pente, Agrial envisage de lancer une marque. Plusieurs possibilités sont évoquées: l'acquisition d'une marque étrangère comme la renaissance de la marque de yaourt La Roche aux Fées, acquise en 2010 et sortie des rayons à la fin des années 90. « On ne s'interdit rien. On pourrait utiliser une marque étrangère ou en créer une. Il y a des étrangers qui aimeraient arriver en France. Mais on veut quand même lancer une marque, c'est une obsession. Nous l'avons fait dans les autres métiers et on a eu raison », commente Ludovic Spiers.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
L'autre activité de sa branche lait, Délicelait, spécialisée dans la fabrication d'ingrédients laitiers pour l'industrie agroalimentaire, se porte nettement mieux, au dire de la direction d'Agrial. Son chiffre d'affaires a progressé de 44% à 111millions d'euros, pour 250millions de litres de lait transformés dans l'usine de Moyon (Manche), soit 70 % de plus qu'en 2012. Le groupe y a investi 12 millions d'euros dans une tour de séchage, mise en service fin 2013. « Nous faisons de la poudre de lait de qualité pour des groupes comme Ferrero ou Unilever», note Ludovic Spiers. Délicelait prévoit de traiter 300 millions de litres de lait cette année.
Le projet de fusion avec Eurial bien avancé
“ Il faut faire des croissances mêmes européennes pour être présents sur les marchés mondiaux "
Concernant le projet de fusion avec Eurial prévu en 2015, le directeur général a affirmé que « le travail était bien avancé pour mettre en place les fondations du projet de fusion ». « Des réalisations concrètes sont déjà tangibles au niveau informatique, logistique ou de production, dans le lait bio par exemple. La société Iris, spécialisée dans la logistique et le transport, a intégré Eurial. Le système informatique de Senagral est également passé chez Eurial », précise le directeur général. Les ambitions d'Agrial dans le secteur laitier sont désormais européennes voire mondiales. « On ne peut pas s'arrêter là, des projets poussent derrière. Il faut faire des croissances mêmes européennes pour être présents sur les marchés mondiaux », indique Ludovic Spiers.
L'exercice 2013 d'Agrial a également été marqué par le rachat de la marque Sunny Delight auprès d'Orangina Schweppes. « Nous allons redynamiser cette marque qui est vendue au rayon frais à côté de Danao. Cela nous intéressait », raconte Ludovic Spiers. Si Danao est produit au sein de la Laiterie de Saint-Denis-de-l'Hôtel, Eclor (branche boissons d'Agrial) cherche un partenaire pour la fabrication de Sunny De-light et fera apparemment jouer la concurrence.
Agrial souhaiterait doubler encore son chiffre d'affaires dans les cinq ans à venir. En attendant, l'année 2014 devrait se terminer avec un chiffre d'affaires de 4,4 milliards d'euros grâce à l'intégration de Coralis. Enfin avec Eurial, Agrial atteindrait un chiffre d'affaires de 5,5milliards d'euros en 2015.