Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne dans le Cantal. Cette année, la sécheresse frappe très durement l’Est du département, dans les secteurs de l’Aubrac, de la Margeride, du Cézallier, mais aussi certaines communes des cantons de Vic, de Murat et de Pierrefort. A la tête d’un troupeau mixte à Allanche, Bruno Pagis ne sait pas comment il va s’en sortir. Ses granges sont vides. Plus de stock et une récolte de misère. “J’ai fait 400 balles au lieu de 1000 habituellement”, constate avec dépit l’éleveur. Le calcul est simple : il lui manque 60 % de fourrage. Il ne peut pas compter sur une nouvelle coupe, arrive en rupture de pâture et n’a pas de trésorerie suffisante pour se payer plus de fourrage que les 6 hectares de foin achetés sur pied et fauchés récemment. Etudier la ration qui lui reviendra le moins cher est devenu un vrai casse-tête. Pour l’avenir, il pense carrément à changer son système tout foin naturel. Il envisage l’ensilage de maïs, mais le coût de l’investissement, estimé à 23 000 euros, le freine. Son environnement ne l’encourage guère :
Las, des agriculteurs jettent l’éponge
“J’en connais qui en ont tellement ras-le-bol qu’ils ont tout arrêté.
Beaucoup d’autres disent qu’ils sont prêts à le faire, excédés par les
sécheresses à répétition auxquelles s’ajoute le problème des rats
taupiers ”. Changement de secteur, mais même constat à Saint-Just, dans
le canton de Ruynes. Les prairies autour de la ferme d’Hervé Pelegry
sont dévastées. Pour économiser du fourrage, il vient de vendre les
agneaux qu’habituellement il engraisse. “Par rapport à l’an dernier, il
me manque au moins un tiers de récolte céréalière et 40 % d’herbe”,
affirme-t-il en précisant que l’an passé n’avait déjà pas permis de
faire une bonne récolte. “Et les parcelles ne redémarrent pas comme
elles devraient. Normal, on n’a pas vu de pluie depuis le 8 mai”,
ajoute-t-il, en prenant des voisins pour témoins. Ceux-ci ajoutent voir
les prairies se dégrader d’année en année. Le président de la Chambre
d’agriculture est forcé d’admettre que “depuis qu’on pratique une
agriculture avec autant de réglementations, on ne fait plus d’herbe”.
Prenant exemple sur les terrains granitiques de la Margeride qu’il
connaît bien, Louis-François Fontant remarque que même lorsque les
conditions climatiques sont bonnes, les récoltes restent modestes. “On est en train de les tuer !”
Selon lui, il n’y a plus qu’une solution : “Il faut semer”. Sachant
que, comme l’indique Lucie Rousset, déléguée cantonale de la FDSEA, “le
semi direct ne marche pas”. Le président Fontant admet que les
agriculteurs ne peuvent pas se passer des mesures agroenvironnementales
en terme d’aides ; mais il devient très difficile aujourd’hui de s’y
conformer. “Appliquer ici des mesures qui visent à extensifier, revient
à... extensifier l’extensif dans des exploitations aux revenus
modestes. On est en train de les tuer !”, lance-t-il en appuyant son
discours sur des exemples de dossiers agridif (agriculteurs en
difficulté). A l’heure des négociations relatives à un nouveau cahier
des charges pour la prime à l’herbe (PHAE) applicable en 2008, le
président de la Chambre d'agriculture demande clairement qu’il soit
possible de retourner une ou deux fois les prairies engagées : “Il faut
soutenir ces petites structures, sans quoi on court à un agrandissement
rapide et massif”. Une hypothèse que confirment les délégués syndicaux
des communes de Margeride. Présent également cette semaine sur le
terrain, Patrick Bénézit, secrétaire général de la FDSEA, espère aussi
que l’écriture du cahier des charges de la future PHAE autorisera de
nouveaux volumes d’engrais. “Sinon, ce sont les rats et les sauterelles
qui boufferont le peu qui poussera”, lance-t-il.
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