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L'ukraine, un État exsangue et sans moyens

Après avoir beaucoup aidé les agro holdings, les pouvoirs publics réorientent leurs actions vers les plus petites structures.

Selon Mykola Kavsha, directeur du département élevage au ministère de l’agriculture, la taxe de 1% permettrait de constituer un budget agricole de 5 milliards de grivnas qui serait reversé pour les petites et moyennes exploitations
© P. Le Douarin

Le développement de la volaille industrielle a été fortement soutenu jusqu’en 2010, avec des aides au volume. Ancien directeur d’abattoir, Mykola Kvasha le directeur du département élevage du ministère, témoigne qu’il percevait près de 25 millions de dollars par an pour une production journalière de 200 tonnes de poulet. Ce qui a permis aux agro holdings de moderniser et d’accéder aux crédits internationaux (banques, Berd, FMI). En 2010, ces aides directes ont été remplacées par des aides fiscales qui permettaient de conserver la TVA de 20 %. Mais avec le conflit et la crise, l’État ne peut plus supporter son agriculture, même si l’exportation agricole est l’un des fers de lance de la croissance ukrainienne. Le régime de TVA non reversée est en cours de suppression. De plus, le nouveau gouvernement veut rééquilibrer les aides au profit des grands oubliés que sont le monde rural et la petite paysannerie. Pour se financer, le ministre de l’Agriculture Taras Koutoviy envisagerait une taxe de 1 % perçue sur les ventes du secteur agricole, sans préciser vers quoi et comment seraient orientées ces aides.

Des agriculteurs livrés aux marchés

Cette taxe est considérée comme utopique. Alex Lissitva, président du club des agro holdings, est favorable à une taxe sur le foncier reversée localement, ce qui aurait l’avantage d’éviter les fraudes. De plus, la mesure sur la TVA est très critiquée car il n’est pas du tout certain que les petits exploitants en profiteront. Ils pourraient choisir de s’enfoncer encore plus dans le marché noir. Il est aussi question de réformer le marché du foncier, en levant le moratoire sur la vente des terres. Mais immobiliser de l’argent dans la terre plutôt que dans les moyens de production a-t-il un intérêt ?

En dehors d’un « petit » ministère de l’agriculture (environ 300 fonctionnaires), aucune structure relais de développement n’existe (institut technique, chambre d’agricultures, coopérative…), sauf des associations représentant les agro holdings. Les agriculteurs de base doivent se débrouiller seuls. Les instituts de recherche agricole sont mis à la diète. Le département Élevage du ministère dispose d’un budget 50 millions de grivnas (moins de 2 millions d’euros) utilisé pour la modernisation des exploitations d'élevage, notamment à travers l'achat de génétique bovine et porcine. En vue d’harmoniser les règles dans le cadre de l’accord avec l’UE, un groupe de travail étudie le bien-être animal, mais il n’existe aucun soutien concret au bien-être animal et à la biosécurité. La question des antibiotiques reste du domaine de la méthodologie du contrôle des résidus.

P. L. D.
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