“Pour assurer correctement la pollinisation sur le département, il faudrait 20 000 ruches. Mais aujourd’hui, la pollinisation est oubliée et il y a de moins en moins d’apiculteurs en milieu rural”. C’est le cri d’alarme lancé par Christian Carrier, président des apiculteurs du Cantal, à l’occasion de l’assemblée générale du syndicat. Un constat amer mais réaliste d’une situation devenue inquiétante au fil des ans. Le syndicat et le Groupement de défense sanitaire (GDS) apicole regroupent 254 adhérents qui entretiennent 5 150 ruches (en 1996, ils étaient 400 pour 8 635 ruches). “Dans le Cantal, le déclin suit la même courbe qu’au plan national : de moins en moins de ruches et de moins en moins d’apiculteurs. Résultat, et pour la première fois, la récolte nationale était inférieure à 20 000 tonnes en 2006”, relevait Christian Carrier. Le déclin des abeilles
Pour le syndicat, ce déclin a plusieurs causes : l’apiculture a
tendance à devenir plus un loisir qu’un métier (notamment chez les
citadins) et l’hiver 2005-2006 a entraîné des pertes moyennes estimées
entre 30 et 40 %. “Certains agriculteurs baissent les bras. Il devient
de plus en plus difficile de reconstituer un cheptel pour les amateurs
: ceux-ci ne perçoivent en effet aucune aide, alors que les prix de
colonies nues oscillent entre 70 et 100 euros, voire plus. D’autre
part, tous les acheteurs ne trouvent pas d’essaims à acquérir”. Et de
poursuivre : “Pendant longtemps, le Cantal s’est estimé à l’abri de la
pollution de son environnement et pensait que la diversité de sa flore
offrait une attractivité suffisante à nos butineuses. Il n’en est rien,
la pollution est présente, la pression de maladies et parasites est la
même que sur l’ensemble du territoire. Car si tous ces maux
s’arrêtaient aux limites du département, cela se saurait !”. La
pollinisation devient donc un enjeu majeur et pas seulement pour les
apiculteurs. Christian Carrier rappelait que “si la richesse de notre
flore existe encore sur des grandes zones, elle est bien menacée par
ailleurs. Certains coins sont devenus pratiquement stériles pour nos
abeilles domestiques et il est bien difficile d’y apercevoir des
ruches”. Absence de haies et prairies artificielles non mellifères
justifient cette carence. “C’est un paradoxe entre des régions de
cultures intensives qui laissent les fleurs jusqu’à maturité et notre
département qui exploite certaines prairies sans intérêt pour
l’apiculture”. Un rôle essentiel
Le syndicat des apiculteurs essaye depuis bien longtemps de
sensibiliser le plus grand nombre aux risques d’une pollinisation
déficiente. “Les abeilles domestiques sont des insectes pollinisateurs
généralistes de premier plan. Elles participent à la pollinisation
d’un grand nombre d’espèces végétales et contribuent ainsi à la
reproduction de beaucoup d’entre elles. Cette activité est remarquable
tant sur le plan quantitatif que qualitatif. Les fruits et les graines
en bénéficient largement, ainsi que la faune qui s’en nourrit”. Plus
grave : en l’absence de pollinisation par les insectes, et plus
particulièrement par les abeilles, seuls insectes présents en quantité
importante au printemps, la production fruitière est en danger. Des
plantes à floraison précoce comme les pruniers, fraisiers, cerisiers,
pêchers, pommiers, groseillers, framboisiers... verront un rendement
amoindri et de mauvaise qualité. Selon une étude canadienne, des productions comme les pommes, les poires et les cerises
sont déclarées dépendantes des abeilles à 90 %. Certains chercheurs
craignent même que la perte en abeilles et autres pollinisateurs
(bourdon, etc.) ait un impact réel sur l’agriculture. “Cela fait
plusieurs années que nous sommes en-dessous du seuil de 20 000 ruches
et il ne faut plus compter sur les colonies sauvages pour compenser.
Elles ont tout simplement disparu”, notaient les apiculteurs.
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