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Dossier Pays-Bas
Un modèle libéral, ouvert et proactif

Historiquement tournés vers le commerce international, les Néerlandais ont mis en place un système de production original et compétitif avec des opérateurs réactifs aux évolutions du marché.

Poulailler construit en 2008 par Patrick Van den Hurk. « Par rapport à d’autres pays, le niveau d’équipement est très élevé, avec des investissements permanents à tous les niveaux de la chaîne. »
Poulailler construit en 2008 par Patrick Van den Hurk. « Par rapport à d’autres pays, le niveau d’équipement est très élevé, avec des investissements permanents à tous les niveaux de la chaîne. »
© P. Le Douarin

«En théorie, le système d’intégration verticale est économiquement le plus efficace et qualitativement le meilleur grâce à la maîtrise complète de la chaîne, explique Peter Van Horne, professeur d’économie et chercheur à l’Université de Wageningen. Mais force est de constater que l’aviculture néerlandaise, qui et une des rares à ne pas l’appliquer, fonctionne très bien. » Pour ce spécialiste des filières avicoles, le choix libéral qui a été fait depuis de nombreuses années a en quelque sorte « sélectionné » des entreprises, éleveurs compris, qui se sont bien adaptées. « Les éleveurs disent qu’ils ne veulent pas être cantonnés au rôle de « baby sitters » de leurs volailles. Même si c’est risqué, ils veulent des responsabilités et être des entrepreneurs. » Chaque maillon de la chaîne de production (éleveur, couvoir, fabricant d’aliment, abattoir) est financièrement indépendant des autres. « À l’exception de l’intégration légère pratiquée par le fabricant d’aliment du bétail De Heus », souligne Alex Spieker, secrétaire de la branche avicole du LTO, le puissant syndicat des agriculteurs. « Jusqu’au début des années 2000, le pouvoir de décision était aux mains des compagnies d’alimentation animale, précise Nan-Dirk Mulder, spécialiste mondial du secteur des viandes chez Rabobank. Avec la réorientation vers le marché du frais, l’aval a repris le dessus. » Les contrats existent cependant. Passés sur le moyen terme, ils permettent d’organiser le fonctionnement de la chaîne d’approvisionnement. Les éleveurs peuvent acheter les poussins et les aliments où ils veulent et les vendre à l’abattoir de leur choix. « Chaque éleveur va faire ses courses et essaie ensuite de vendre au meilleur prix pour lui », résume Peter Van Horne.

Compétition stimulante pour les fermiers et les entreprises


La règle libérale et de la mise en concurrence se traduisent par une plus forte émulation. Par exemple, « depuis deux ans, nous nous sommes rendu compte que la qualité de l’aliment jouait sur les taux de pododermatites et sur la quantité d’antibiotiques consommés », illustre Alex Spieker. Nan-Dirk Mulder en cite un autre. « Nous avons des sociétés leaders dans le domaine des technologies d’élevage et d’abattage-transformation. Elles utilisent les Pays-Bas comme centre d’essais de leurs innovations. » De ce fait, comparativement à d’autres pays, le niveau d’équipement est très élevé, avec des investissements permanents dans les outils à tous les niveaux de la chaîne.Peter Van Horne compare les coûts de production entre les pays. Selon sa dernière étude à paraître avant l’automne, « les coûts de production sortie élevage sont assez proches entre les Européens. Ils ne diffèrent que de quelques centimes. Mais ces centimes sont importants pour la marge. » Malgré les surcoûts liés aux diverses réglementations, les Pays-Bas restent les plus compétitifs, devant l’Allemagne, elle-même devant la France.Une partie de l’écart tient au poste alimentaire, grâce aux très bons résultats techniques couplés à la proximité avec les ports (Rotterdam, Amsterdam) où arrivent les matières premières. Concernant les coûts d’abattage, ce sont les Allemands qui arrivent en tête, grâce à la faiblesse de leurs coûts salariaux.Pour autant, le secteur du poulet n’est pas à l’abri des fluctuations des débouchés et des prix des matières premières, devenues le quotidien de tous les pays producteurs. En revanche, « le risque du marché est partagé entre tous, souligne Peter Van Horn. Selon la conjoncture, tous les niveaux de la filière gagnent ou perdent de l’argent en même temps. » Les revenus des éleveurs, peuvent fluctuer du simple au double d’une année à l’autre, mais « au bout du compte, la moyenne des revenus est assez proche de celle dégagée en France, de l’ordre de 30 à 35 000 euros par travailleur ». D’ici 2020, le secteur néerlandais va devoir trouver des réponses aux questions de santé publique (antibiotiques, zoonoses) et d’image (bien-être animal, méga-élevages…).

À l’aube d’un grand changement


Nan-Dirk Mulder estime que le surcoût du « poulet de demain » sera de 4 à 5 %. Alors faut-il craindre la concurrence des pays de l’Est, certes moins chers mais aussi plus loin et moins organisés ? Les Néerlandais restent optimistes. « Jusqu’à présent, le secteur a toujours réussi à trouver des solutions pour s’adapter et surmonter les difficultés, constate Peter Van Horne. Je ne suis pas inquiet pour les dix ans à venir. Les Néerlandais ont des outils industriels performants, des fermes très modernes, de bonnes positions commerciales, et de bonnes organisations logistiques. » Nan-Dirk Mulder partage aussi cet avis. « La flexibilité est un de nos grands atouts. Par contre, les compagnies auront l’obligation de choisir vers quel débouché s’orienter, le marché intérieur ou l’exportation. » p P. L.D.

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