La sécheresse a compliqué les semis de colza dans de nombreuses régions, et aux difficultés de levées se sont ajoutées des attaques inhabituelles de punaises. Les colzas sont très hétérogènes et souvent peu développés à l’entrée de l’automne.
La campagne 2026-2027 démarre sous tension pour le colza. Entre sécheresse persistante et attaques de punaises, les semis de colza sont en souffrance. « La situation est très variable selon les zones, indiquait Benoît Piétrement, président d’Intercéréales, le 8 septembre. Certains semis n’ont pas été faits, certains colzas ont levé, mais végètent depuis. Les colzas qui ont bénéficié de pluies d’orage s’en sortent plutôt bien. Tous les cas de figure existent. »
Le retour des précipitations dans la deuxième partie d’août a permis de lancer une grande partie des chantiers, mais de manière très inégale selon les secteurs. Sur le territoire de NatUp (Normandie et nord du Bassin parisien), « les colzas semés entre le 20 et le 25 août ont démarré dans de bonnes conditions, et ça se passe plutôt bien en termes de développement », rapporte Evan Motte, référent agronomie de la coopérative. En revanche, les semis réalisés après le 25 août ne lèvent pas, « notamment sur les plateaux séchants et caillouteux », rapporte le responsable. Dans le nord de la Nouvelle-Aquitaine, « il y a des secteurs où rien n’est encore semé, d’autres en partie, d’autres où tout est semé. Il y a aussi des ressemis », énonce François Thomas, responsable agronomique grandes cultures chez Océalia.
Une sole de colza encore difficile à évaluer
Cette hétérogénéité complique l’estimation de la sole qui restera effectivement en place. En Lorraine, David Meder, directeur terrain pour la coopérative EMC2, indique que la sole initialement prévue était identique à celle de 2025. Mais au 20 septembre, seulement 80 % des surfaces ont été réellement semées avec beaucoup d’incertitude pour la suite. « Sur les 80 %, un tiers est viable de manière certaine, 15 à 20 % sont voués à l’échec et une autre culture sera semée derrière, et les 50 % restants sont incertains. On connaîtra l’issue au cours de l’automne ou à la sortie de l’hiver. » Face aux conditions sèches qui perdurent, David Meder estime que les colzas qui sont à 4 feuilles « sont sauvés ». En revanche, ceux qui sont entre cotylédons et 2 feuilles « vont régresser s’ils prennent 15 jours de sec et de vent ».
Chez Océalia, 85 à 90 % de la surface prévue en colza a été semées à mi-septembre, « mais il est difficile de dire aujourd’hui ce qui va rester au final », indique François Thomas. Des semis restent possibles jusqu’à fin septembre dans la région, mais avec davantage de risques. « Tout dépendra de la pression des ravageurs et du climat de l’automne. »
Même prudence chez Axéréal (Centre-Val de Loire et Berry) : « À ce stade, il est encore difficile d’établir une estimation consolidée des surfaces de colza implantées sur le territoire. Les situations demeurent contrastées selon les secteurs. » Les équipes techniques font état de surfaces non semées ou de levées insuffisantes dans de nombreuses parcelles. Mais la tendance n’est pas partout à la baisse. Chez NatUp, la sole de colza devrait progresser, notamment en remontant vers le nord du territoire. « Les surfaces sont à la hausse au détriment de certains contrats pommes de terre au vu du contexte difficile de la filière », observe Evan Motte.
Des attaques de punaises parfois destructrices
Les difficultés d’implantation se retrouvent dans les stades observés à la mi-septembre. Chez Océalia, les colzas sont en moyenne à deux à trois feuilles. Certaines parcelles souffrent encore du manque d’eau. « On voit des colzas qui deviennent violets, les feuilles flétrissent », indique François Thomas. Chez Axéréal, « les colzas observés présentent majoritairement un stade compris entre une et deux feuilles.Les plus avancés atteignent huit à neuf feuilles, tandis que de nombreuses parcelles sont encore en cours de levée. » En Normandie, les colzas semés autour du 20 au 25 août sont généralement à deux-trois feuilles, les plus avancés atteignant quatre feuilles.
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À ces difficultés se sont ajoutées des populations inhabituelles de punaises dans plusieurs bassins, un ravageur pour lequel il n’existe, à ce jour, pas de méthode de lutte spécifique. Chez NatUp, le phénomène est observé « en Eure-et-Loir, dans le Vexin normand, aux portes du Havre et dans le pays de Caux », détaille Evan Motte, qui précise que les punaises arrivent souvent de parcelles voisines après le déchaumage des repousses de colza. Les conséquences sont très variables : « Cela va d’une simple infestation en bordure à des parcelles entièrement envahies qui ont dû être ressemées. Les punaises peuvent entraîner un flétrissement complet de la plante, et les pieds touchés meurent. »
Chez Axéréal, « la pression des punaises est supérieure à celle habituellement observée sur plusieurs zones », et des dégâts de fourmis sont signalés localement, notamment dans la Nièvre. François Thomas d’Océalia mentionne également davantage de fourmis et de larves d’insectes du sol cette année. À l’opposé, en Lorraine, David Meder parle de « quelques dégâts par endroits » et considère que « c’est un problème à la marge, comparé au sec ».
Des colzas fragilisés pour la suite de la campagne
L’état des colzas conditionne désormais leur capacité à supporter d’autres stress. Terres Inovia fixe traditionnellement un objectif de colza à trois à quatre feuilles avant le 20 septembre, pour faire face aux grosses altises. « Il faudrait que le stade quatre feuilles soit vite atteint maintenant, car on commence à détecter des altises et les premières piqûres sont assez importantes, alerte Evan Motte. Punaises et altises vont provoquer beaucoup de stress pour la plante. » La problématique des altises reste, comme pour les punaises, secondaire pour l’instant en Lorraine. « La pression est faible », énonce David Meder.
La question du désherbage est, elle, généralisée. « Il y a beaucoup de repousses de céréales, car il n’y a pas eu de faux semis, et le manque d’hygrométrie rend les antigraminées peu efficaces. Cela impacte aussi le développement du colza », constate Evan Motte. Même problème chez Océalia. « On voit des repousses d’orge dans certaines parcelles, c’est catastrophique », rapporte François Thomas.
Lorsque le colza n’a pas pu être implanté ou doit être retourné, se pose la question de la culture de remplacement. « Mais quoi ? s’interroge Benoît Piétrement. Agronomiquement, faire un blé sur blé est loin d’être idéal. » Une succession de céréales accroît notamment les difficultés de désherbage et certains risques sanitaires. En Lorraine, David Meder indique que les polyculteurs-éleveurs vont en profiter pour semer des dérobées ou du maïs fourrage pour reconstituer leurs stocks fourragers.