À la suite de la sécheresse prolongée de cet été, les éleveurs de porcs en fabrication d’aliment à la ferme doivent adapter leurs formules et leurs pratiques pour faire face aux récoltes de maïs grain en baisse, comme en témoignent ces producteurs de Bretagne et Pays-de-la-Loire, accompagnés de leur groupement Porc Armor Evolution et Evel’up.
Alors que les récoltes de maïs grain ont chuté jusqu’à 80% dans les cas les plus extrêmes à cause de la sécheresse de l’été 2026, les éleveurs de porcs possédant une fabrique d’aliment à la ferme (FAF) doivent s’adapter à ces manques.
Certains territoires ont été plus touchés par les sécheresses que d’autres, notamment en Bretagne : « Je suis éleveur dans le Nord-Finistère, près de la mer, ma récolte a été un peu plus faible mais j’ai moins souffert de la sécheresse que d’autres éleveurs du Morbihan par exemple. Un de mes voisins a même eu la récolte qu’il attendait », témoigne un éleveur au sein de la coopérative Porc Armor Evolution. Même constat pour Laurent Abhervé-Guéguen, éleveur dans le Nord-Finistère et responsable de la commission matière première à Evel’Up. « Nous avons des retours très divers de la part des éleveurs, où chaque cas est différent. Mais en sortant de trois très bonnes années sur le maïs, certains éleveurs avaient encore de la matière première disponible. » Chez Eric Bernier, éleveur de 200 truies naisseur-engraisseur à Lys-Haut-Layon, entre Cholet et Saumur, la récolte a été moins bonne que les autres années. « J’ai entre 8 et 10 ha de maïs, mais cette année, je l’ai vendu à un de mes voisins pour faire de l’ensilage, quand il en manquait cet été ».
« Les solutions à apporter sont très différentes en fonction des localisations, du type de production et de la capacité de stockage » - Bleuenn Lahuec, responsable nutrition et FAF à Porc Armor Evolution.
Remplacer le maïs par du blé en ajustant les formules
S’il n’y a pas de récolte de maïs ou que celle-ci est insuffisante, alors, il faut passer aux achats en blé. Le prix d’intérêt du maïs dépend principalement du prix du tourteau de soja, du type de formule et du prix des acides aminés. « La grande majorité du maïs qui n’a pas pu être récolté sera remplacé par du blé, avec des taux d’incorporation différents étant donné que le maïs est moins riche en protéines que le blé », indique Bleuenn Lahuec, responsable nutrition et FAF à Porc Armor Evolution. Pour aider les Fafeurs dans leurs décisions, le groupement Evel’Up a calculé un différentiel de prix d’intérêt entre maïs et blé à ne pas dépasser pour faire entrer le maïs en formulation. Ce différentiel se situe entre 7 et 16 €/tonne, séchage déduit. Il varie en fonction du prix du soja, du type de formule et du taux d’incorporation de maïs : « par exemple, pour un blé à 257 €/tonne, le prix du maïs, séchage déduit, ne doit pas dépasser 240-245 €/tonnedans l’idéal », explique Solène Launay, conseillère nutrition FAF et matières premières à Evel’Up. « La directive que nous donnons, c’est de ne pas courir après le maïs à n’importe quel prix », poursuit-elle. Il est aussi possible de réduire le maïs en formulation par l’achat d’orge ou de triticale selon les prix. Pour les deux groupements bretons, il s’agit de faire passer un message d’économie de ses céréales. « D’autres éleveurs peuvent faire le choix de passer en aliment complet sur un ou plusieurs stades, pour compenser les faibles récoltes », ajoute Solène Launay.
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Eric Bernier, lui a choisi de diversifier ses cultures depuis quelques années déjà. « Nous allons compenser le manque de maïs dans les rations par du blé, mais pas uniquement. Sur mon exploitation, je cultive aussi de l’orge, du sorgho et de la féverole d’hiver. » Ces ressources lui permettent également de compenser l’absence de récolte de maïs pour son exploitation cette année. Un autre éleveur dans le Finistère a fait lui aussi le choix de faire entrer plus d’orge dans ses formulations. Pour son groupement Porc Amor Evolution, le plus important est de former les éleveurs. « Nous aurons de plus en plus d’années exceptionnelles comme celles-ci, et il devient urgent de sensibiliser les éleveurs à la diversification des matières premières et cultures dans certaines régions », ajoute Bleuenn Lahuec. Il est également possible de diversifier les matières premières en incorporant des co-produits alimentaires, jugés particulièrement intéressants lorsque certaines matières premières viennent à manquer.
Vigilance sur le stockage
Les conditions d’approvisionnement doivent être raisonnées en fonction des capacités de stockage disponibles. « Le facteur limitant c'est la capacité de stockage, indique Bleuenn Lahuec. Plus un éleveur a de la diversité de stockage et plus il sera flexible pour stocker différentes matières premières, reformuler ou faire entrer des co-produits. » Un grand point de vigilance est mis en avant par les deux groupements concernant les silo-tours qui ne pourront pas être remplis entièrement. À moins de 40 % de remplissage, le risque de mauvaise conservation est élevé, et il faut consommer la matière première rapidement. Il est possible pour les silos tour qui ne sont pas remplis entièrement d’ajouter de la glace carbonique dès la récolte. « C’est la technique développée par Laurent Ferchal, indique Bleuenn Lahuec, qui permet de saturer plus vite le stockage en CO2 et empêcher la dégradation du grain par l’oxygène ».
Les deux coopératives alertent sur la nécessité d’analyser finement la matière première pour optimiser ses céréales. Avec la sécheresse, la qualité du maïs a aussi pu être affectée. La coopérative Evel’Up s’est même équipée pour le diagnostic des matières premières. De plus, le maïs très sec est beaucoup plus difficile à broyer, et il faut rester attentif sur la granulométrie. Evel’Up rappelle que le maïs doit comporter moins de 25% de particules supérieures à 1,6 mm.
Être actif sur les outils des marchés pour maîtriser son prix de revient
Le groupement Porc Armor aide aussi les éleveurs à se former sur les outils du marché. « Ce n’est pas très compliqué, témoigne un administrateur, il suffit de se créer un compte et d’apprendre comment cela fonctionne ». L’éleveur s’est formé sur ces outils il y a plusieurs années, pour sécuriser les prix qui lui conviennent, sans avoir de regrets. Ainsi, il maîtrise mieux ses coûts de revient, pour moins subir le marché. « Tous les éleveurs se demandent s’il faut faire des rachats, si oui, quand et à quel prix. Le but est que chaque éleveur puisse connaître à l’avance son prix de revient pour mieux le maîtriser, et faire face à ce type d’évènement. A Porc Armor Evolution, nous aidons aussi les éleveurs à se former aux outils du marché, pour qu’ils subissent le moins possible la volatilité des prix », raconte Bleuenn Lahuec.