Anaïs et Anthony Lafage, dirigeants des Serres du Fréty, impliquent l’ensemble de leurs collaborateurs à la protection biologique intégrée (PBI) grâce à une stratégie de formation dédiée. Un vecteur d’efficacité de la PBI mais aussi de management.
Aux Serres du Fréty, entreprise de maraîchage située à Pont-Saint-Martin, en Loire-Atlantique, la gestion de la protection biologique intégrée (PBI) a fortement évolué depuis 2018, notamment pour mettre en place la démarche Zéro résidu de pesticides (ZRP). La formation à la PBI a été l’un des vecteurs de la transformation.
Anaïs et Anthony Lafage, les maraîchers, ont créé un poste de responsable PBI et fait monter en compétences Aurélie Lhériaud, une salariée qui montrait un intérêt pour l’aspect scientifique du maraîchage. Son poste a progressivement évolué vers celui d’une responsable mission santé des plantes et santé (elle est aussi formée SST). En 2023, grâce à deux jours de formation individuelle « Animer et dynamiser le collectif PBI de mon entreprise maraîchère », elle a appris à mieux assumer son rôle dans l’entreprise et mieux faire comprendre sa mission en interne. Très concrète, cette formation comprend notamment des exercices d’actions pédagogiques en situation de travail.
La formation pour gagner en légitimité
Elle a été assurée par Cécile Plantive, fondatrice de Biopicom, entreprise de conseil et formation en PBI, qui accompagne Les Serres du Fréty sur le volet formation PBI depuis plusieurs années. « Au début de ma prise de poste c’était difficile, confie Aurélie Lhériaud. Certains se disaient que j’étais payée pour me promener dans les rangs. Ça a été compliqué de faire comprendre que c’est un poste aussi important que la récolte. Aujourd’hui, j’ai davantage de légitimité, les gens qui travaillent dans la serre osent venir me parler et me poser des questions. »
Différents formats de formation à la PBI
Former la responsable PBI était un premier objectif mais l’entreprise a décidé d’initier plus largement le personnel suite à un audit sur la PBI réalisé avec Biopicom. Deux types de formation sont déployés auprès de personnes en CDI mais aussi en CDD : un format Initiation comportant deux journées pour comprendre les principes de la PBI et les mettre en pratique, un format Découverte sur une demi-journée.
Une première session, en 2023, a permis de former douze personnes en Découverte et six en Initiation. « Nous avons eu un bon retour, se réjouit Anaïs Lafage. Ça joue sur l’image globale de l’entreprise. On a senti aussi qu’il y avait plus de retours d’informations et une reconnaissance. » En 2026, les deux types de formation ont concerné 22 personnes au total. Quelques formations interentreprises pour mise à jour des connaissances se sont ajoutées, si bien qu’au total, une cinquantaine de personnes ont été formées sur trois ans.
Organiser et inciter à la remontée d’informations
Cécile Plantive insiste sur l’importance du facteur humain dans la PBI. Elle a notamment travaillé avec Aurélie sur la façon de diffuser et recevoir l’information auprès du personnel. Aurélie Lhériaud illustre avec le gros problème d’aleurodes rencontré l’an dernier. « Cette année, dès qu’ils ont commencé à en voir, ils ont remonté l’info, je suis intervenue et j’ai prévenu. Ils ont vu la différence. Le fait qu’ils donnent des infos prend un sens pour eux. Ils voient qu’il y a un retour. » Elle constate que désormais « il y a un vrai échange ».
Les salariés peuvent également signaler une observation via le clavier de pointage, en saisissant un code par bioagresseur (aleurodes, pucerons, botrytis…). Ils précisent un niveau d’infestation ainsi que le numéro de rang et de travée. Les signalements remontent sur l’ordinateur d’Aurélie Lhériaud. Elle assure aussi sa mission en participant aux demi-journées Découverte. Depuis trois ans, elle communique sur la santé des cultures en réalisant un petit bulletin mensuel très visuel, affiché sur le panneau d’information du personnel. Elle signale par exemple un essai de produit, un risque d’acariose ou encore parle des ruches. « C’est un moyen de faire vivre l’après-formation sur le long terme, ce qui est indispensable pour être efficace en PBI », apprécie Cécile Plantive.
Mobiliser du temps de travail en saison
Selon Anaïs Lafage, « la contrainte de la formation n’est pas le prix mais le temps. Mobiliser sept heures dix salariés en juin ça fait soixante-dix heures de travail qui ne sera pas fait dans la serre donc il faut réorganiser les tâches en fonction. En plus c’est tombé cette année à une période où il y avait particulièrement beaucoup de travail. On a géré les priorités ». Organiser la formation en pleine saison est pour Cécile Plantive très efficace d’un point de vue pédagogique. « On peut adapter les séances aux possibilités de chaque entreprise, faire un premier temps sur un créneau moins chargé, puis positionner une session au cœur de l’activité biologique ravageurs-auxiliaires pour mettre en pratique », suggère-t-elle.
Anaïs et Aurélie constatent un effet sur la sociabilisation dans l’entreprise. « On prend le temps d’un échange. Ça crée des liens entre différentes personnes de l’entreprise qui ne se seraient pas parlé sinon car travaillant dans différentes serres. On apprend à connaître les gens sous un autre angle », expliquent-elles.
Autre intérêt, cela fait mieux comprendre les mesures de prophylaxie demandées au personnel, les traitements réalisés et les essais en cours.
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L’atout majeur est évidemment la détection précoce de bioagresseurs et donc la réactivité et la précision des apports d’auxiliaires. « Je vais davantage cibler aux endroits plus stratégiques », témoigne Aurélie Lhériaud. Anaïs Lafage considère que c’est déterminant pour atteindre l’objectif Zéro résidu de pesticides. « Cela fait cinq ans que nous n’avons fait aucun traitement de synthèse en tomates en cours de culture », remarque-t-elle. « Lorsque l’on reçoit nos chiffres de consommation au m2 par nos fournisseurs de PBI, ils disent qu’on est des bons élèves. On a mis plus de moyens mais on ne fait pas exploser les coûts », se réjouit Aurélie Lhériaud.
Contourner la barrière de la langue,
Cécile Plantive a mis au point du matériel de formation très visuel avec de nombreuses photos prises sur le terrain. Pour former des personnes non francophones, le groupe est limité à 6 et elle demande à avoir quelqu’un qui puisse traduire. Il y a toujours un temps important passé dans la serre pour privilégier l’information en situation. L’information sur le panneau du personnel n’est pas traduite directement mais « sur chaque document réalisé, il y a toujours un QR code qui dirige vers l’appli de traduction en ligne », précise Anaïs Lafage.
« La PBI demande beaucoup de communication pour fonctionner pleinement »
Cécile Plantive, consultante et formatrice PBI, fondatrice de Biopicom
« J’insiste beaucoup sur la nécessité de former l’ensemble du personnel à la protection biologique intégrée, les CDI comme des saisonniers, ceux qui sont sur le chariot comme ceux qui travaillent en bas, avec des formations appropriées. Former largement crée une nouvelle dynamique dans l’entreprise en améliorant la communication interne. Le responsable PBI a un rôle central mais il ne peut pas tout voir, il a besoin de tout le monde. Chaque collaborateur doit comprendre que l’observation fait partie de sa mission et qu’elle inclut le plant de tomate dans son ensemble. La dimension humaine est très importante car la PBI demande beaucoup de communication pour fonctionner pleinement. Certaines de mes formations font appel à des techniques de coaching pour, au-delà des connaissances, apprendre à organiser les relations avec les autres, à mieux communiquer, à motiver. Les profils des personnes qui travaillent en serre sont très variés mais il est rare que les gens ne soient pas intéressés par la PBI. Les formations sont facturées à partir de 1 290 euros la journée pour 5 à 10 personnes (hors frais de déplacement). Elles sont adaptables aux besoins et contraintes de l’entreprise. »
Repères
Les Serres du Fréty
Surface 4 ha de serres verre
Production 90 % tomate (cerises et anciennes), de début décembre à début novembre (récolte à partir de fin février début mars), 10 % poivrons longs. Au total, une trentaine de variétés.
Création années 1950
Effectif 15 permanents. Jusqu’à 70 personnes en saison