Les investissements ont beaucoup augmenté dans les exploitations laitières entre 2008 et 2015. « L’augmentation est plus que proportionnelle à celle des volumes de lait ; c’est vrai surtout en matériel, un peu moins en bâtiment », constate Benoît Rubin de l’Institut de l’élevage. Résultat, les coûts de production ont été plombés par les charges de mécanisation. D’après les données sur 4 ans des fermes des réseaux Inosys, sur les 107 € d’écart de rémunération /1000 l entre groupes d’exploitations, près de la moitié s’expliquent par la mécanisation et le bâtiment (30 € et 18 €). « Alors qu’il y a 5-10 ans , c’était l’appro (alimentation, engrais) qui expliquait l’essentiel de cet écart" , souligne-t-il.D’où l’importance de travailler sur la maîtrise des investissements."Toute décision d’investissement devrait au préalable faire l’objet d’un calcul pour estimer sa pertinence. Même s’il n’y a pas que l’économie qui intervient dans la décision : il y a aussi le confort de travail, la pénibilité, la vitesse de chantier... » Plus que les exemples en eux-mêmes, voici une méthode pour appréhender la rentabilité d’un investissement.
Calculer le retour sur investissement
Il s’agit de calculer en combien de temps le capital investi est compensé par le cumul des gains annuels dus à l’investissement. Si j’investis 27 000 € dans un boviduc pour produire 700 000 litres de lait et que je gagne 10 €/1000 l en pâturant davantage, je gagne 7 000 € par an : le montant du capital investi est récupéré en quatre ans.
Autre exemple : j’investis dans un semoir très grande largeur qui coûte 40 000 € de plus qu’un semoir classique de 3 mètres et qui permet de gagner 8 jours par an. J’économise en travail 8 j x 12 h/jr x 14,35 €/h(1) = 1 400 €/an. Il faut tout de même 28 ans pour récupérer les 40 000 € d’investissement supplémentaire! Si vous considérez que ce semoir permet aussi un gain de rendement, il faut en plus intégrer une estimation de ce gain dans le calcul.
Calculer le coût du temps gagné
Il s’agit de mettre en balance le capital investi et le coût du travail. On divise le capital investi (ponctionné ou augmenté d’un éventuel coût de fonctionnement, de frais financiers) par le temps gagné. Si l’on reprend l’exemple du semoir grande largeur et qu’on l’amortit sur 12 ans. Le coût du temps gagné est de 40 000 € divisé par le temps gagné sur la durée d’amortissement soit 12 ans x 96 heures par an = 1200 heures. Le coût du temps gagné est de 33 €/heure. L’investissement est disproportionné.
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Ces deux calculs peuvent être effectués pour comparer par exemple deux options de bâtiments.
- Une option qui nécessite un investissement plus faible, mais qui génère des coûts de fonctionnement et un temps de travail supérieur (option A : logettes mixte fumier lisier)
- Une option qui nécessite un investissement élevé, mais qui permet de réduire les coûts de fonctionnement et le temps de travail (option B : logettes caillebotis avec robot racleur)
Sur le plan économique, l’option A est plus coûteuse que l’option B. Il faudra 16 ans pour retrouver le capital supplémentaire engagé ; ce retour sur investissement est légèrement supérieur à l’amortissement du bien. Le coût du temps gagné pour un amortissement sur 15 ans est de 16,5 €/heure. À vous de juger, en fonction du contexte d’exploitation et de votre situation (notamment du montant d’annuités aux 1000 litres) si ce coût est acceptable ou pas.
Cette approche peut aussi être utilisée pour comparer deux installations de traite, l'investissement dans un DAL et le coût d'alimentation des veaux par un salarié, etc.
(1) ici 122% Smic. Libre à vous de retenir une autre rémunération.