A l’approche des élections municipales de 2026, le monde agricole exprime une inquiétude récurrente : celle d’un effacement progressif des agriculteurs des exécutifs municipaux ruraux. Dans une note de recherche du Cevipof à paraître prochainement les sociologues Pierre-Henri Bono et François Purseigle font le point sur l’évolution de la place des agriculteurs dans les mairies.
« Les agriculteurs ne désertent pas massivement les mairies. Mais cessent progressivement d’y constituer un groupe hégémonique. […] La figure du « maire agriculteur » tend à se banaliser : elle n’est plus celle d’un représentant naturel du monde rural, mais d’un élu parmi d’autres dans des territoires pluralisés », ainsi concluent Pierre-Henri Bono, chercheur au Cevipof, et François Purseigle, professeur des université INP-Agro Toulouse dans une note de recherche « agriculteurs, maires : la recomposition d’une élite rurale » du Cevipof à paraître prochainement, à l'occasion des élections municipales.
La figure du « maire agriculteur » tend à se banaliser : elle n’est plus celle d’un représentant naturel du monde rural, mais d’un élu parmi d’autres
Selon les deux sociologue, l’enjeu pour les municipales de 2026 est « donc moins de savoir si la part des maires agricoles diminuera encore que de comprendre si les agriculteurs continueront à constituer une élite locale structurante ou s’ils deviendront un groupe professionnel politiquement ordinaire ».
Part des maires agricoles : une inflexion marquée en 2020
Selon les données du répertoire national des élus (RNE), entre 2001 et 2014, la part des maires issus du monde agricole (c’est-à-dire exploitants agricoles actifs, retraités et ouvriers agricoles) est demeurée relativement stable passant de 19,2% à 20,7%. Toutefois « l’élection municipale de 2020 marque une inflexion » souligne la note, avec un recul de trois points à 17,8%.
Une baisse particulièrement observée en 2020 dans les communes de moins de 1000 habitants. La proportion de maires agricoles est ainsi passée de près de 29% en 2014 à 25% en 2020 pour les communes de moins de 500 habitants. Pour les communes de 500 à 1000 habitants, la baisse est de 3 points de pourcentage (17% à 14%). Pour les communes de 1000 à 1500 habitants, la part des maires agricoles passe de 11% à 10%.
La note du Cevipof montre ainsi un déplacement des maires agricoles vers les communes de 500 à 3500 habitants. Ainsi alors qu’en 2001, 79% des maires agricoles étaient élus dans des communes de moins de 500 habitants, en 2020 cette part tombe à 74%. A l’inverse, seulement 6,5% des maires agricoles étaient élus dans des communes de 1000 à 1500 habitants en 2020 contre 9,3% en 2020.
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Les maires agricoles n’ont jamais autant gouverné de territoire depuis 2001
Résultat : « bien que moins nombreux en 2020, les maires agricoles n’ont jamais autant gouverné de territoire depuis 2001, pour une part de population équivalente », notent Pierre-Henri Bono et François Purseigle. En 2001, les 19,2% de maires agricoles gouvernaient 15,2% du territoire et 4,8% de la population. En 2020, les 17,8% de maires agricoles gouvernaient 17,8% du territoire et toujours la même part de population.
Cette propension des agriculteurs à se présenter dans des communes plus peuplées contribue à rapprocher leurs comportements et leurs résultats électoraux de ceux des autres édiles. Ainsi alors qu’en 2008, 80% des maires agricoles sortants se représentaient, contre 67% pour les autres maires, cette proportion tombe à 72% en 2020 (contre 68% pour les autres maires). Quand 11% des maires agricoles étaient battus en 2008 (contre 14% pour les autres), cette part monte à 13% en 2020 (contre 14% pour les autres maires).
Les données disponibles ne permettent pas d’affirmer une disparition tendancielle des maires agricoles. Elles révèlent en revanche la fin probable de leur hégémonie
« Les données disponibles ne permettent pas d’affirmer une disparition tendancielle des maires agricoles. Elles révèlent en revanche la fin probable de leur hégémonie », peut-on lire en conclusion de la note qui précise que « le pouvoir municipal rural n’est plus l’extension quasi naturelle de la domination économique agricole mais devient un espace de concurrence entre groupes sociaux pluralisés : néo-ruraux, cadres périurbains, retraités qualifiés et entrepreneurs non agricoles ».
Pour autant pour l’heure, près de 4 agriculteurs sur 5 évaluent un monde agricole « sans tension avec le maire », selon une enquête Vox-Agri menée auprès de 700 agriculteurs en janvier et février 2026 en partenariat avec le groupe Reussir et INP Agro Toulouse, chaire Germea. 54% des agriculteurs jugent leurs relations avec le maire bonnes et 24% très bonnes.