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Un élevage responsable pourtant remis en cause

La journée Rippa-Rippoc organisée par les vétérinaires du réseau Chêne vert conseil a souligné la prépondérance des attentes de l’aval qui font « bouger les lignes » dans tout l’amont.

Seulement 10 à 15 % des Français ont des contacts avec le monde agricole .
Seulement 10 à 15 % des Français ont des contacts avec le monde agricole .
© Marie-Annick Carré

En moins d’une génération, les attentes sociétales ont bien changé en matière de satisfaction des besoins alimentaires. Pour une partie grandissante des consommateurs, il ne s’agit plus de remplir des estomacs au moindre coût. Il faut le faire avec des produits sains et répondant à une éthique en termes d’environnement (zéro pollution), de bien-être animal (zéro contrainte) ou d’approche sanitaire (zéro traitement). Mais toujours dans une fourchette de prix maîtrisé, voire compressé. C’est pour défendre un mode d’élevage plus que jamais « responsable » que les organisateurs des rencontres de pathologie de la volaille de chair (Rippa) et de l’œuf de consommation (Rippoc) avaient convié à Rennes de nombreux experts le 11 juin 2015. Ils ont exposé les efforts d’adaptation réalisés en techniques d’élevage, en nutrition, en sélection et en santé animale. De l’avis général, les progrès ont été considérables, mais pour autant la perception positive ne s’améliore guère chez le citoyen-consommateur. Pour redresser une image déformée par des medias souvent à charge, Agnès Loin, attachée de presse d’entreprises agroalimentaires, conseille d’adopter une démarche collective. Face au pouvoir des médias, seule une structure d’information des filières agricoles dotée de moyens conséquents serait capable de faire entendre et voir la réalité en évitant le filtrage médiatique entre producteurs et consommateurs.

Le métier du vétérinaire évolue

Les consommateurs n’ont jamais aussi bien mangé et les animaux été aussi bien élevés. Il n’empêche que les filières sont de plus en plus mises sous tension et en demeure de prouver qu’elles font toujours mieux. Tous les maillons et métiers de l’élevage sont impactés, y compris celui des vétérinaires avicoles spécialisés, comptant une centaine de membres. Pour Julien Flori, « notre profession est obligée d’évoluer, même si elle travaille déjà bien. » L’avenir du vétérinaire praticien avec sa logique « diagnostic-autopsie-analyse-traitement » est déstabilisé. En imposant moins de moins de médication, la lutte contre l’antibiorésistance la remet en cause. Avec une logique « moins de traitement et plus de prévention », la zootechnie devient prépondérante, les alternatives aux antibiotiques sont peu nombreuses. En appui au technicien, « qui est nos yeux dans les élevages » souligne Julien Flori, le vétérinaire doit trouver sa nouvelle place : celle du zootechnicien. C’est ainsi que le démarrage, la qualité de l’eau, la ventilation, la biosécurité sont revisités par les vétérinaires. Ainsi, Anouk Dronneau a ainsi fait part d’une démarche d’audit détaillé du démarrage. Le vétérinaire va aussi devra être un formateur (« comment bien utiliser le médicament encore disponible »), être un consultant des entreprises avicoles (« que faire pour réduire les médicaments »), être une interface entre ces dernières et les autorités sanitaires, voire un communicant. Il ne fait aucun doute que des journées d’information comme les Rippa-Rippoc vont se multiplier pour vulgariser les solutions alternatives aux antibiotiques. Sinon, faute de résultats probants l’étau réglementaire ne manquera pas de se resserrer.

Éduquer le consommateur

« La confiance est en lien avec la connaissance. Si on connaît, on n’a pas peur et on peut mieux avoir confiance », estime Olivier Sionneau qui intervenait à la journée, au nom de l’association des organisations de production de volailles (AOPV). Le vétérinaire-zootechnicien s’interroge sur l’origine de la défiance des consommateurs (ménages, acheteurs de GMS, médias…). « Il s’est produit une rupture générationnelle entre les mondes agricole et citadin qui s'est traduite par une perte des connaissances. » La population agricole ne pèse rien (2 %) ; 10 à 15 % des Français ont des contacts avec le monde agricole ; de moins en moins savent qu’il faut un veau pour produire du lait… Conclusion d’Olivier : « Pour recréer le lien, il faudrait réintroduire de l'agricole dans les programmes scolaires. » En attendant, la communication grand public doit s’intensifier, ne serait-ce qu’à travers les portes ouvertes. « Nous n’avons rien à cacher. »

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