Depuis des siècles, l’équitation, c’est l’art de l’équilibre sur un animal prêt à bondir. Sur l’obstacle, le cavalier fait corps avec sa monture, uniquement par la plante des pieds posée sur de frêles étriers, tandis que la main dirige les rênes. Dans un milieu conservateur, cette position n’a jamais été véritablement remise en question et l’équipement n’a quasiment pas changé. Si les cow-boys enfoncent l’étrier jusqu’aux talons de leurs santiags, un champion se doit de tenir presque du bout des orteils. Un Sanflorain, Laurent Lantuéjoul, est venu bouleverser cet ordre établi en mettant au point un nouveau support qui permet de poser le pied à plat et d’appuyer sur le talon. “Cela ne change rien à la position du cavalier. Mais plutôt que de vouloir contrôler le cheval, le cavalier accompagne le mouvement de sa monture”, affirme cet inventeur de 39 ans. Premier séduit par le produit avant même sa commercialisation au printemps dernier, Michel Robert, médaillé olympique, avoue se sentir ainsi “connecté avec l’ensemble de son cheval”. Quatre années de recherche
Par le passé, quelques innovations dans l’étrier ont été entreprises
sans jamais remettre en question le maintien du pied. L’étrier “K’vaLL”
constitue un bouleversement. Son système de triangle de suspension et
de plancher intégral apportent selon son concepteur “équilibre,
stabilité et confort”. Lui-même cavalier, “avec une formation très classique”, éleveur et
formateur, Laurent Lantuéjoul s’est d’abord inspiré de sa propre
expérience, ajoutant son goût de la recherche avec à l’esprit l’idée de
faciliter les choses dans l’union homme-animal. Emmanuelle Pougnard a apporté au concept son expérience de professeur
de danse et de formatrice à l’analyse du mouvement. Laurent Lantuéjoul
juge cette approche importante pour expliquer pourquoi et comment
fonctionne l’étrier. Supportant 70 % du poids de notre corps debout, le
talon est particulièrement important dans le maintien de l’équilibre
qui dans le mouvement doit sans cesse être négocié. La cheville sert alors de pivot. Avec un pied posé sur un plancher, l’amortisseur se réalise davantage avec le genou libérant la flexion de
la cheville et apportant une plus grande amplitude. Le dos est alors,
lui aussi, moins en tension. “À l’obstacle, le cavalier gagne du temps pour retrouver son équilibre
à la réception. En endurance, il gagne en confort et donc en fatigue”,
juge Laurent Lantuéjoul.
Conforme au règlement sportif
Durant quatre ans, ce Sanflorain a étudié puis expérimenté et enfin
fait évoluer son produit, ceci dans le plus grand secret. Aujourd’hui,
l’étrier K’vaLL est le fruit d’une collaboration étroite entre son
concepteur, un designer de Biarritz et un industriel thiernois Précis
Plastic. Le produit se veut le plus esthétique et le plus léger possible sans
pour autant déroger aux règles de sécurité. Le tout pour un prix de 135
euros. En plus de l’avantage du poids, le plastic permet un choix de couleurs avec actuellement le noir, le bleu et rouge. Deux tailles deplancher sont disponibles (36-40 et 40-45), en attendant un étrier pour les enfants. “Il a fallu faire des compromis pour le rendre à la fois agréable,
solide et sûr, en convient Laurent Lantuéjoul. En plus de retenir le
pied, en toute sécurité, la cage avant permet une utilisation avec tout type de chaussures donc pour toutes les disciplines sportives et de loisirs”. Il est conforme au
règlement pour être utilisé en concours officiels. Installé à Saint-Flour, la société Equ’La fait également appel au
Centre d’aide par le travail (CAT) local pour l’assemblage, le
conditionnement et la gestion de la vente en ligne sur Internet.
L’Anvar (Agence nationale pour l’innovation et la recherche) apporte
son soutien à ce projet qui a été breveté en France et dans plusieurs
autres pays. A découvrir sur www.kvall.fr/
Du débutant au cavalier confirmé
Les ventes sur Internet progressent, les selleries passent commandes et
Laurent Lanjuéjoul parcourt la France, de concours en salons, pour
vanter l’étrier K’vaLL. Il est confiant et apprécie le changement de
regard porté sur son produit en seulement quelques mois dans toutes les
disciplines équestres. Petit à petit, la curiosité cède le pas à
l’envie d’essayer. Reste à convaincre l’élite de l’équitation, qui
hésite encore à sortir en concours avec. “Je pense que le mouvement
prendra par la base, avec les cavaliers amateurs qui trouveront très
vite confort et performance”, estime Laurent Lantuéjoul. “Je gagne en
qualité, cela change tout à mon modeste niveau”, avoue Thierry,
cavalier sanflorain. Moniteur à Equi-club à Saint-Flour, Laurent
Cazanova remarque, lui aussi, l’intérêt pour l’apprentissage notamment
en gain de temps pour un public adulte. En cross ou en endurance, le
K’vaLL fait son entrée sur les concours avec par exemple Ingrid Goujon,
classée internationale en complet. Et puis il y a les petits coups de
pub comme lors du dernier salon EquitaLyon où le colonel Loïc de la
Porte du Theil, interviewé par la chaîne Équidia sur son départ de la
direction du Cadre Noir de Saumur, a souligné les qualités du nouvel
étrier.
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