Comment l’innovation fait évoluer l’élevage porcin breton

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Les journées Innov'action permettent aux chambres d'agriculture de diffuser les connaissances acquises dans les exploitations. Crédits : © Chambre d'agriculture de Bretagne
La décennie 2003-2013 a mobilisé de très nombreux acteurs pour assurer la mise en groupe des truies gestantes. Crédits : © Chambre d'agriculture de Bretagne

Une analyse rétrospective de la chambre d’agriculture de Bretagne dévoile comment recherche, accompagnement et dynamique collective ont contribué à l’évolution des pratiques en élevage pour améliorer la santé et le bien-être animal.

L’évolution des attentes sociétales, les nouvelles réglementations et les crises sanitaires ont participé à faire évoluer la filière porcine bretonne au cours des trente dernières années.

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Pour objectiver ces transformations, la chambre d’agriculture de Bretagne a conduit une évaluation de l’impact des actions de recherche, d’innovation et de développement. La thématique retenue est celle de la santé et du bien-être animal. Cette étude de cas, centrée sur le maillon élevage, analyse comment les connaissances produites, les outils développés et les dispositifs d’accompagnement ont généré des impacts sur le bien‑être animal, la santé, l’économie des exploitations et les conditions de travail des éleveurs et leurs salariés. Elle démontre que trois grandes catégories d’acteurs aux rôles interdépendants permettent la diffusion des innovations lorsqu’elles interagissent de manière cohérente :

Les acteurs principaux (instituts techniques, INRAE, chambres d’agriculture) produisent les références, testent les solutions et accompagnent leur diffusion.

Les acteurs influents (pouvoirs publics, interprofession, syndicats agricoles) structurent le cadre réglementaire, orientent les investissements et soutiennent les transitions.

Les acteurs impactés (éleveurs, groupements, opérateurs de filières) mettre en œuvre les solutions transformantes.

Cette structuration éclaire le rôle central des stations expérimentales, des dispositifs de formation des constructions de politiques publiques et des acteurs des filières pour passer de résultats de recherche à des pratiques adoptées à grande échelle.

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Bien‑être animal : évolution progressive

Les transformations les plus visibles concernent le logement des animaux. Le passage des truies gestantes en groupe, engagé depuis les années 2000, est passé de 10 % des élevages en 2003 à 100 % en une décennie. Pour cela les acquis des projets conduits dans les stations expérimentales dès les années quatre-vingt ont permis de calibrer les équipements et les pratiques d’élevage puis d’accompagner les éleveurs. Parallèlement, l’enrichissement des cases s’est généralisé et des outils de diagnostic comme BEEP (bien être en élevage porcin) de l’Ifip permettent d’évaluer de manière objective le bien‑être en élevage. La production de mâles entiers ou immunocastrés ou encore l’arrêt de la caudectomie démontre la capacité de la filière à intégrer progressivement des alternatives à des pratiques douloureuses. Les témoignages recueillis montrent que ces évolutions profitent autant aux animaux qu’aux éleveurs, qui évoquent des bâtiments plus lumineux, plus ergonomiques, mieux adaptés au travail quotidien. Elles contribuent aussi à améliorer l’image de la filière auprès du grand public et des acteurs des territoires.

Santé animale : prévention et biosécurité

Les stratégies de prévention sanitaire ont permis une diminution de l’usage des antibiotiques de 67 % entre 2011 et 2022. Les dépenses en traitements curatifs ont reculé de 9 % entre 2006 et 2016. Les éleveurs se sont approprié la biosécurité, la vaccination raisonnée et les outils de suivi des élevages. Cette dynamique renforce la résilience sanitaire des élevages et leur capacité à répondre aux crises, notamment face aux risques émergents comme la peste porcine africaine. Ces évolutions ont aussi permis le développement de segments différenciés comme les filières « sans antibiotique », qui représentaient 15 % de la production en 2020.

Économie et social : investissements structurants

Les évolutions ont nécessité des investissements importants : la mise aux normes du logement des truies gestantes représente près de 300 millions d’euros en Bretagne. Au-delà des aspects économiques, la montée en technicité est l’un des résultats les plus marquants. Les professionnels ont renforcé leurs compétences en biosécurité, conduite des maternités liberté, gestion sanitaire et analyse de données. Ces gains de compétences et l’évolution des conditions élevages qui y sont associées améliorent l’attractivité du métier pour les éleveurs ou les salariés, facilitent la transmission des exploitations et renforcent la cohérence avec les principes du One Welfare, qui lient bien‑être animal, bien‑être humain et performance globale.

Une transition progressive et collective

La chronologie des actions montre que les innovations ne se diffusent durablement que lorsqu’elles s’appuient sur un socle de références éprouvées, un accompagnement technique et un cadre réglementaire cohérent. La levée des freins sociaux, techniques, économiques à l’adoption de nouvelles pratiques demande cependant du temps. La combinaison entre la production de connaissances et d’outils opérationnels, leur déploiement et la construction de nouvelles politiques publiques est un processus long pour aboutir à de réelles transformations en élevage et générer des impacts. Par exemple le logement des truies en groupe a pu être généralisé rapidement, alors que d’autres évolutions, comme l’arrêt de la caudectomie ou la transition des maternités liberté, nécessitent des ajustements plus progressifs et un accompagnement renforcé. Cette étude illustre par ailleurs l’importance d’une évaluation régulière et multicritère des actions de recherche et développement pour maximiser leurs impacts sociétaux et pouvoir s’engager dans de nouveaux programmes de recherche pour répondre aux enjeux de demain.

Mathieu Merlhe, [email protected]

Chambre d’agriculture de Bretagne

Analyser les impacts de la recherche appliquée

L’étude repose sur une méthode développée par l’Inrae et adaptée par les instituts techniques et le ministère de l’agriculture pour évaluer les impacts sociétaux de la recherche appliquée sur cinq dimensions : économie, santé, politique, environnementale, et sociale. Cette approche combine une analyse bibliographique scientifique, technique et réglementaire avec vingt‑deux entretiens approfondis auprès d’éleveurs, conseillers, ingénieurs, chercheurs et responsables de filières.

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