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Agrivoltaïsme : Une installation conciliant des canards en plein air et du solaire

La société de développement Technique Solaire investit dans des champs d’ombrières photovoltaïques chez des éleveurs de volailles sur parcours. Visite atypique chez David Pasquay, le premier d’entre eux.

Dans trente ans, David Pasquay et sa fratrie seront propriétaires d’un énorme site de production d’électricité photovoltaïque d’une puissance de 6,2 Mégawatts crête, produisant 7,3 millions de KWh par an. C’est l’équivalent de la consommation annuelle moyenne de 1530 foyers (1).

« En 2016, au moment de la première crise d’influenza aviaire, tout le monde s’interrogeait sur comment garder les canards à l’extérieur tout en les protégeant de l’avifaune. J’ai répondu à la proposition étonnante de Technique Solaire qui me proposait d’installer des panneaux sur le parcours de mes canards à gaver, notamment pour les protéger du soleil et des intempéries et également pour limiter les contacts directs avec la faune sauvage. De plus, j’ai voulu apporter concrètement ma pierre à la transition énergétique. C’est une démarche de long terme. »

L’installation de 33 000 m2 s’étend sur une parcelle agricole de 7 hectares. Il y a un an encore, c’était le terrain de jeu de canards mulards. Après des travaux perturbés par le mauvais temps fin 2019, puis par la Covid-19, la construction des douze rangées de 250 mètres de long s’est achevée au début du mois de septembre. Et d’ici fin 2020, les premiers électrons seront injectés dans le réseau, à 14 km de Rom où se situe l’installation (Deux Sèvres).

Un projet compatible avec l’élevage en plein air

Le développeur Technique Solaire a investi environ 6.5 millions d’euros. En échange de la mise à disposition du terrain pendant 30 ans, David Pasquay a aussi obtenu l’usufruit d’un bâtiment, porteur de panneaux, qui abrite les canards, qui par sécurité ont été préalablement démarrés dans une poussinière extérieure (chauffage au gaz).

L’éleveur estime son gain en nature à au moins 100 000 euros, l’équipement intérieur et une partie du bardage isolé restant à sa charge. « Pour l’élevage plein air, nous avons imaginé une ombrière-volière en 2016, qui alterne de hautes rangées de panneaux et des filets les reliant, de manière à former une structure fermée de tous côtés », résume Anthony Sere, responsable des projets grandes toitures chez Technique Solaire.

Faire naître de tels projets prend du temps. « Le temps de développement est plutôt de deux ans, précise Anthony Sere, mais cela a été plus long chez David Pasquay, ce projet étant le premier de ce type. » ll a fallu monter le dossier administratif, obtenir les autorisations, remporter un appel d’offres national, construire les ombrières et creuser la ligne électrique jusqu’au réseau. « Comme dans une installation photovoltaïque ordinaire, le coût de raccordement peut faire renoncer à un projet. Pour rester compétitif, on évite de dépasser 10 % de l’investissement en frais de raccordement » ajoute le développeur.

D’autres projets similaires sont en cours avec du faisan, de la pondeuse, et même du poulet assure le développeur.

Prouver que le concept fonctionne

Après une année à suivre les travaux, c’est au tour de David Pasquay de prendre possession du nouveau bâtiment d’élevage de 1800 m2.

Le premier lot de canetons a démarré début septembre dans une poussinière extérieure et a été transféré à quinze jours. L’éleveur aura à se familiariser à ce bâtiment atypique et à gérer le parcours différemment. Sous les rangées de panneaux, comment se comportera la végétation recevant moins de soleil et de précipitations ?

Technique Solaire a installé ses panneaux assez hauts et inclinés, avec un espace de 8.5 mètres exposé au soleil et à la pluie. Il reste aussi à savoir à quelles conditions les pouvoirs publics accepteront de déroger à la claustration lors des périodes à risque influenza. « Nous sommes prêts à accompagner l’adaptation du site, souligne Anthony Sere. Nos filets ont un maillage carré de 5 cm qu’on pourrait réduire dans certaines rangées. Cela demande à être étudié, mais il ne faudrait pas que les règles changent trop fréquemment… »

S’il est peu probable que des dizaines de sites similaires verront le jour, ce concept innovant peut en inspirer de plus modestes, pour combiner bien-être animal, énergie solaire et agroforesterie sur les parcours. Place à l’imagination…

(1) 4770 KWh de consommation moyenne par foyer de 4 personnes en 2018 (selon Insee et RTE)

Les plus des ombrières-volières

- synergie entre l’activité agricole et la production d’énergie verte ;

- bien-être animal amélioré par les zones ombragées, la protection contre les intempéries, des couloirs de vol en gibier ;

- minimisation du contact direct entre oiseaux élevés et faune sauvage ;

- protection contre les prédateurs ;

- investissement limité pour l’exploitant.

Un bâtiment mono pente à adapter

Construit au cœur du site, le bâtiment au sol bétonné fait 180 mètres de long pour 10 m de large. Il pourra abriter 9000 canards en période de mise à l’abri obligatoire. Avec sa solide charpente industrielle mono pente, son objectif premier est de soutenir des panneaux. David Pasquay a fait réaliser des adaptations : remplacer la laine de roche du bardage par du polyuréthanne, mettre des trappes de chaque côté, créer une ventilation naturelle transversale.

L’alimentation est désormais automatisée. Afin de pouvoir nourrir tous les canards en même temps, une seconde gaine à spires achemine l’aliment jusqu’au centre pour les mangeoires de la seconde partie. La charpente pouvant supporter du poids, un dispositif de paillage suspendu est envisageable.

Les chiffres à retenir

- 6200 KWc installés et 7,3 millions de KWh produits par an ;
- 19404 panneaux photovoltaïques de 1.7 m par 1 m ;
- 11 travées sur poteaux, avec 1617 panneaux répartis sur 250 m de long et 11 m de large ; chaque rangée a une emprise au sol de 10 m, à 3 m du sol au point bas et à 6 m au faîtage (pente de 15 degrés) ;
- 1 bâtiment central d’élevage avec 1617 panneaux ;
- 11 espaces intercalaires de 8,5 m de large, recouverts de filets reliant les travées ;
- un pourtour clôturé de filets verticaux et d’un grillage métallique.

Une nouvelle étape pour l’exploitation

David Pasquay, 42 ans, est installé depuis 2001 sur la ferme familiale située à Rom, à 55 km à l’ouest de Niort. Il a commencé par élever des canards prêts à gaver (pag) en bande multiple dans un 600 m2, en partie gavés dans la salle de 1000 places de ses parents.

Aujourd’hui, après leur retraite et celle de son oncle, il a trois salariés pour deux salles de gavage de 1040 places et un droit à produire de 12 000 canards pag par an. Le nouveau bâtiment va lui permettre de retrouver ce volume tombé à 2000 depuis l’arrêt de la bande multiple et l’obligation d’abriter 5 canards par m2 de bâtiment.

Développeur en énergies renouvelables

Le métier de Technique Solaire est de développer, de financer, de construire puis d’exploiter et de maintenir des installations photovoltaïques chez des hébergeurs et de vendre l’électricité à des fournisseurs d’énergie.

Créée en 2008, la société a commencé dans l’agricole par des hangars clés en main de moins de 500 KWc montés gratuitement, une activité qu’elle poursuit. Désormais, elle s’oriente également sur des équipements de grande taille (de 0.5 à 8 Mégas watts). Des ombrières, serres, parcs au sol ou flottants réalisés après avoir remporté un appel d’offres de la Commission de régulation de l’Énergie.

« Chacun de nos projets est spécifique. Il nous faut tenir compte de l’activité du partenaire, qu’elle soit industrielle (toiture d’usines), commerciale (parking de grande surface) ou agricole comme chez David », indique Anthony Sere. Elle développe aussi une activité méthanisation.

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